Le projet de révision constitutionnelle, engagé officiellement depuis le 8 janvier à travers la mise en place d’un comité d’experts pour l’élaboration du texte, n’a pas fait bouger significativement les lignes du champ politique national, si ce n’est «la nouveauté» signée par des partis parmi les plus en vue de la mouvance islamiste, qui ont appelé leurs militants à voter contre les amendements soumis à référendum aujourd’hui.
Pour leur part, les traditionnels partis du pouvoir, notamment le duo FLN-RND, n’ont pas hésité à approuver le projet pour lequel ils ont mené campagne au moment où les formations de l’opposition démocratique ont marqué leur distance avant même l’entame du processus, en plaidant plutôt pour un processus constituant.
Dans le champ du rejet, la palme revient incontestablement au trio MSP-FJD-Ennahda, rejoint, au finish de la campagne par d’autres particules islamistes en instance de création, qui a fait part de son opposition à la démarche gouvernementale visant à amender la loi fondamentale.
Mais davantage pour des considérations relevant de l’idéologie que du politique, dans le sens où les partis de Makri, Djaballah et Benaïcha pointent davantage le «profil laïc» de la composante du comité Laraba, qui serait coupable d’élaborer une Constitution en contradiction avec la personnalité algérienne. Ces partis ont ainsi signé à deux jours du référendum un document dans lequel ils ont réitéré leur position de voter «non» sur la révision constitutionnelle, ajoutant que le processus «manquait de crédibilité et de transparence».
Ce n’est, cependant, pas l’avis d’autres partis de la même mouvance, à l’image d’El Islah de Filali Ghouini et du mouvement El Bina d’Abdelkader Bengrina, qui approuvent le projet de révision constitutionnelle.
Dans le registre des adhésions, ce sont le FLN, le RND et le TAJ qui sortent du lot, compte tenu de la campagne de sensibilisation et de mobilisation qu’ils ont menée pendant trois semaines en faveur de l’amendement, parfois devant des signes d’hostilité populaire. Pour d’autres formations politiques, émargeant dans le courant démocratique, le ton est au rejet de la démarche privilégiée par le pouvoir. Réitérant son attachement à un «processus constituant qui aboutirait à sa revendication historique pour l’élection d’une Assemblée nationale constituante comme préalable au règlement de la crise de légitimité et sortir définitivement des incohérences politiques et juridiques et rendre irréversible la démocratie», le FFS a indiqué que «le peuple algérien ne se sent concerné ni de près ni de loin par ce référendum».
Dans une résolution de son conseil national, le FFS a ajouté qu’«aujourd’hui, la position forte et déterminée de notre parti est de demeurer au plus près de nos citoyens», soulignant qu’il «ne cautionnerait pas le scrutin du 1er novembre qui constitue une énième violence constitutionnelle et un coup de force de trop contre la volonté populaire».
Le PST rejette «sans équivoque ce prétendu référendum du 1er novembre prochain» et appelle à l’élection démocratique d’une assemblée constituante souveraine «représentative des aspirations démocratiques et sociales des travailleurs, des chômeurs, des jeunes, des femmes, des petits paysans et de tous les démunis de notre peuple». Le parti de gauche estime que «cette nouvelle Constitution ne pourra en aucun cas répondre aux aspirations démocratiques et sociales exprimées par la majorité de notre peuple, dans toutes les villes du pays, pendant plus d’une année de Hirak».
Les forces du Pacte pour l’alternative démocratique (PAD) où siègent le RCD, PT, UCP, PST, PLD n’ont pas changé d’avis mettant en avant leur option pour le processus constituant.
Côté officiel, on met en exergue notamment les principaux contours de l’amendement, dont la limitation du renouvellement du mandat présidentiel à une seule fois, la réduction des prérogatives du président de la République, pour prévenir les dérives autocratiques, la séparation et l’équilibre des pouvoirs. Le projet d’amendement de la Constitution comprend six axes. Il s’agit des «droits fondamentaux et libertés publiques», du «renforcement de la séparation et de l’équilibre des pouvoirs», de «l’indépendance de la justice» de «la Cour constitutionnelle», de la «transparence, prévention et lutte contre la corruption» et de «l’Autorité nationale indépendante des élections».
Le référendum sera suivi d’une révision du code électoral devant assurer «les garanties de régularité des élections pour la préservation de la volonté populaire» et favoriser «l’émergence d’une nouvelle génération d’élus sur la scène politique», selon le président Tebboune.<