Les Chambres de commerce et d’industrie (CCI) d’Algérie étaient hier au bilan 2017 et au débat du plan d’action 2018. Réunis en « assemblée générale » à Alger, leurs élus et directeurs ont surtout plébiscité l’action de leur patron, le président de la Chambre nationale de commerce et d’industrie (CACI).

A leur majorité, ils ont estimé que Laïd Benamor a fait durant les quatre années qu’il a passées à la direction de la «Chambre», entre 2014 et 2018, un «travail remarquable» ; et qu’il devrait se représenter pour un deuxième mandat jusqu’en 2022. Certains présidents de CCI ont même pratiquement consacré l’essentiel de leurs interventions à réclamer que M. Benamor se présente au scrutin et à lui garantir qu’il le réussira avec un suffrage confortable.
L’élection pour le renouvellement à la tête de la CACI est prévue le 26 mai prochain. Le président de la CCI d’El Oued a souhaité qu’elle soit reportée parce qu’elle aura lieu en plein Ramadhan et durant ce mois, a-t-il objecté, les gens ne sont ni en forme ni disponibles. Il n’est toutefois pas sûr qu’il soit entendu à moins d’une décision ultérieure. Les discussions en plénière n’ont pas concerné, il est vrai, le calendrier du vote. Elles ont davantage été nourries du plébiscite accordé avant terme à l’actuel président de la Chambre nationale de commerce et d’industrie et des raisons qui le motivent.
Celles-ci se sont révélées extrêmement intéressantes à écouter et à apprécier quant au sens qu’elles portent, notamment en ce qui concerne la nature de la relation entre les CCI et les autorités au sein des collectivités locales. «Si tous ou presque dans les CCI veulent que Laïd Benamor se présente pour un deuxième mandat, a résumé Abdelkader Bezzaouch, président de la CCI du Dahra-Mostaganem, c’est parce qu’il est à la fois un grand capitaine d’industrie en Algérie, qu’il est vice-président du FCE et un opérateur qui a réussi à avoir l’oreille des décideurs au sein des départements économiques du gouvernement. Avant lui, les CCI n’étaient presque pas visibles et certains walis et responsables locaux n’avaient pas connaissance de l’existence de chambres dans leurs régions…»
Exagéré ou pas, son point de vue n’était pas l’exception hier à l’Assemblée générale des chambres de commerce et d’industrie.
Il est soutenu par l’avis général qu’avec Laïd Benamor et son équipe, les CCI ont commencé à avoir du poids aux yeux des autorités dans les wilayas et les régions et qu’«elles ont redécouvert leur vocation d’être les porte-voix des opérateurs à l’échelle locale », explique Abdelmadjid Khobzi, président de la CCI de Biskra-Ziban.
Selon ce chef d’entreprise et opérateur au sein de la filière «dattes », «il y a eu depuis quatre ans un changement réel et l’un des plus importants a sans doute été la régionalisation des activités » de la CACI et sa politique d’impliquer les structures locales dans l’animation de grands rendez-vous dédiés à l’entreprise et aux dossiers de l’investissement.
M. Khobzi cite le cas de sa propre région, Biskra, à l’occasion des salons annuels des industries de la datte et celui de Relizane, qui a accueilli en juillet 2017 une grande journée d’étude organisée avec le concours de la CCI de Relizane-MINA une grande journée d’étude sur l’«économie algérienne de l’après-pétrole».

Au cœur des revendications, la révision des statuts et l’organisation des foires et salons…
Mais M. Benamor a-t-il le désir d’un deuxième mandat ? S’il n’a rien dit d’explicite à ce propos, tout indiquait hier qu’il n’était pas mécontent de l’accueil qui lui a été fait par ses collègues. Ses déclarations sur le bilan 2017 ainsi que sur son mandat en voie d’achèvement ont par ailleurs toutes été ovationnées même quand elles ont été ponctuées de l’aveu que « certains dossiers n’ont pas abouti » en dépit des promesses faites de les boucler dans les délais annoncés. Toutes les chances de rester à la tête de la CACI durant les quatre prochaines années sont donc en sa faveur. Il lui restera alors à mener un programme qui commencera dans les semaines prochaines à l’échelle nationale par une campagne « anti-gaspi » avant et pendant le mois de jeûne, trois séminaires régionaux à Blida, Bordj-Bou-Arreridj et El Oued entre septembre et novembre 2018. Leurs thèmes respectifs porteront sur « les startups et l’innovation en entreprise», « la grande distribution » et « le tourisme saharien ». Outre ces symposiums, il est prévu l’organisation de trois salons spécialisés, dix « business day » avec des délégations de plusieurs pays étrangers dont le Pérou, la Pologne et le Canada, ainsi que deux conseils d’affaires avec des opérateurs sénégalais et maliens, le premier en septembre prochain, le second en novembre d’après, à Alger. Pour l’étranger, il est prévu que la CACI soit présente à d’importantes manifestations en Belgique, Singapour, les Emirats et l’Arabie saoudite. Relevés hier lors du débat, deux dossiers devront être traités lors du prochain mandat : celui de la « révision des statuts des CCI », une revendication dont la satisfaction permettrait de régler selon les présidents des chambres « la question des prérogatives de gestion et d’action » entre les élus et les directeurs de ces structures.
Certains sont allés jusqu’à parler d’entraves de l’administration et de « conflit d’appréciation sur la manière d’agir et de gouverner les CCI ». Une plainte «un peu trop exagérée» d’après la directrice de la CACI Wahiba Bahloul qui a estimé « utile » que les élus regardent de près les textes actuels pour comprendre qu’ils ne font pas obstacles à ceux d’entre eux qui ont un vrai programme de travail et d’action pour leurs régions respectives. Aux statuts s’ajoutent les financements des activités des chambres et la demande expresse formulée hier par tous les participants à l’Assemblée générale de permettre aux CCI d’organiser par elles-mêmes les manifestations des foires et salons à la place des communes « qui ne savent pas faire » et récupérer leurs recettes pour le financement d’autres activités ou, pour certaines, avoir des sièges et des représentations «dignes». Il est question également de militer pour l’allègement de l’interdiction imposée au commerce de gros dans les régions frontalières, très pénalisante pour les opérateurs et qui devrait être assouplie prochainement à la faveur d’un décret.

Le projet annoncé en juillet 2007 à Relizane par Laïd Benamor de doter les CCI d’une « cartographie économique » des régions semble avoir été abandonné. Wahiba Bahloul parle en revanche d’une contribution de la CACI à un projet désormais endossé par le Forum des Chefs d’Entreprise (FCE) qui a l’appui du gouvernement et davantage de moyens pour le concrétiser. L’intention, rappelle-t-on, est de se doter d’une base de données devant servir d’outil d’aide à la décision d’investissement national et étranger dans les différents territoires du pays.