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Artiste aux multiples talents, danseur, chorégraphe, Chadi Walaya, d’origine syrienne, travaillant en Algérie depuis près de vingt ans, est aussi formateur dans le quatrième art et dans le domaine des techniques de la maîtrise des outils autant dans la presse écrite que dans l’audiovisuel. Sa ligne de conduite est de toujours œuvrer à atteindre la perfection et de partager la passion d’un travail accompli avec l’enthousiasme du cœur. Dans cet entretien, il nous relate une partie de son parcours, sa passion pour la danse, ainsi que son amour pour l’Algérie.

Reporters : Vous êtes connu en Algérie pour vos talents de danseur et de chorégraphe. Que représente pour vous l’art de la danse ?
Chadi Walaya : Pour moi, la danse c’est une philosophie de vie et c’est aussi toute ma vie. C’est aussi une expression de l’âme à travers le corps. Cet art incarne une connexion profonde entre le corps, le cœur et l’esprit pour que jaillisse la beauté de l’instant. Je suis de mère libanaise et de père syrien et, c’est tout, naturellement, que dès mon jeune âge j’ai baigné dans la culture de la danse orientale. Je suis allé au-delà du concept du fait que cette danse était exclusivement réservée aux femmes. J’ai investi cet espace de création d’expression corporelle en apportant ma propre créativité, en faisant de mes spectacles de véritables représentations de tableaux vivants, exprimant la richesse de mes racines culturelles et la somme de tout mon parcours artistique.

Justement, pourriez-vous nous parler de votre parcours artistique ?
J’ai travaillé en tant que danseur et chorégraphe dans plusieurs pays à travers le monde. J’ai aussi participé dans de nombreux clips, en tant que danseur, mais aussi en tant que chorégraphe. C’est en 2002, que je suis tombé amoureux de votre pays. Cette année-là, je me suis fait remarquer à la salle Ibn Khaldoun au cours d’un hommage rendu à l’un des maîtres du chaâbi, Boudjemaâ El Ankis. Amina Belouizdad, l’ancienne animatrice à la Télévision algérienne, qui était présente, m’a encouragé en me disant que je devrais rester en Algérie pour partager et enseigner mon art de la danse.
En Algérie, j’ai animé plusieurs spectacles en tant que danseur ou chorégraphe dans des sphères privées mais aussi dans diverses manifestations publiques surtout en collaboration avec le ministère de la Jeunesse et des Sports en partenariat avec des directions de la culture de certaines wilayas à travers le pays. Je développe aussi ma conception de la danse, en général, et de la danse orientale, en particulier, à travers les divers ateliers que j’anime dans des structures privées et lors des cours dans des salles de sport privées comme à la salle de fitness « Oxygène » qui adhère entièrement à ma démarche. J’ai aussi été sollicité en tant que spécialiste pour assurer des spectacles thématiques, lors d’événements d’envergure, à l’instar de celui consacré à la sensibilisation à la maladie du diabète à l’occasion du 2e Colloque international sur le diabète organisé à Alger et présidé par Nadia Boudjenah. Je tiens tout d’abord à souligner que j’ai un doctorat en arts chorégraphiques. A la base je possède deux baccalauréats, l’un en littérature et l’autre mécanique électronique, Mais comme j’étais profondément passionné de danse, je me suis tout naturellement dirigé pour une formation académique dans les arts chorégraphiques, jusqu’à l’obtention de mon diplôme. Toutefois, je tiens à souligner que quel que soit le niveau du diplôme que l’on possède, ce n’est pas le titre qui fait la personne, mais la manière dont elle met en pratique ses connaissances dans son travail mais aussi dans ses relations avec les autres en sachant rester modeste. J’aimerais rappeler que la danse est pour moi un tableau où l’âme s’exprime à travers les mouvements du corps. Quand on maîtrise les mouvements de l’expression corporelle, quand le danseur a une maîtrise de son art sur scène, la personne qui regarde ce tableau vivant, quel que soit son niveau intellectuel, social ou sa nationalité, sera touchée et émue et applaudira à la fin du spectacle. J’ajoute aussi que les tableaux sont profondément inspirés de ma culture orientale.
Dans vos paroles, le mot culture revient souvent, que signifie la culture pour vous ?
La culture est un concept à l’impact très vaste car en vérité tout dans la vie est culture, la manière de boire de l’eau est en soi liée aux repères culturels. La culture, c’est aussi l’art du dialogue, de l’éducation, l’art de vivre, tout simplement. On dit souvent que l’être humain possède cinq sens, mais les récentes études scientifiques ont prouvé que l’être humain possède plus d’une trentaine de sens. Tous ces sens-là, on peut les développer grâce à la culture et aux différentes expressions artistiques qui éveillent les sens et interpellent les émotions profondes de l’être humain. L’intelligence ou plus précisément ce que ce l’on appelle, aujourd’hui, l’intelligence émotionnelle, est un sens important chez l’être humain et si on arrive à le développer, il a autant de valeur que le sens de la vue, du toucher ou du goût. Je pense aussi que la vision de la culture peut différer d’un pays à un autre et même d’un quartier populaire à un autre. C’est pour cela que la culture en tant que sens est très importante à développer dans les différents aspects de sa vie.

Et quelles sont vos impressions sur la culture algérienne ?
La culture algérienne est très riche et fascinante car elle est la somme des multiples civilisations qui ont enrichi l’histoire de l’Algérie. Je suis un grand admirateur des grands maîtres du châabi, à l’instar de Boudjemaâ El Ankiss, El Zahi et El Hachemi Guerouabi. Il y a aussi beaucoup d’autres grands noms que l’on pourrait aussi citer dans le domaine du cinéma et de la littérature. Le patrimoine immatériel algérien est aussi très riche même les chants et les rituels des mariages dans les différentes régions sont une partie importante de ce rituel. Ce qui est intéressant depuis que je vis en Algérie, c’est que chaque jour qui passe, je découvre la beauté et la large palette des multiples facettes de la culture algérienne et je m’adapte à cela tout en gardant ma propre culture orientale qui est aussi riche avec autant de facettes.

Comment avez-vous réussi à vous adapter à l’Algérie tout en gardant votre authenticité ?
J’aimerais confier que j’ai un grand amour pour l’Algérie qui m’a adopté et où je me sens au milieu des Algériens comme l’enfant « chouchouté ». J’ai eu la chance de me retrouver entre de bonnes mains, des personnes qui incarnent la profondeur de l’esprit du peuple algérien cultivé Et depuis, je vis en parfaite osmose avec les Algériens qui se distinguent par leur authenticité et leur sincérité. Quand ils apprécient une personne, ils se dévouent entièrement pour elle, même si c’est une étrangère. Mais, en même temps, quand on a le privilège de cet amour inconditionnel, on doit aussi être à la hauteur de cette confiance, si un Algérien sent qu’on se joue de lui, il est capable de retirer toute cette confiance. C’est en gagnant cette confiance, grâce à mon honnêteté dans mon travail et dans mes relations humaines, tout en gardant mon identité en restant moi-même que les Algériens m’ont adopté. Il faut savoir aussi que le spectateur algérien est très intelligent et apprécie les œuvres de qualité car c’est une marque de considération pour lui.
Certes, je reconnais qu’au début, il y avait certains préjugés qu’un homme fasse de la danse orientale. Mais je refuse la médiocrité et je suis dans le perfectionnement perpétuel. Je présente un art oriental, je travaille sur les moindres détails : le costume, la musique et l’occupation scénique, c’est un défi de l’excellence. L’un de mes défis, c’était au complexe touristique de Kifan Club, où j’ai présenté des performances de danse orientale. Au fil des spectacles, les familles présentes devenaient de plus en plus enthousiastes à y assister et cela a changé leur regard sur ce métier. Elles ont compris que c’était un art à part entière. Je considère que quel que soit le métier que l’on pratique, la véritable foi est d’œuvrer toujours dans l’excellence.

Vous avez aussi plusieurs cordes à votre arc, dont celui de formateur dans le domaine des médias, pourriez-vous nous en dire plus ?
Exactement, j’ai une expérience dans le domaine des médias que je tiens à partager avec les stagiaires algériens. En général, dans le domaine de la presse écrite, le lecteur doit pouvoir visualiser les informations écrites, ce sont des techniques d’écriture, de maîtrise de vocabulaire et de styles qu’il est important d’avoir, que cela soit dans des article courts des sites électroniques où dans les articles de fond des journaux et publications spécialisés.
Dans le domaine des médias, surtout télévisuels, il y a certains codes de sémiologie visuelle à respecter au-delà de l’image. Je veux dire par là que le choix de la présentation du journaliste ou de la mise en scène du studio d’enregistrement sont des techniques importantes. C’est un des aspects importants de ma formation, il est aussi important que les journalistes ou les présentateurs de télévision puissent maîtriser l’articulation et l’élocution de leur prononciation afin que l’information qu’ils veulent transmettre puisse arriver correctement à ceux qui les regardent et les écoutent. J’enseigne aussi le fait de maîtriser l’art d’animer une interview ou un débat, en mettant en relief l’importance que le journaliste doit avoir une certaine objectivité et une pertinence dans ses questions. Dans ma formation, je démontre aussi l’importance d’être vigilant quant à la réalisation et à la mise en scène du plateau de télévision où l’émission est enregistrée ; car il faut maîtriser la sémiologie des couleurs et des éléments du décor qui sont aussi des outils visuels. Sincèrement, ces derniers temps, j’ai été outré par des erreurs récurrentes dans la transmission d’événements importants et majeurs. Ceci m’a encouragé à accepter d’encadrer cette formation pour un organisme privé.

Quels sont vos futurs projets ?
En ce moment, je continue de répondre à des sollicitations pour concevoir des spectacles de danse pour des événements privés. Je continue aussi de donner aussi des cours dans les salles de fitness «Oxygène » et « Zaaf » à Alger. En plus, d’encadrer la formation dans le domaine des médias, j’ai aussi plusieurs autres ateliers de formation dont des ateliers de théâtre pour enfants ainsi que des ateliers pour le développement personnel basé sur la diététique et les mouvements corporels par la danse, selon l’adage «un esprit sain dans un corps sain ». Je suis aussi sollicité pour des spectacles que j’anime à titre gracieux pour des associations caritatives car il est bon de donner de son temps et de son art pour aider les causes justes.