La pièce «Cfawa» (mémoire), écrite et mise en scène par Hamza Boukir et produite par l’association culturelle Thagherma Ighil Nacer, d’Akbou à Béjaïa, a été présentée, dans la soirée de jeudi dernier, au public du Théâtre national algérien Mahieddine-Bachtarzi (TNA), dans le cadre des Journées du théâtre amazigh, qui se poursuivront jusqu’au 23 décembre.
Cette pièce, qui traite de l’amnésie mémorielle, se base sur quatre personnages, à savoir un médecin, un journaliste, un biochimiste et un artiste, occupant des postes dans des secteurs considérés comme les plus importants de la société. Le but de cette thématique portant sur l’amnésie mémorielle est, selon le metteur en scène, l’occasion de revenir sur l’importance de la transmission de la mémoire et de son histoire, afin de ne pas répéter les erreurs du passé et aussi lutter contre l’amnésie qui est un véritable handicap dans notre société. Tout le long d’une heure de représentation, le metteur en scène Hamza Boukir a ainsi présenté sa vision du sujet d’une grande profondeur lié à l’amnésie. Dans la pièce, à travers les personnages présents sur scène, il est mis en exergue la perte de repères que vit la société à cause de l’oubli de ces référents historiques, sociaux et identitaires. Cette situation est ainsi illustrée comme «quelqu’un qui vit dans son pays en exil au milieu d’une société en exil» tel que le souligne un des personnages de la pièce. Lors du débat qui a suivi le spectacle, Hamza Boukir avouera : « Nous avons monté ce spectacle avec nos propres moyens. Nous n’avons eu aucune subvention. Nous avons répété dans une maison de jeunes et dans une auberge que nous avions louées avec nos propres moyens aussi». Il ajoute : « Nous avons répété durant une vingtaine de jours, mais nous n’avons pas pu répéter chaque jour, car malheureusement nous avons des étudiants parmi nous ». C’est dans le même esprit de travailler avec les moyens du bord que le metteur en scène explique aussi aux présents que les éléments du décor de la scénographie «nous les avons fabriqués nous-mêmes avec du recyclage de matériau». A propos justement des éléments du décor, à l’instar des pneus sur scène, «ce choix signifie la vitesse du temps qui passe vite. Pour les amnésiques, on ne se souvient pas de ce passé», dira Hamza Boukil. Il ajoute concernant le désordre des lettres sur la scène, que «cela symbolise que nous ne pouvons pas construire un seul mot à cause des pertes de nos repères, alors que nous avons la possibilité d’en construire des milliers».  Lors de ce débat, le metteur en scène s’est tout de suite ouvert à la critique, en demandant aux présents de considérer ce spectacle en tant que professionnels est d’omettre que c’est une association d’amateurs de théâtre. En ce qui concerne l’utilisation multiple de la poésie dans le spectacle, Hamza Boukir explique : « Je maîtrise parfaitement la langue amazigh, je pourrais faire à la place de cette dernière plusieurs monologues, mais cela reste mon choix. J’estime que cette poésie ne doit pas disparaître et on doit contribuer à la faire perdurer et la transmettre notamment à travers le quatrième art » ; tout en confiant qu’« en tant qu’Amazigh, nous sommes baignés dès l’enfance par cette poésie et nous grandissons avec le souvenir de la beauté de cette poésie et des chants ancestraux. C’est pour cela que c’est important pour moi de transmettre ce patrimoine oral, sur les planches puisque au final le texte théâtral reste des paroles et donc de l’oralité». Il souligne aussi sur le choix des personnages dans cette pièce « j’ai voulu toucher les secteurs un peu sensibles de la société, c’est ce qui m’a motivé à créer ses personnages. Je considère qu’ils incarnent les quatre secteurs importants de notre société. Si les personnes qui sont aux manettes de ces secteurs venaient à s’améliorer, cela aura un impact important sur la société qui sera une meilleure». F. D.