C’est le deuxième roman de Marie-Aimée Lebreton, consacré comme le premier (Cent-sept ans) à l’Algérie. « Jacques et la Corvée de bois » explore, en de très courts chapitres, l’incompréhension de Jacques, un jeune appelé envoyé en Algérie dans les années 1959-1960.
Lui, un jeune homme naïf, amoureux de Jeanne, qui pleure sa mère disparue, ne comprend pas ce qu’il fait là. Les chefs sont chargés d’endurcir ces gamins si peu préparés à ce à quoi ils seraient dévolus, « accompagner la transition » vers une Indépendance prochaine. Mangano, le supérieur qui avait fait la Seconde guerre mondiale, donc supposé « vétéran », disait d’ailleurs : « L’Algérie c’est de la rigolade ».
Mais Jacques découvre d’autres réalités, la « chasse aux merles » comme sont appelés les maquisards algériens. Et d’ailleurs, dans ce genre de « parties de chasse », certains comme Rolles, le chef, se vantent d’en avoir abattus… quatre-vingt-quatre !
D’autres vont, par contre, exceller dans la « corvée de bois », qui est loin d’être un concours de bûcherons mais, plutôt, une sorte de « concours » de tirs sur des cibles humaines à qui l’on présentera comme un simple «ramassage » de bois mort, alors qu’il s’agirait de faire un carton sur des cibles vivantes, algériennes, afin de faire avorter une « tentative d’évasion » qui ne figure que dans l’imaginaire pervers des officiers de l’armée coloniale. Et « ratisser, crapahuter dissimuler certaines méthodes classées confidentielles » comme le viol ou les exécutions sommaires. « Aucune parole ne viendrait donner du sens », pensait Jacques.
Au fil des jours charriant leurs lots d’horreurs guerrières, le malaise de Jacques croissait. Jusqu’à provoquer cette nausée (sartrienne, s’entend) qui finira par lui monter à la gorge, au hasard d’une rencontre, à Alger, avec son ami François, jeune officier plein d’assurance et d’éloquence, qu’il mettra au service d’un discours panégyrique, ayant pour thème, « le sens de l’engagement militaire et les valeurs patriotiques », occultant, de fait, toutes les horreurs de cette guerre (d’Algérie) qui ne disait toujours pas son nom. Tout cela sur fond de fanfare et de parades militaires d’une armée française qui s’arrogeait le droit de s’octroyer un quitus final.
D’une écriture limpide, alternant le présent, à Alger, et le passé, dans les Cévennes, dans sa terre natale, Marie-Aimée Lebreton mettra d’une délicate façon des mots sur les maux de l’appelé, Jacques, et à ces milliers de conscrits et de rappelés qui participèrent à une guerre qui n’était pas du tout la leur.
Jacques et la Corvée de bois, Marie-Aimée Lebreton, éd. Buchet-Chastel, 2020