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Le groupe public d’hydrocarbures, Sonatrach, entend exercer le droit de préemption sur l’achat des actifs algériens d’Anadarko par Occidental Petroleum, laquelle compagnie devait céder ses actifs ensuite à la firme française Total. Dans un communiqué laconique publié, hier, par le ministère de l’Energie, il est indiqué clairement que cette opération de cession des activités d’Anadarko au profit de d’Occidental Petroleum tombe sous le coup de la réglementation selon laquelle l’Etat algérien est prioritaire lorsqu’il s’agit de vente d’actifs de sociétés étrangères activant en Algérie.

« Une opération de fusion/acquisition a été opérée, le 3 août 2019, entre les compagnies pétrolières américaines Anadarko et Occidental. Dans le cadre du processus de cette fusion/acquisition, Occidental cédera l’ensemble de ses intérêts, nouvellement acquis en Afrique, au profit de TOTAL. Anadarko, partenaire de Sonatrach sur le périmètre de Berkine a sollicité, conformément à la loi sur les hydrocarbures, l’approbation du Ministre de l’Energie, pour le changement de contrôle d’Anadarko Algérie au profit de la compagnie Occidental.
En vertu de la réglementation en vigueur, Monsieur Mohamed Arkab, Ministre de l’énergie, s’est prononcé sur cette opération et a déclaré son incompatibilité avec le maintien d’Anadarko dans le contrat d’association sur le périmètre de Berkine. En conséquence, Sonatrach exercera son droit de préemption sur les intérêts détenus par Anadarko en Algérie ». C’est donc net, clair et précis, l’Etat algérien va opposer son droit de préemption sur l’achat des actifs algériens d’Anadarko par Occidental qui, selon les termes d’un accord conclu avec Total, devait céder ses actifs à la firme française. En termes plus diplomatiques, le ministre de l’Energie, Mohamed Arkab, a déclaré «l’incompatibilité» de cette transaction avec la législation algérienne. Il fait allusion, bien évidemment, au droit de préemption inclus dans la loi de finances complémentaire 2009 qui stipule que l’Etat algérien est prioritaire lorsqu’il s’agit de vente et/ou de cession d’actifs d’entreprises étrangères implantées en Algérie au profit d’autres sociétés. Total a annoncé début mai la signature d’un accord avec l’américain Occidental Petroleum en vue du rachat pour 8,8 milliards de dollars (7,9 milliards d’euros) des actifs pétroliers et gaziers du groupe Anadarko en Algérie, au Ghana, au Mozambique et en Afrique du Sud, dans le cadre d’une OPA d’Occidental Petroleum sur Anadarko. Pour tenter de déminer le terrain, le patron de Total Patrick Pouyanné a séjourné récemment en Algérie pour tenter de convaincre le ministre de l’Energie, Mohamed Arkab, de bénir la transaction portant cession des actifs algériens d’Anadarko au profit de son groupe. Patrick Pouyanné a été en effet reçu par le ministre de l’Energie en présence du désormais ex-P-DG du Groupe Sonatrach, Rachid Hachichi. Aucune information n’a filtré de cette discussion, mais Total s’est investi dans une campagne de communication sans précédent pour tenter de convaincre les responsables algériens du « bien-fondé » de la transaction. A ce sujet, le ministre soufflait jusqu’ici le chaud et le froid ; il avait tantôt laissé entendre que l’Etat algérien allait opposer son droit de préemption à la transaction Total-Anadarko et, déclaré tantôt que l’Algérie cherchait un «bon compromis» au sujet de la cession des actifs d’Anadarko à Total. Il a souligné il y a quelques semaines que «Sonatrach doit entretenir de bonnes relations avec ses partenaires étrangers pour développer ses projets». En tout cas, le quitus du gouvernement algérien à la reprise des actifs d’Anadarko par Total est jugé important pour la réussite de son offensive africaine. Les actifs d’Anadarko en Afrique sont évalués à 8,8 milliards de dollars, répartis entre l’Algérie, le Ghana, le Mozambique et l’Afrique du Sud. Les actifs d’Anadarko en Algérie représentent, en revanche, une production environ 260 000 barils de pétrole par jour, soit plus de 25% de la production de brut du pays, estimée à 1 million de barils par jour.
Pour Patrick Pouyanné, qui s’était exprimé récemment devant les actionnaires de son groupe, les actifs d’Anadarko en Afrique étaient au cœur de la stratégie de Total visant à rester un acteur majeur du secteur pétrolier en Afrique et sur le marché mondial du gaz naturel liquéfié (GNL).