Pour la campagne moisson-battage de la saison, l’instruction du gouvernement et du ministère de l’Agriculture est de faire acheter par l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) via ses coopératives, les CCLS, la totalité de la production de l’ensemble des producteurs nationaux.
Le but recherché est une meilleure maitrise de la récolte et d’éviter, si possible, de recourir à l’approvisionnement extérieur, alors que les prix sur les marchés internationaux accumulent les records.

Par Kahina Sidhoum
Dimanche, 15 mai, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Mohamed Abdelhafid Henni a demandé aux céréaliers du pays de livrer toutes leurs récoltes de l’année aux coopératives de céréales et de légumes secs (CCLS). L’objectif pour ces coopératives, à la veille d’un recensement agricole annoncé pour les prochaines semaines, est d’évaluer au plus près la performance de moisson nationale en céréales en entier, et permettre à l’Office interprofessionnel des céréales (OAIC) – leur tutelle – de la récupérer au profit du marché domestique du blé. En somme, il s’agit, pour l’Office, d’acquérir auprès du paysan algérien ce qui peut l’être à l’étranger et limiter au mieux les achats de blé en devises fortes sur les marchés internationaux.
Lors d’une réunion avec les cadres et responsables de services de son secteur, le ministre de l’agriculture a indiqué que, pour réussir cette opération de récolte par les CCLS après la campagne moisson-battage 2021-2022, des «mesures incitatives» sont prévues afin d’encourager les agriculteurs à ne pas garder leur production et ne pas la commercialiser en tout ou en partie par leurs propres moyens. Ces mesures n’ont pas été précisées, mais on suppose, selon certains échos, qu’elles pourraient éventuellement concerner des prix plus attractifs. Ceux pratiqués actuellement pour livraison à l’OAIC ont été déjà relevés à l’initiative du président Tebboune. Ils sont fixés à 6000 dinars le quintal pour le blé dur, 5000 dinars le quintal pour le blé tendre, 3400 dinars le quintal pour l’orge et à 3400 dinars le quintal pour l’avoine.
L’espoir est que la filière céréalière nationale affiche cette année des résultats permettant à l’OAIC de moins utiliser son chéquier en cette période de flambée des cours mondiaux à cause des conséquences économiques et commerciales de la guerre en Ukraine et de la sécheresse dans de nombreux pays parmi les plus gros producteurs mondiaux de blé. Depuis le début de l’année et en particulier depuis la fin février dernier, qui a coïncidé avec le début des «opérations spéciales» russes en Ukraine, l’Office a, en effet, multiplié ses opérations d’achat et d’approvisionnement ; tantôt pour anticiper une tendance haussière des prix après près de quatre mois de guerre et de perturbation des greniers ukrainien et russe (devenu grand fournisseur du marché algérien), tantôt pour assurer à notre pays, grand demandeur de blé meunier, un stock nécessaire à ses besoins alimentaires et à la sécurité de sa consommation.

Accès aux marchés internationaux, un ticket plus cher !
Selon les estimations, l’Algérie consomme en moyenne chaque année 9 millions de tonnes de blé dont 60 % dépendent des achats auprès des marchés extérieurs. Une réalité qui risque d’être plus coûteuse à l’avenir, a prévenu le professeur en agro économie Omar Bessaoud durant le séminaire organisé en mars dernier par la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC) sur la sécurité alimentaire. Avec les conséquences de la guerre en Ukraine sur les prix des matières premières agricoles, «il faudra s’attendre sur le court et moyen terme à des tensions plus fortes sur les marchés mondiaux» , a expliqué le professeur Bessaoud, ajoutant que l’Algérie paiera plus cher ses importations de céréales et d’autres matières premières agricoles. Le prix payé par l’OAIC durant ces derniers jours était de 466 dollars la tonne, alors des tensions indirectement liées au conflit en Ukraine continuent de perturber les marchés. A propos de tensions, l’annonce de l’Inde, deuxième producteur de blé au monde et fournisseur potentiel du marché algérien, d’un embargo sur ses exportations de céréales «sauf autorisation spéciale» du gouvernement a fait bondir le cours du blé, hier, sur le marché européen : 435 euros la tonne ! New Delhi, qui s’était auparavant engagé à fournir du blé aux pays fragiles autrefois dépendants des exportations d’Ukraine, a mis en avant l’aléa climatique (le pays connait une sécheresse sévère) et expliqué vouloir assurer la «sécurité alimentaire» des 1,4 milliard d’habitants de l’Inde. Une décision qui va «aggraver la crise» d’approvisionnement en céréales au niveau mondial, s’est alarmé samedi 14 mai, lors du sommet des ministres de l’agriculture du G7 à Stuttgart en Allemagne, le chef de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Les gouvernements devraient «s’abstenir d’imposer des restrictions à l’exportation, qui peuvent exacerber les hausses des prix des denrées alimentaires et saper la confiance dans les marchés mondiaux», a déclaré Qu Dongyu
Le précédent record remonte au 13 mai, avec un cours du blé à 422 euros la tonne à l’ouverture, dans la foulée des nouvelles prévisions mondiales américaines qui sabraient d’un tiers la production ukrainienne de blé pour2022-23. Le blé caracole depuis des mois à des niveaux inédits sur les marchés mondiaux. Son prix a augmenté de 40% en trois mois et le marché est très tendu du fait des risques de sécheresse dans le sud des États-Unis et en Europe de l’Ouest.
C’est ce qui a encore fait dire au ministre de l’Agriculture, M. Henni, qu’il est «nécessaire» pour l’Algérie de s’appuyer davantage sur ses propres capacités de production. «La conjoncture que traverse le monde en matière de couverture des besoins alimentaires des populations impose à tous les partenaires de changer la politique de production adoptée en s’appuyant davantage sur les capacités nationales». Le ministre a appelé à renforcer la coordination entre les différents acteurs du secteur et à s’appuyer sur les compétences nationales pour développer la production nationale. n