Par Bouzid Chalabi
L’Office a lancé un avis d’appel d’offres pour l’acquisition de cette quantité dans le cadre de son programme d’approvisionnement et en réponse à une récolte qui s’est soldée par des résultats négatifs durant la dernière campagne moisson-battage.
En effet, un dernier bilan, dans l’attente de sa consolidation, rapporte que la production des céréales primaires (blé tendre, dur et orge) est tombée entre 38 et 40% de moins que ce qui était prévu en raison de conditions climatiques peu propices.
Face à cette situation, le pays se devait de trouver la parade pour s’approvisionner en quantités suffisantes pour compenser le grave déficit entre l’offre locale et la demande nationale en la matière, mais à quel prix ? Le marché mondial du blé étant fort agité depuis quelques semaines, suite aux difficultés auxquelles ont eu à faire face les principaux pays fournisseurs, dont la production a connu des bas mettant ainsi le marché mondial devant le fait accompli des prix du blé en nette progression. Qu’on en juge. La première semaine du mois de septembre, le blé tendre se négociait à l’exportation à 250 euros la tonne, soit une progression de près de 25 % en un an. Quant au blé dur, il a aussi bondi de plus de 20% pour atteindre 335 euros la tonne. Une tendance à la hausse sur ces deux céréales dont se serait bien passée l’Algérie. Sur ce dernier point, cela pourrait encore plus se corser pour le pays car on s’attend à la poursuite de cette tendance haussière sur les prix du blé, soutenue par la vigueur de la demande mondiale et des moissons décevantes. «La demande de céréales est active avec des appels d’offres lancés ces derniers jours par plusieurs importants pays importateurs. C’est notamment le cas de l’Algérie, de l’Iran et de la Turquie», notait, il y a quelques jours, un spécialiste du cabinet Inter-Courtage. Il précisait que, concernant l’Algérie, «on parle d’au moins 270 000 tonnes de blé meunier achetées entre 353 et 355 dollars la tonne, frais de chargement et transport compris, contre 350 dollars lors du précédent contrat d’achat ». Une tendance à la hausse qui vient de se confirmer. Et pour preuve. Les prix du blé étaient en hausse ce mercredi 22 septembre 2021 à la mi-journée sur le marché européen. Dans ce même sillage, il y a lieu de rappeler que dans son rapport, il y a quelques semaines, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture avait revu à la baisse sa prévision pour la récolte mondiale de céréales, de blé notamment, et des stocks mondiaux de fin de campagne, du fait de la sécheresse dans plusieurs régions du globe, faisant que, jusqu’à il y a à peine quelques jours, les prix mondiaux du blé ont bondi de 8,8%, en raison de la baisse des perspectives de récolte dans plusieurs principaux pays exportateurs.
Un contexte très difficile pour le marché du blé qui a vu l’Union européenne réaliser, entre le 1er juillet et le 29 août, des exportations de 3,8 millions de tonnes, contre 3,4 millions l’an dernier au même moment et 4,9 millions de tonnes en 2019, selon des chiffres officiels des douanes de l’UE. La France, principale origine du blé importé par l’Algérie, avec 531 518 tonnes blé tendre exportés au 29 août dernier, arrive en troisième position des exportateurs européens, derrière la Roumanie (1,3 Mt) et la Bulgarie (806 251 tonnes). L’Algérie, avec 14,7% du blé exporté, a été jusqu’à la semaine dernière donc, le principal acheteur de blé provenant de l’Union européenne, suivie par la Jordanie, le Royaume-Uni et le Vietnam.
En définitive l’Algérie, qui va continuer à s’approvisionner jusqu’à la fin de la campagne moissons-battages 2022, va faire face à un marché agité dont l’impact va grandement se ressentir sur la facture d’importation des céréales du pays qui pèsera lourdement sur le budget de l’Etat. Ce dont le Premier ministre juge qu’il faudra inverser cette tendance.
Ce dernier, qui se prononçait lors de son passage au Sénat pour présenter le Plan d’action du gouvernement, ne s’est pas empêché de lancer : « Il n’est plus admissible avec tout le potentiel de terres nous disposons et où la mise en valeur est possible de continuer à importer annuellement de si grandes quantités de blé. » Le défi serait donc de produire plus. Cela est possible pour peu que toutes les parties concernées s’impliquent. n