Par Bouzid Chalabi
Les avis d’appel d’offres de l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) se poursuivent. Cette fois, ils consistent en l’achat de 50 000 tonnes de blé meunier, livrable en juin prochain, rapporte le site spécialisé Agri Census.
Un regain à l’approvisionnement par l’OAIC qui n’a rien d’étonnant. Les avis d’appel d’offres enregistrés depuis la fin de l’automne dernier à ce jour s’expliquent dès lors où la campagne céréalière de 2021 s’est soldée par de piètres résultats. La campagne a été sévèrement impactée par la sécheresse qui a sévi pendant toute la période de montaison (phase de maturation des épis). En d’autres termes, les 11 millions de quintaux récoltés pour des besoins de consommation nationale de près de 7 millions de tonnes expliquent sans détour la série d’appels d’offres qu’a lancé l’OAIC depuis l’automne dernier à ce jour malgré l’envolée des prix sur les marchés à l’export. Mais pas que au vu de la conjoncture internationale liée à la guerre en Ukraine et ses conséquences sur le marché des céréales en termes d’approvisionnement et de prix.
D’ailleurs, en dépit de l’augmentation continue des prix des céréales à l’importation, l’Office n’a pas freiné son programme d’approvisionnement. Sur ce dernier point, il y a lieu de préciser qu’entre mai 2020 et mai 2021 les cours mondiaux des produits agricoles de base ont connu une forte augmentation, provoquée entre autres par l’intervention d’achats massifs de céréales par la Chine. Au point où le prix du blé tendre a connu à la fin du
3e trimestre 2021 une augmentation de 22% par rapport à 2020. Mais pas seulement, puisque le prix au 4e trimestre 2021 avait encore augmenté par l’effet de la diminution des stocks mondiaux des grands pays producteurs, engendrée par les conditions climatiques défavorables à la culture des céréales primaires. Ensuite est intervenue la crise liée à la guerre en Ukraine qui est venue accentuer une tendance à la hausse des prix déjà en cours.
Toujours dans ce même ordre d’idées, le professeur en agro-économie Omar Bessaoud a, dans l’étude qu’il a présentée dernièrement, estimé qu’avec les incertitudes qui pèsent sur la géopolitique mondiale, «il faudra s’attendre sur le court et moyen termes à des tensions plus fortes sur les marchés mondiaux des denrées alimentaires de base avec une hausse des prix des produits agricoles». C’est pourquoi le professeur reste convaincu que «l’Algérie paiera à l’avenir plus chère ses importations en produits alimentaires de base». Et quand bien même ce cas de figure n’aurait pas lieu, nos importations de céréales vont continuer à croître en raison de deux facteurs, la poussée démographique, nous serons 50 millions de personnes en 2030, et notre modèle de consommation essentiellement à base de pain (farine/blé tendre) et de semoule. L’enjeu salvateur pour arriver, du moins dans un premier temps, à freiner la courbe ascendante de la facture d’importation des céréales est de s’atteler, d’une part, à mettre en place une nouvelle stratégie à la production des céréales, entre autres, et passer sans trop tarder à la mise en place de culture extensive et intensive ainsi que de revoir notre mode de consommation. Deux chantiers à mettre en exécution dans les plus brefs délais car il y va de notre souveraineté alimentaire.