Par Kahina Sidhoum
Hier, mercredi, les cours du blé ont continué de grimper sur le marché européen. Leur hausse est expliquée par l’aggravation de la crise entre la Russie et l’Ukraine, deux pays classés grands producteurs de céréales et de matières premières agricoles.
En effet, l’Ukraine et la Russie totalisent ensemble 29 % des exportations mondiales de céréales, près de 20 % de la production de maïs et 80 % des exportations d’huile de tournesol. La grave crise qui les oppose et ses conséquences à l’international font trembler les bourses agricoles européennes.
A la mi-journée, sur Euronext, la tonne de blé meunier progressait
de 1,50 euro sur l’échéance de mars à 280 euros, de même que sur celle de mai à 286 euros, pour plus de 19.800 lots échangés. La tonne de maïs, pour sa part, gagnait 2,75 euros sur l’échéance de mars à 264,50 euros, et était inchangée sur l’échéance de juin à 262 euros, pour plus de 2.500 lots échangés.
En cas d’aggravation du conflit entre Moscou et Kiev, une confrontation qui deviendra d’amplitude internationale aux conséquences difficilement prévisibles, les analystes du marché agricole s’attendent à ce qu’il soit amputé d’une source importante de matières premières.
«A cette heure, les flux se poursuivent malgré une prime de risque élevée qui se fait sentir sur les taux de fret sur la mer Noire qui ont bondi depuis le début de la crise», ont-ils noté. Ils expliquent cette situation par le fait que l’Ukraine sort d’une campagne record en production de céréales comme de tournesol, ajoutant que le pays se classe cette année comme le septième producteur de maïs et de blé et comme le premier producteur de tournesol au monde. Toutefois, sa place à l’export est «beaucoup plus importante», le pays est en quatrième position sur les exportations de blé et de maïs.
Les risques d’une détérioration du marché en cas d’aggravation du conflit entre la Russie et l’Ukraine sont pointés depuis des semaines, déjà, par les experts même s’ils ont été pendant un temps éclipsés par les spécialistes des questions énergétiques. Leurs craintes est de voir également les prix des grains et des engrains atteindre des niveaux records.
Les raisons déjà connues qu’ils avancent sont que l’Ukraine est un acteur majeur dans le commerce international des grains. Le pays est le troisième exportateur de blé et le quatrième exportateur de maïs du globe, sans compter être le premier exportateur d’huile de tournesol. La Russie est classée dans le même rang avec, cet autre atout, d’être un gros producteur de fertilisants dont l’urée.
A la Bourse de Chicago où se négocie les contrats à terme, la fièvre est palpable depuis la reconnaissance par Moscou de l’indépendance de territoires séparatistes du Donbass. Leur valeur a bondi de 2 %. Depuis l’automne, le prix du boisseau de blé, rappellent les analystes, flirtent avec des sommets jamais observés depuis près d’une décennie.
À la fin de janvier 2022, l’économiste à l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture Monika Tothova résumait ainsi la situation à l’agence de presse russe Tass : «L’impact réel des tensions [entre la Russie et l’Ukraine] dépendra de la durée des tensions et de leur évolution. S’il y a une détérioration de la situation globale avec un impact important sur la production, la logistique d’exportation, etc., les répercussions sur les marchés mondiaux du blé seront considérables.»
Pour les experts, la demande de grains et de céréales en provenance du Canada et des États-Unis — respectivement deuxième et troisième producteurs à l’échelle mondiale — devrait augmenter. Mais, les sécheresses de l’été dernier en Amérique du Nord ont fait chuter la production de blé du Canada de 38 % et celle des États-Unis de 21 %.
Pour notre pays, gros importateur de céréales, et qui a connu une faible moisson 2021 de l’ordre de 11 millions de quintaux contre des besoins de consommation de 65 millions de quintaux, la facture d’importation risque d’être conséquente.
D’ailleurs, l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) a multiplié depuis janvier dernier ses achats de blé. Dernier en date la conclusion d’un achat de près de 600 000 tonnes de blé meunier, livrable au mois d’avril prochain. n