Après une première tentative, en 2019, d’exporter son blé vers l’Algérie, qui s’est soldée par un échec, le négociant en céréales contrôlé par l’Etat russe United Grain Company (UGC) revient à la charge, mais, cette fois, avec plus de ténacité. En effet, l‘UGC, qui s’est transformé en gros exportateur en un an, envisage de se faire une place vers l’Algérie.

L’UGC a fait part de cette perspective dans des réponses par courrier électronique aux questions de l’Agence britannique d’informations, Reuters. Les Russes révélant à cette même occasion : «Nous comptons stimuler nos exportations de céréales et de ne plus nous suffire des gros clients que sont la Turquie, l’Egypte et le Bangladesh, en visant l’Algérie et l’Irak, deux marchés de blé d’importance mondiale. » Toujours à propos des marchés algérien et irakien, l’UGC rapporte à Reuters que «le nouveau coronavirus a ralenti les négociations sur l’ouverture de ces deux marchés aux céréales d’origine russe, mais espère qu’il y aura des progrès une fois que la pandémie disparue ». Il convient de savoir que l’Algérie et l’Irak restent les derniers gros importateurs qui n’achètent pas du blé russe en raison de sa qualité. Sur ce dernier point, il y a lieu de rappeler qu’en 2017, la partie algérienne s‘était dit fort intéressée par le blé russe pour peu qu’il remplisse toutes les conditions physico-chimique, phytosanitaire et surtout aux exigences de qualité ». Dans ce cadre, le pays s’est ainsi rapproché des opérateurs russes pour des premiers essais de livraison en 2019. Pour rappel, l’Algérie avait reçu des échantillons du blé russe en 2019 afin d’examiner l’offre de vente russe. Une délégation du secteur agricole s’était même déplacée en Russie pour discuter de cette offre. Les discussions algéro-russes se sont arrêtées au début de l’année, notamment avec l’avènement de la pandémie de coronavirus.
Cela dit, ce début de négociation pour conclure des contrats d’achats de blé russe par l’acheteur public algérien, à savoir l’Office interprofessionnel des céréales (OAIC), n’a pas été vu d’un bon œil par le fournisseur traditionnel français, car sentant une menace sur ses exportations vers son principal client. Des menaces prises au sérieux dès lors, où en à peine quatre ans, la Russie s’est déjà très nettement imposée sur le marché égyptien, alors que la France assurait près de la moitié des importations égyptiennes de blé tendre en 2014-2015. Trois ans plus tard, le pays des Pharaons, premier importateur mondial de blé, s’approvisionnait à 85 % avec du blé russe lors de la campagne 2017-2018. A partir de ce constat, les opérateurs hexagonaux ont vite déduit avec beaucoup d’inquiétude que si la Russie grignote des parts de marchés sur leurs plus gros clients, ils devront trouver encore de nouveaux débouchés à leur récolte. Or ces débouchés salvateurs des exportations françaises ne vont sans doute pas durer dans la mesure où les Russes, qui sont en concurrence avec les Etats-Unis, le Canada et la France, sont décidés à augmenter leurs exportations de produits agricoles, notamment les céréales. Soulignons enfin que si le blé russe arrive à remplir les spécificités de qualité comme l’exige le client algérien, le premier exportateur mondial de blé n’aura donc plus beaucoup de blé disponible en seconde partie de campagne, juillet-octobre, pour le nouveau marché algérien qui devrait s’ouvrir à lui. Ce qui veut dire que les futurs contrats d’achats ne seront pas conclus avant la prochaine campagne, celle de 2021. En définitive, le fournisseur français a le plus à perdre d’une concurrence russe galopante sur le marché de blé algérien.