Par Fereil Nourine
Président de la Société algérienne d’oncologie médicale (Saom) et chef de service du Centre Pierre-et-Marie-Curie, le Pr Kamel Bouzid alerte sur les ruptures de médicaments dont continuent de souffrir les services hospitaliers chargés du traitement des cancéreux, notamment les médicaments destinés aux enfants atteints de cette maladie.
«Depuis quatre ou cinq mois, des ruptures itératives en médicaments sont enregistrées, notamment les médicaments de base utilisés dans le cancer de l’enfant», a alerté hier ce responsable, dans une intervention sur faceboock, à la veille de la Journée mondiale de la santé coïncidant avec le 7 avril de chaque année.
«Cette situation est d’autant plus inacceptables que les cancers de l’enfant se guérissent à 80% des cas», a-t-il ajouté, avant de citer le cas du service oncologie-pédiatrie dont le chef de service géré par la professeure Boudiaf «a lancé un cri d’alerte depuis deux mois sur une rupture de ce type de médicaments et d’autres médicaments», mais sans qu’une suite ne soit donnée à cet appel, a-t-il regretté. «On ne comprend pas cette situation. On nous dit qu’il y a le confinement, mais ce genre de motif n’est pas recevable dans le cas de nos enfants cancéreux que je vois mourir chaque jour», n’hésite pas alors à dénoncer Pr Kamel Bouzid, connu pour ses sorties régulières à valeur de compte-rendu sur l’évolution de la politique de prise en charge des malades cancéreux en Algérie.
A ce propos, le spécialiste en la matière a noté des progrès palpables depuis 2010-2011, et ce, grâce à l’acquisition d’un bon nombre d’appareils de radiothérapie, a-t-il justifié. «En 2010, on était à 10 appareils de radiothérapie, aujourd’hui, on en est à plus d’une cinquantaine entre le secteur public et privé», se réjouira l’intervenant, avant de changer de ton et de regretter la gestion «bureaucratique» de ce type de matériel au niveau des structures sanitaires où ils sont affectés.
«En théorie, le nombre d’appareils existant actuellement devrait suffire pour couvrir les besoins de la radiothérapie de tous les Algériens. Sauf que ce n’est pas le cas encore pour des raisons liées à la gestion des centres anti-cancer», regrette le président de la Saom, après avoir constaté que cette gestion «a été confiée à des bureaucrates au lieu d’être confiée à des techniciens du secteur». Le professeur dit ne pas comprendre «comment on a pu confier à de vagues directeurs, qui sont des bureaucrates, la lourde charge de décider qui doit faire la radiothérapie et qui ne doit pas la faire, alors que des médecins radiothérapeutes ont été formés pour ça». Ces derniers sont en nombre suffisant en Algérie, ne manquera-t-il pas de préciser. Pr Kamel Bouzid s’est également exprimé sur l’appel à une grève nationale pour cette journée du 7 avril, lancé la semaine dernière par trois syndicats du secteur de la santé, en l’occurrence le Syndicat national des enseignants chercheurs hospitalo-universitaires (Snechu), le Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP) et le Syndicat algérien des paramédicaux (SAP).
Il affirme d’emblée ne pas adhérer à la démarche de la grève et prône d’autres méthodes pour régler les problèmes qui ont provoqué l’appel à la grève. «Personnellement, je suis contre la grève, parce qu’en recourant à ce type de solution, un médecin digne de ce nom prend en otage les malades, ce qui est inacceptable, et il prend aussi en otage ses collègues», constate le chef de service du Centre Pierre-et-Marie-Curie. Pour lui, «il y a d’autres façons de traiter les problèmes qui ont été évoqués dans le communiqué des syndicats, à savoir les négociations avec les différentes autorités de tutelle».