PAR NAZIM BRAHIMI
La célébration du Nouvel an berbère, Yennayer 2972, tend à s’installer dans l’ensemble des foyers du pays qui le fêtent de manières différentes mais dans un même esprit, celui du ressourcement, d’un long voyage dans l’histoire et de la communion.
Inscrit dans notre calendrier officiel et fêté également dans notre espace maghrébin et africain, Yennayer est un moment de communion à travers lequel les Algériens s’approprient les racines profondes et multimillénaires de leur histoire et leur identité. Cette appropriation ne fait pas cependant tout le temps consensus, dans la mesure où il y a des voix négationnistes et identifiées idéologiquement qui crient et créent la discorde, alors qu’au niveau du champ constitutionnel et institutionnel, en dépit des avancées indéniables, des freins de diverses natures persistent.
Yennayer a résisté grâce à notre tradition orale, a estimé Djamel Laceb, conseiller au Haut-commissariat à l’amazighité (HCA), lequel a relevé que «Yennayer, avec son aspect transnational, est un mythe planétaire qui a survécu miraculeusement grâce à l’oralité». C’est aussi un moment pour constater qu’en dépit des avancées réalisées dans ce registre, notamment par la constitutionnalisation de la langue amazighe, des freins de diverses natures persistent, d’où le devoir pour l’Etat de donner un coup d’accélérateur à la promotion effective de cet élément de l’algérianité.
Concernant la promotion de la langue amazighe, citoyens comme militants s’accordent à dire que «nous n’avançons pas malgré ce qui est énoncé dans la Constitution de 2016 et celle en vigueur, adoptée le 1er novembre dernier, et qui stipule en son article 4 que «tamazight est également langue nationale et officielle» et que «l’Etat œuvre à sa promotion et à son développement dans toutes ses variétés linguistiques en usage sur le territoire national». Cette projection de promotion, louable à plus d’un titre, a été par ailleurs confortée par la disposition constitutionnelle qui énonce la création de l’Académie algérienne de la langue tamazight placée auprès du Président de la République. Sauf que dans ce champ, «nous faisons du surplace», pointent des militants de la cause amazighe.
Pourtant, «l’Académie qui s’appuie sur les travaux des experts est chargée de réunir les conditions de la promotion de tamazight en vue de concrétiser, à terme, son statut de langue officielle», est-il stipulé également dans la nouvelle loi fondamentale.
Or, cette Académie fait, elle aussi, du surplace depuis décembre 2018, date de la nomination par décret présidentiel de son premier responsable, l’universitaire Mohamed Djellaoui, et de quarante autres membres.
Trois ans après sa mise en place, l’académie peine à se tracer un chemin et des voix réclament depuis plusieurs mois la révision de la loi organique portant sa création et sa fonction, tout comme elles exigent que les normes scientifiques priment dans la désignation de ses membres.
De son côté, le président du Haut-commissariat à l’amazighité (HCA) Si El Hachemi Assad, a indiqué jeudi dernier qu’un mémorandum portant une vision stratégique de promotion de l’enseignement de tamazight (2022-2038) sera soumis prochainement aux autorités du pays. n