Aujourd’hui, révoltés par «l’inconscience» d’une grande majorité d’Algériens, les médecins lancent un véritable cri de détresse pour le respect des mesures préventives contre la contamination à la Covid-19, et ce, au moment où l’Algérie
est endeuillée suite au nombre record de malades Covid décédés souvent à cause d’un manque d’oxygène, où les hôpitaux sont saturés au vu du nombre de contaminations au coronavirus et surtout au variant Delta, très virulent et fauchant sur son passage personnes âgées, malades chroniques mais aussi les jeunes, les enfants et même les nourrissons, ainsi que
le constat de plus en plus alarmant de l’augmentation des cas graves chez les femmes enceintes.

Par Sihem Bounabi
Dr Lyess Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), exhorte les citoyens au respect strict des gestes barrières dont la distance physique, en évitant les rassemblements. Il s’insurge à ce sujet : «Il faut que les citoyens aient un minimum de civisme en respectant les gestes barrières. C’est honteux que lorsqu’un voisin vient de mourir de la Covid, on continue à célébrer des mariages et à fêter des réussites à des examens dans des rassemblements sans aucune consciences et créant ainsi de véritables clusters.» Sur un ton révolté, il affirme qu’«il faut que les Algériens comprennent que la situation est vraiment catastrophique. On ne peut pas continuer à se rassembler que ce soit dans les mariages, les enterrements, les fêtes familiales, à la plage ou organiser des pique-niques familiaux, alors que chaque jour le nombre de morts continue d’augmenter de manière exponentielle et les malades sont en train de souffrir faute de place et d’oxygène.»
Face à cette situation, plusieurs voix de spécialistes et de citoyens lancent un appel au Président de la République et au Premier ministre pour instaurer l’état d’urgence sanitaire, afin de notamment mettre en place un confinement dans les wilayas les plus touchées, c’est le seul moyen pour espérer casser l’ampleur de la contagion.
Le corps médical lance également un appel aux pouvoirs publics pour renforcer le rôle des forces de l’ordre sur le terrain afin de sévir contre tous ceux qui ne respectent pas la loi et la réglementation, surtout pour le port du masque et l’interdiction de rassemblement. Ils réclament avec force des sanctions sévères car le temps n’est plus à la sensibilisation mais à l’action pour juguler la propagation du virus Delta. La seule manière de le faire est de respecter la distance physique entre les personnes.
«Il faudrait sévir, être sur le terrain, contrôler et sensibiliser. La réglementation doit être appliquée dans toute sa rigueur, en sanctionnant les réfractaires», ont déclaré des personnels de la santé face à l’ampleur du relâchement constaté dans les espaces publics. D’autant plus que l’épuisement moral et physique des médecins est aggravé par un sentiment d’impuissance frustrant de se retrouver devant un malade en manque d’oxygène sans aucune solution. Ajouté à cela, le nombre de contamination et de décès qui continue de faire des ravages dans les rangs des professionnels de santé où, selon les déclarations du Dr Lyess Merabet, depuis le 1er juillet et jusqu’au 24 juillet, 24 médecins qui sont décédés de la Covid, soulignant que «chaque jour, il y a des avis de décès concernant les professionnels de la santé. Je passe sur ceux qui sont hospitalisés, ils se comptent par dizaines chaque jour».
S’exprimant notamment sur les réseaux sociaux afin de toucher le plus grand nombre de monde possible, une jeune médecin de la ville de Meftah, où récemment plusieurs publications ont dénoncé une fête de mariage dans un quartier mitoyen de l’hôpital où des malades Covid suffoquaient par manque d’oxygène, affirme: «Ce n’est pas possible, les gens ne veulent pas prendre conscience de la gravité de la situation. Il faut que les Algériens prennent conscience qu’aujourd’hui, on n’a plus le choix. Le personnel médical est sur le point de s’effondrer. Tous les jours on perd des médecins, des infirmiers, des aides-soignants, des agents d’entretien et de sécurité. Toutes les catégories du personnel de la santé sont touchées.» Elle enchaîne ainsi : «Il faut que les Algériens assument leurs responsabilités face à la situation actuelle, la seule solution est la prévention et la vaccination car nous n’avons pas d’autres choix. En ce moment, il n’y a plus de place dans les hôpitaux. Bientôt, il n’y aura plus de professionnels de la santé pour soigner les malades si les Algériens continuent de faire la fête, de s’amuser à la plage ou dans les espaces publics sans aucun respect pour les personnes qui meurent chaque jour à cause de l’inconscience de la majorité.