C’est aujourd’hui dimanche 12 juillet que sera connue la décision finale quant à la célébration de l’Aïd El Adha avec ou sans le rite du sacrifice du mouton. Le président de l’Association des oulémas, Abderrazak Guessoum, l’a annoncé lors d’un entretien qu’il a accordé tout dernièrement au quotidien El Chourouk. Ainsi les citoyens qui attendaient la décision finale du maintien du rituel ou de son annulation en raison de la recrudescence de la pandémie observée ces derniers temps dans un grand nombre de wilayas du pays, seront fixés. Mais Abderrazak Guessoum a précisé, toujours à cette même occasion, que la fetwa de l’association sera basée «sur l’opinion religieuse, en premier lieu, mais prendra compte de la situation actuelle». Cependant, il a toutefois souhaité que les avis de l’association et du comité scientifique s’accordent. Mais toujours est-il que du côté du Comité scientifique chargé de la lutte et du suivi du Coronavirus en Algérie on réfléchit sérieusement à l’éventuelle annulation du rite du sacrifice pour l’Aïd de cette année. Ce que d’ailleurs soutient le Docteur Bekkat Berkani, membre de ce comité, arguant avec beaucoup de conviction ces derniers jours que l’annulation est des plus nécessaires «dans le cas notamment où le nombre de contamination au quotidien demeure à la hausse», avertit ce dernier. Allant même jusqu’à tirer la sonnette d’alarme sur ce que peut devenir la fête religieuse dans le cas de la célébration du rituel. «Une multiplication de foyers de contamination au coronavirus à travers tout le territoire national», s’inquiète le Docteur Bekkat. Non sans lancer, d’un ton révélant toute son anxiété sur la situation épidémiologique que traverse le pays : «Il nous faut absolument éviter le scénario du pire provoqué par la trop grande proximité des personnes lors du rituel du sacrifice du mouton de l’Aïd.» Cette prise de position du Docteur d’annuler le rituel du sacrifice commence peu à peu à être prise au sérieux sur le terrain. En effet, beaucoup de walis, dont celui d’Alger, ont procédé à la fermeture des marchés aux moutons et à l’interdiction de la vente dans les lieux publics. Ce qui explique le nombre important d’enclos de fortune qui ont fait leur apparition au niveau de certains quartiers de la banlieue de la capitale. Un état des lieux sur lequel Abderrazak Guessoum s’est prononcé rappelant que pour cette année l’offre de moutons destinés au sacrifice religieux s’élève à 7 millions de têtes contre 4,5 millions l’année précédente. «Ce surplus résulte de la baisse drastique de la demande depuis près de 4 mois pour cause de l’arrêt des restaurants et des cuisines des entreprises par mesure de confinement. Et par voie de conséquence directe, les éleveurs d’ovins se sont retrouvés face à des méventes synonymes de pertes financières qu’ils pensaient rattraper cet Aïd», a-t-il expliqué. Toujours dans le même sens, la Fédération nationale des éleveurs ne sait pas fait prier pour se prononcer. Son vice-président Belkacem Mezrour approché par Reporters samedi n’a pas caché que sa fédération s’oppose à l’éventuelle annulation du rite du sacrifice. «Nous arrivons plus à contenir l’inquiétude des éleveurs qui se plaignent de la fermeture des marchés et qui plus est de l’inexistence de points de ventes. Une inquiétude qui est d’ailleurs tout à fait légitime car de nombreux éleveurs espèrent écouler une partie de leur cheptel à l’occasion de l’Aïd, les besoins de revenus après quatre mois de mévente se font ressentir et surtout pour pouvoir disposer de complément alimentaire nécessaire pour un bon élevage de leur cheptel», nous a fait remarquer notre locuteur.
Toujours à propos de la fermeture des marchés à bestiaux, le président de l’Association de protection de consommateurs (Apoce) Mustapha Zebdi, contacté par nos soins, estime que la fermeture des marchés à bestiaux, sans prévoir de solutions urgentes en parallèle, ouvrira la voie à la vente anarchique du cheptel, loin du contrôle vétérinaire et en l’absence totale des mesures de protection. Et de nous dire que cette crise sanitaire devrait pousser à mettre de l’ordre dans nos marchés, que ce soit ceux réservés aux bestiaux ou ceux des fruits et légumes, pour assurer la sécurité, notamment sanitaire aux citoyens. «A trois semaines de l’Aïd El Adha pour réserver de grands espaces à l’instar de la Safex, le parking du stade 5-Juillet pour la vente exclusive de cheptel, pour le cas d’Alger. Et de réserver des endroits similaires à travers toutes les wilayas du pays, des points de vente organisés, encadrés par les services de sécurité et les autorités locales avec la présence obligatoire des vétérinaires sur place», suggère enfin Mustapha Zebdi. <