La wilaya de Béjaïa vit ces derniers jours au rythme des festivités commémoratives du double anniversaire du Printemps berbère d’avril 1980 et du Printemps noir de 2001.

Les animateurs du mouvement associatif des différentes localités de la région se sont attelés depuis une semaine à concocter, en collaboration avec les APC et autres institutions de l’Etat, des programmes aussi riches que variés afin de marquer cet événement historique cher à toute la région de Kabylie. Comme à l’accoutumée, cette double célébration sera marquée par l’organisation de manifestations de rue.
En effet, le chef-lieu de la wilaya de Béjaïa vivra, aujourd’hui et demain, au rythme de pas moins de trois marches commémoratives distinctes. Le premier à battre le pavé à cette occasion sera le collectif des étudiants de l’université Abderrahmane-Mira qui avait appelé toute la communauté universitaire et les citoyens de la région à venir massivement à sa marche, prévue aujourd’hui, à Béjaïa, pour célébrer ce double anniversaire du Printemps berbère et du Printemps noir. La manifestation démarrera à partir de 10h30 du campus Targa-Ouzemour vers la place de la liberté Saïd Mekbel pour « dénoncer les manœuvres machiavéliques du pouvoir dans sa démarche de folklorisation du 20 Avril, défendre la généralisation pédagogique et géographique de l’enseignement de tamazight, imposer tamazight comme langue nationale et officielle dans toutes les institutions de l’Etat et défendre le caractère latin de la langue amazighe comme cela avait été tranché par les supports scientifiques de Mouloud Mammeri et de ses disciples ». Dans sa déclaration appelant à la marche d’aujourd’hui, le collectif des étudiants a tenu à souligner que « les journées du 20 Avril 1980 et 2001 symbolisent le combat identitaire dans toutes ses dimensions. Cette date historique reste à tout jamais gravée dans nos esprits, comme journée de lutte menée par nos prédécesseurs pour l’officialisation de tamazight et le maintien de tous nos acquis démocratiques et sociaux arrachés au prix du sang».
La deuxième, marche placée sous le signe de « l’unité des rangs », et prévue pour demain, vendredi 20 avril. Elle est initiée par le «collectif militant MCB-Tafsut 80», composé de plusieurs anciens animateurs du MCB. Dans son appel à cette marche, ce collectif s’est dit «persuadé que l’élan mobilisateur impulsé par la jeunesse le 11 décembre 2017, dans l’esprit des fondamentaux du MCB, se traduira encore une fois dans la maturité par autant de marches nécessaires dans la complémentarité des visions militantes de toutes les générations ». «Le collectif militant MCB-Tafsut 80 célébrera dans la vigilance citoyenne le 38e anniversaire du 20 avril 80, moment fondateur de l’engagement total pour notre identité, avec deux marches sur l’espace public », annonce-t-il. Les signataires de cet appel à la marche apportent leur soutien à la manifestation du collectif des étudiants, tout en appelant ces derniers à faire preuve de vigilance.
« Conscient que rien ne nous a été donné, qu’aucun acquis n’est définitif, le collectif militant MCB-Tafsut 80 est persuadé que l’unité n’est pas dans l’unicité, et que le respect de la diversité est l’un des grands acquis du combat identitaire permanent », précise-t-il. Le troisième appel à une manifestation de rue, pour demain, est celui du mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), non-agréé. Par ailleurs, il y a lieu de signaler que le campus d’Aboudaou de l’université Abderrahmane Mira de Béjaïa abrite, depuis hier, les travaux d’un colloque national sur «la terminologie amazighe de l’anthropologie ». S’inscrivant dans le sillage des activités commémoratives du printemps berbère d’avril 1980, cette rencontre a été organisée par le Centre national de recherche en langue et culture amazighes, en collaboration avec le Département de langue et culture amazighes de l’Université de Béjaïa. Selon le Dr Mustapha Tidjet, directeur de ce centre national de recherche en langue et culture amazighes, cet important colloque vise notamment à «mettre l’accent sur la problématique du manque de terminologies spécifiques dans la langue amazighe » et également « contribuer au développement de cette langue ». Au menu de cette rencontre scientifique, plusieurs chercheurs universitaires nationaux sont appelés à aborder les différents axes thématiques liés particulièrement à la « terminologie de l’anthropologie en tamazight : état des lieux », « Besoins en terminologie amazighe pour l’enseignement de l’anthropologie », « Expérience des enseignements de l’anthropologie dispensés en tamazight : comment est contourné l’écueil terminologique ? », « Création de la terminologie de l’anthropologie en tamazight : méthodes, proposition» etc. Le Dr Mohand Akli Salhi, enseignant-chercheur au département de langue et culture amazighes de l’université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou, a abordé la thématique « l’oralité littéraire comme objet anthropologique. Construction des savoirs et couverture terminologique en langue amazighe». De son côté, le Dr Moussa Imarazen est revenu sur le thème « Aux sources de l’enrichissement lexical en berbère».