Le coup d’envoi de la célébration du centenaire de la naissance du chanteur Slimane Azem a été donné, mardi, à Agouni Gueghrane.

En effet, le village natal de l’auteur de Afagh Ayajrad Tamurtiw (Sautrelles, quittez mon pays), chanson dénonçant le colonialisme français, accueille depuis avant-hier, et ce, jusqu’au 1er septembre une semaine culturelle, organisée dans le cadre de cet événement dont les activités devaient s’étaler jusqu’au mois d’aout 2019 et s’élargiront à Tizi Ouzou et à d’autres wilayas, selon les déclarations faites à la presse par le P/APC d’Agouni Gueghrane.
Durant une semaine, le village vivra au rythme des festivités commémoratives en hommage au poète et au chanteur de l’exil et au poète fabuliste qui aurait eu 100 ans au 19 septembre 2018 (Slimane Azem est né le 19 septembre 1918 à Agouni Gueghrane). Il y aura du théâtre, de la poésie, des expositions non-stop, des conférences et des témoignages sur la vie et l’œuvre de Slimane Azem. Plusieurs chanteurs, à l’instar d’Ali Amrane (qui s’est déjà produit) et de Farid Ferragui sont attendus pour l’animation de galas artistiques. Dans la matinée de mardi, un dépôt de gerbe de fleurs a été effectué au niveau de la maison natale de Slimane Azem. Un geste qui a donné le la à l’événement dédié également à la mémoire de Matoub Lounes qui a été honorée par le dépôt, dans la même journée, d’une gerbe de fleurs sur sa tombe, à Taourirt Moussa (Ath Douala). Poète chanteur au destin exceptionnel et, à la fois, tragique, Slimane Azem aura vécu le pire et le meilleur, compte tenu de sa trajectoire qui l’a mené aux cimes de la célébrité non sans avoir vécu, à diverses étapes de sa vie, les affres de la misère, de l’exil forcé et de l’arrachement du pays natal.
Une situation qui a marqué son existence et qui a irrigué son œuvre et ses compositions constellées de référence faites de nostalgie et de douleur en raison de l’exil, de l’interdiction d’antenne qui ont frappé ses chansons et de séjour en Algérie qui lui sont imposés après l’Indépendance. Une injustice que ce centenaire qui est initié par les siens au village Agouni Gueghrane servira à réparer. Chanteur prolifique et poète fabuliste (il a été, selon certains témoignages, très influencé, dès son jeune âge, par les fables de La Fontaine). Poussé par la misère, à l’image de tous les habitants de Haute Kabylie, il quittera son village, à l’âge de 11 ans, pour devenir employé agricole chez un colon de Staoueli. L’exil en France commence en 1937. Cette année-là, il débarque à Longwy et trouve un travail de manœuvre dans une aciérie. Lors du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, il sera mobilisé avant d’être réformé, en 1940. Episode qui le mènera à Paris où il est embauché comme aide électricien dans le Métro. Peu de temps après, il sera gérant d’un café dans le XVe arrondissement, il en profite pour y interpréter ses premières compositions. Remarqué et encouragé par l’artiste et musicien Mohamed El Kamel qui remarquera son talent, Slimane Azem persévère dans le chanson. A « Muh a Muh » sera son premier disque qu’il enregistre. La chanson qui traite des conditions de vie des émigrés et du mal du pays lui vaudra beaucoup de succès et célébrité, ses disques s’arracheront et se vendront comme des petits pains. Ce qui lui ouvre grandes les portes du célèbre éditeur Pathé-Marconi. Le succès et la célébrité qui ont accompagné sa longue carrière artistique auront peu atténué la douleur de l’exil forcé de celui qui fut élevé de son vivant au rang de mythe et d’icône dont les chansons n’ont pas subi le poids et l’usure du temps.