Au-delà de l’adoption attendue, jeudi, du projet de loi portant révision constitutionnelle, la séance n’a pas été moins révélatrice d’un champ politique partisan qui se cherche, en sus d’avoir confirmé, si besoin est, une représentation parlementaire plus que jamais affaiblie jusqu’à suggérer, par elle-même, sa propre dissolution.
Dans les travers de l’Hémicycle Zighout-Youcef, on peut même déceler un désir chez les députés de vouloir expédier cette séance et voir plus clair comment évoluera la scène politique nationale, notamment en ce qui concerne le devenir de l’APN, dont la composante actuelle n’arrive pas à se remettre du coup de massue que lui a asséné Baha Eddine Tliba, qui a porté dans l’espace public, à travers un Tribunal d’Alger, le business électoral au sein du FLN.
Ce parti a estimé, jeudi, par la voix de son chef de groupe parlementaire, que le projet de révision constitue «un document référentiel pour construire les contours de la nouvelle République», ajoutant que ce projet «aura l’appui et le plébiscite tant qu’il ne s’écarte pas de la dimension nationale novembriste».
Le projet «renforce l’unité des enfants de l’Algérie, préserve l’identité nationale et consolide le processus démocratique et les relations entre le peuple et les institutions de l’Etat ainsi que la démocratie participative», a souligné le même responsable, affirmant que «le dernier mot reviendra au peuple le 1er novembre prochain à l’occasion du référendum populaire».
Le projet de révision constitutionnelle a gagné également l’appui du Rassemblement national démocratique (RND) considéré comme «une étape charnière dans l’histoire politique» du pays, selon Mohamed Guidji, chef du groupe parlementaire du parti.
M. Guidji a expliqué la position de sa formation politique en «tenant compte de la valeur politique» du texte qui «dénote le respect par le Président de la République Abdelmadjid Tebboune de ses engagements électoraux, en réponse aux aspirations des citoyens pour revoir l’architecture du système politique, moraliser la vie publique, lutter contre la corruption, promouvoir la performance des entreprises et garantir le respect des droits des citoyens».

Même son de cloche chez le groupe parlementaire de Tajamoue Amal El Jazaïr (TAJ), qui se dit «satisfait» du contenu du texte précisant que «la Constitution consensuelle garantit l’intérêt national, les droits, les libertés et la stabilité du pays». La représentante du groupe des indépendants, Habiba Zeddam, a salué les dispositions du projet de révision de la Constitution qui «consacre les droits fondamentaux et les libertés générales et assure une séparation des pouvoirs, citant les deux concepts de majorité parlementaire et de majorité présidentielle».

Chaise vide chez les opposants
Chez les formations politiques de l’opposition, c’est l’option de la chaise vide, puisque le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) et le Front des forces socialistes (FFS) ont décidé de boycotter la séance d’adoption marquant ainsi leur opposition à la démarche prônée par le premier magistrat du pays à travers la révision constitutionnelle alors qu’eux sont plutôt favorables à un processus constituant.
Les deux partis ont préféré, comme posture politique, ne pas commenter le passage de projet de révision constitutionnelle, estimant, selon des voix appartenant aux deux formations, que «donner son avis sur le projet équivaut à lui confier de la crédibilité alors qu’il n’en a pas réellement».
Le MSP a eu, lui aussi, une démarche similaire en boudant la séance de l’adoption à laquelle il s’est déclaré «non concerné», alors qu’il ne ferme pas la porte contre une participation au référendum populaire du 1er novembre prochain.
Le parti de Makri ne dit pas, pour le moment, la manière que prendra sa participation à cette consultation. A moins qu’il ne compte pas rater les tribunes qui lui offrirait cette échéance pour investir les thèmes liés à l’identité et aux langues dans le texte de la loi fondamentale.
L’autre parti islamiste, à savoir le Front de justice et le développement (FJD) d’Abdallah Djaballah, a boycotté, lui aussi, la séance, selon son député Lakhdar Benkhelaf.
Pour sa part, le Parti des travailleurs (PT) qui s’est retiré de l’Assemblée populaire nationale (APN) au mois de mars 2019 dans le sillage du mouvement populaire pour réclamer le départ de l’ex-Président de son gouvernement et du Parlement, s’est indigné contre «une fausse représentation» du parti et l’existence d’un groupe parlementaire au nom du parti sans que ces titulaires ne représentent réellement le parti de gauche. n