Le gouvernement a semblé se rendre à l’évidence qu’en dépit de l’instauration du système de quotas – en 2015 – l’Algérie continue de décaisser des milliards de dollars pour ses besoins. S’il en fallait une preuve, elle est à chercher dans la seule « note » d’achat des produits alimentaires, eux aussi soumis aux contingents : la dépense alimentaire a grimpé de 30% ce premier semestre – 5,17 milliards de dollars pour les sept premiers mois de cette année contre 4,69 milliards à la même période en 2016.

Pourtant, par-delà le fait qu’il s’agit ici d’abandonner un système « bureaucratique » et à la « transparence» lacunaire, dont l’impact, aussi, sur la sauvegarde des réserves de changes a été jugé « limité », de l’aveu même du ministre du Commerce, M. Bendimerad, jusqu’à lui reconnaître des dégâts collatéraux sur « le fonctionnement de l’économie nationale, où des entreprises ont même cessé d’activer », des économistes voient tout de même dans la décision de renoncer aux licences d’importation l’ombre d’une « pression externe ». C’est l’avis d’Abderrahmane Mebtoul, professeur des universités et économiste, qui juge d’abord nécessaire de rappeler que « ce changement rentre dans le cadre des règles internationales en la matière dans la mesure où le régime des licences, contenu dans les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), est par nature transitoire », non sans admettre, lui aussi, que « les licences d’importation n’ont donné aucun résultat probant et ont eu peu d’impact sur la facture des importations ». Mais M. Mebtoul n’en pense pas moins que « cette décision a été prise sous la pression, surtout de l’Union européenne avec laquelle nous tirons 70% de nos recette en devises ». Et d’aller au fond de sa pensée: « Beaucoup de pays ont protesté contre cette mesure et certains y ont répondu ou menacé d’y répondre par des mesures de réciprocité. C’est le cas de l’Espagne qui a menacé de réduire ses achats de gaz algérien lorsque l’Algérie a instauré des licences d’importation sur la céramique espagnole. Il en est de même pour l’Italie ». Dans l’absolu et pour rester dans le giron de la mondialisation, M. Mebtoul ne voit aucun intérêt à « interdire » sèchement d’importer un produit mais au contraire, il est « économiquement plus approprié » de laisser le consommateur algérien assumer le choix du produit qu’il veut acheter. Il réagissait à l’intention du gouvernement, à travers le ministère du Commerce, d’élargir la liste des marchandises importées soumises à la taxe intérieure de consommation (TIC), au taux de 30%, et de relever les droits de douanes, dans la milite de 60%, pour 32 familles de produits finis. Du coup, si l’Algérien veut payer un produit plus cher car de meilleure qualité, libre à lui ; mais en même temps, c’est aux producteurs locaux de se montrer compétitifs en proposant des biens au moins égaux en qualité que ceux importés. M. Mebtoul, qui « se félicite que le gouvernement ait pris cette décision responsable », plaide pour l’instauration de taxes sur les produits importés, à condition qu’elles soient aux « normes internationales admises ». Comprendre, un « niveau de taxation » qui respecte les engagements du pays avec ses partenaires commerciaux.

Pression de l’UE ?
Et c’est justement sur ce dernier point que s’est attardé en particulier l’économiste Ferhat Aït Ali, non sans perplexité ! Et pour cause : « La seule option viable pour réguler les importations se trouvait dans la taxation ; mais lorsque je la proposais à mes interlocuteurs au gouvernement, il y a trois ans, ils me disaient qu’il serait compliqué de le faire car l’Algérie a des engagements avec des partenaires économiques européens sur cette question qu’elle ne peut ignorer ». Parmi ces engagements, l’Accord d’association avec l’Union européenne qu’il faudrait alors considérer de nouveau en matière de droits de douanes, ce que l’UE « n’acceptera jamais », avertit M. Aït Ali, pour la simple raison que « l’Algérie a déjà bénéficié d’un mémorandum sur l’abattement total des droits de douanes [0% de droits à 2020 au lieu de 2017] », sachant que « le texte d’accord dispose d’un article précis et clair qui prévoit une seule révision ». « Nous avons utilisé cette unique possibilité, maintenant il s’agira de passer outre cet accord si nous avons l’intention de revoir les droits de douanes ; ce qui signifie le dénoncer », affirme-t-il encore. Mais, à ses yeux, «l’indéfendable a été défendu tout ce temps où le système des licences aurait dû être remis en cause avec des études à l’appui ; et non au sortir d’une réunion ministérielle car il y va tout de même des destinées économiques du pays ». Quoique, au fond, M. Aït Ali se dit « convaincu que le gouvernement a changé de cap à cause de facteurs extérieurs », lire, là aussi, « pression » subie de la part des partenaires économiques et commerciaux de l’Algérie. Sur ce point, le gouvernement a eu déjà à s’exprimer, par la voix de l’ancien ministre du Commerce, M. Saci, qui, abordant l’impact de la politique des quotas sur l’accord de libre-échange de l’Algérie avec l’Union européenne (UE) ainsi que sur l’effort de négociation avec l’Organisation mondiale du commerce (OMC), avait déclaré que « dans le cas de l’UE, il n’a jamais été établi dans le cadre de ces accords de toucher aux intérêts d’un pays [car] ces barrières [licences d’importation] ne sont pas propres à l’Algérie, d’autres pays européens non membres de l’UE sont aussi concernés ». Et pour ce qui est de l’OMC, il explique que les licences n’ont pas remis en cause le processus de pourparlers, rappelant, si nécessaire, qu’un 13e round de discussions est inscrit à l’agenda des deux parties. Il avait alors ajouté que le principe à respecter, c’est « la préservation du marché national et des composantes de l’industrie locale ». <