Par Nadir Kadi
Un mois, jour pour jour, après le début des gigantesques et tragiques incendies qui ont ravagé près de 89 000 hectares de couvert végétal dans 35 wilayas, les autorités ne sont toujours pas parvenues à établir et communiquer un bilan précis et détaillé des dégâts matériels. Un élément est cependant certain, les pertes et l’impact sur le secteur de l’agriculture sont «énormes» et dont le«dédommagement» se fera sur les finances de l’Etat. Et pour cause, le pourcentage des agriculteurs assurés contre ce type de catastrophes est, en effet, dérisoire. Le directeur de la Caisse nationale de mutualité agricole (CNMA) Chérif Benhabiles révèle que le secteur de l’agriculture ne représente actuellement que «2 à 3%» du chiffre d’affaires des assurances. Ainsi, en termes de volume, il est expliqué que sur un total de plus de 1,5 million d’exploitants, seuls 200 000 agriculteurs sont «assurés» contre les risques de catastrophe, ce qui permet de conclure que seuls 20 à 25% des agriculteurs sont assurés.
En effet, responsable qui s’est notamment exprimé dans les colonnes du quotidien El-Khabar, Chérif Benhabiles explique à propos des derniers incendies qui ont principalement touché la wilaya de Tizi-Ouzou, que les petites et moyennes exploitations, notamment familiales, ont constitué l’essentiel des entreprises ravagées par les flammes. Un type d’exploitation qui englobe entre autres «l’élevage de bétail et la production de miel» et qui reste par nature «très peu assurée» contre les catastrophes naturelles et les risques d’incendies. Ainsi le responsable déclare que «la majorité des victimes recensées dans la wilaya de Tizi-Ouzou ne disposait pas d’assurance». Une situation similaire dans les autres wilayas, jugée paradoxale, au moment où les réseaux des assurances sont relativement développés avec plus de 550 agences à travers le pays, 67 «caisses régionales» dédiées aux «offres» du secteur de l’agriculture. Le responsable précise en ce sens que cette absence de «réflexe» ou de «culture de l’assurance» n’est pas exclusif au seul secteur de l’agriculture. Près de 80% de l’ensemble des contrats d’assurances établis chaque année dans le pays sont, dans les faits, des «assurances obligatoires», notamment automobiles.
Situation qui pousse à envisager l’instauration d’assurance obligatoire pour l’ensemble des exploitations agricoles. L’idée est défendue par le directeur de la Caisse nationale de mutualité agricole (CNMA) depuis plusieurs années. Chérif Benhabiles déclarait en substance, en septembre 2020, qu’il fallait considérer l’assurance comme un «élément déterminant» dans la poursuite des activités et la sécurisation des revenus des agriculteurs «au lieu de faire appel au Trésor public pour les indemniser après chaque catastrophe naturelle ou sanitaire». Le responsable n’écarte pas la possibilité d’offrir des «subventions» pour inciter les agriculteurs à «l’acquisition des produits de l’assurance agricole». Une stratégie «d’obligation d’assurance» qui aurait pu éviter la situation actuelle, les derniers incendies du mois d’août, après ceux de Khenchela en juin, ont en effet contraint l’Etat à prendre à sa charge le «dédommagement» des pertes matérielles.
En ce sens, si aucun chiffre officiel n’est pour le moment connu, l’évaluation du Conseil national des assurances (CNA) peut donner un ordre de grandeurs. En effet, le CNA estime que 1 500 milliards de dinars seront nécessaires pour le dédommagement «à 100%» des seuls agriculteurs ayant souscrit des assurances ; l’apport de l’Etat serait donc à multiplier par 3 ou 4 si l’on considère le taux probable de couverture des assurances dans la wilaya. Et à ce propos, il est à rappeler que les bilans provisoires des dommages matériels à Tizi Ouzou font état, selon la Direction des services agricoles (DSA) de la wilaya, de plus de 5 193 hectares d’arbres fruitiers dont 4 500 hectares d’oliveraies partis en fumée, de 19 178 animaux d’élevage morts, dont 295 têtes de bovins, 1 318 d’ovins… de 8 110 ruches, sans compter l’impact sur les infrastructures de base, dont les équipement électriques indispensables à l’agriculture.