Les jeunes sont appelés à être plus consciencieux et à être plus disciplinés dans le combat contre le nouveau coronavirus, pas seulement en Algérie, mais à travers tous les pays. C’est le constat de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui s’inquiète à ce propos et alerte sur la propagation de Covid-19 chez les jeunes de toutes les populations du monde, ces derniers étant souvent des vecteurs de transmission à leur insu, car ne sachant pas qu’ils sont eux-mêmes infectés dans la majorité du temps.

Elle estime que «beaucoup de jeunes ne présentent pas de symptômes, ce qui accroît le risque de transmission aux personnes vulnérables». C’est le cas en Algérie aussi où cette frange de la société est appelée à être vigilante, même si la proportion des jeunes dans les cas confirmés ou dans les cas de décès dus au Covid-19 n’est pas révélée.
«C’est la même situation que nous visons en Algérie. Les jeunes font des passages moins graves dans cette maladie, mais comme ils sont asymptomatiques, ils transmettent le virus sans le savoir. En d’autres termes, ils transmettent la maladie mais font une forme moins grave de la maladie», a déclaré Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins.
A la question de savoir si les jeunes sont plus réfractaires aux mesures de prévention et pourquoi dans les bilans quotidiens on cite souvent les personnes âgées mais pas les jeunes, il répond : «Nous avons commencé par alerter que les personnes âgées étaient vulnérables et ce sont elles qui représentent le plus de décès, surtout celles qui ont des maladies chroniques, ce qui fait que les personnes âgées ont eu peur et ont pris des dispositions pour se protéger. Mais les jeunes sont moins soucieux des gestes barrières et on se rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, il y avait une frange de négationnistes et disait même que le coronavirus n’existait pas. Par la suite, après que cette situation soit passée, ils ont développé l’idée que ‘’cela n’arrive qu’aux vieux’’». Le plus inquiétant, c’est qu’ils sont «asymptomatiques et propagent le virus autour d’eux, le ramènent à la maison, contaminent leurs parents, leurs grands-parents, et sont parfois la cause de leur décès sans s’en rendre compte».

La sensibilisation encore et toujours
Réitérant que la même conduite des jeunes est observée à l’échelle mondiale, Dr Bekkat Berkani, qui est également membre du Comité scientifique de suivi de la pandémie de coronavirus, a estimé qu’il est «utile de continuer à sensibiliser à travers tous les canaux possibles, dont la presse, surtout avec la réouverture notamment des plages qui sont prises d’assaut». «Nous avons vu que la sensibilisation encore et toujours a donné ses fruits, puisqu’après l’Aïd El Adha nous n’avons pas eu une hausse des cas comme nous l’appréhendions, c’est dire que persévérer dans la sensibilisation et dire aux gens ce qu’ils risquent finit par les atteindre».
Le président du Conseil de l’Ordre des médecins a tout de même une pointe d’indulgence, estimant qu’au niveau des plages, par exemple, il n’est pas aisé de garder son masque avec une température sous le parasol de plus de 35 ou 36°, voire plus. Il estime aussi qu’il est difficile de garder une distanciation physique lorsqu’il n’y a plus de place au niveau des plages, avec les milliers d’estivants qui s’y sont déplacés profitant de ce qui reste des vacances. Il n’omettra toutefois pas de souligner que le résultat sera connu dans quelques jours et qu’il ne faut surtout pas arrêter les mises en garde envers les jeunes ainsi que leur sensibilisation.
Le même avis est partagé par le Pr Ketfi Abdelbasset, chef de service pneumologie à l’Etablissement public hospitalier (EPH) de Rouiba, qui a affirmé que «les jeunes représentent, en général, le plus de cas mais très souvent ils ne le savent pas, car ils sont asymptomatiques, ça veut dire qu’ils n’ont pas de signes de maladie. Ce qui fait que le plus souvent ce sont eux qui propagent le virus autour d’eux sans le savoir et contaminent leurs parents, leurs grands-parents et le reste de la famille sans s’en rendre compte».
Il a témoigné, lors de son passage à la Radio nationale, qu’il y a «une bonne proportion de jeunes qui sont admis dans les services Covid», mais «ce sont, aussi, eux qui se rétablissent le plus en général, et même plus vite que les autres sujets âgés ou atteints de maladies chroniques». La raison, selon l’invité de la Radio, c’est qu’ils ont «une plus grande immunité par rapport aux personnes susmentionnées». Dans la plupart des cas, ces jeunes sont en «bonne santé, n’ont aucune maladie chronique ou maladie qui touche notamment à leur système respiratoire ou à leur immunité», c’est pour cela qu’ils doivent «prendre conscience qu’ils ont la chance de s’en sortir par rapport aux autres catégories et d’être plus attentifs aux autres». Ce sont eux qui «bougent le plus, qui sont plus dynamiques, ce qui est tout à fait normal», d’où il y a nécessité de «les conscientiser» afin qu’ils ne soient pas les maillons par excellence de cette chaine de transmission.
«Ils doivent comprendre qu’ils ne sont pourtant pas à l’abri, même s’ils ont une meilleure immunité pour combattre le virus. Ce qui leur est demandé, c’est la rigueur dans la discipline, sans se priver de sortie, d’aller à la plage ou dans tout autre lieu de détente. Il leur est seulement demandé de porter toujours la bavette et de garder la distanciation physique», a conclu le Pr Ketfi. Il convient de noter que dans les précédents bilans, il était noté que pratiquement les deux-tiers de la population atteinte par le coronavirus étaient représentés par «la population active comprise dans la tranche d’âge entre 25 et 60». Elle représentait jusqu’à «57% du total» des cas confirmés, soit un taux qui indiquait que cette frange était celle qui respectait le moins les mesures préventives ou le confinement partiel d’alors. Ce taux n’est plus communiqué avec la même régularité qu’avant, de même que les chiffres concernant les jeunes seuls, surtout que ces derniers sont un acteur important à prendre en considération si on veut maintenir la stabilité actuelle de la situation épidémique.
Pour rappel, c’est la deuxième mise en garde l’OMS contre l’augmentation au niveau mondial du nombre de jeunes parmi les personnes touchées par la maladie et contre les risques que cette progression entraîne pour les personnes âgées. <