Par Azzedine Mabrouki
Soyons francs. Quelquefois, au Fespaco, rien ne va plus. Et c’est très souvent la faute à la compagnie Air Afrique, aujourd’hui disparue.
C’est en effet Air Afrique qui transportait l’essentiel des bobines de films et les cinéastes d’Abidjan, Dakar, Cotonou, Lomé… Et aussi de Paris. Souvent les avions d’AF ne volaient pas. Grève du personnel, panne du moteur, manque de pièces de rechange, querelle entre les propriétaires de la compagnie (qui était en partage entre plusieurs Etats africains).
Et quand tout cela tombe pendant la semaine du Fespaco, tout va de travers, tout ou presque est bloqué, en attente des cinéastes et de leurs copies. Le festival fonctionnait alors avec les films du Burkina, ceux sélectionnés dans les pays du Maghreb, d’Afrique du Sud ou du Kenya, qui avaient leur propre vol.
La salle Ciné-Burkina restait vide, en attendant une copie de Dakar. On était là à attendre le miracle. Rien ne bougeait. Ni copie ni cinéaste, puisque ce dernier ne voyageait jamais sans ses bobines. De peur, qu’en son absence, des gens indélicats feraient des copies vidéo de son film. Ceci n’est d’ailleurs pas spécial au Fespaco.
Au JCC, à Tunis, Youcef Chahine arrivait avec son film dans les soutes d’Egyptair. Il le récupérait lui-même à l’aéroport et le plaçait aussitôt dans un coffre de l’ambassade d’Egypte. Pendant la projection, Youcef ne quittait jamais la cabine…
Quand il y avait pénurie de films, on pensait surtout à la peine des cinéastes qui avaient tenté l’impossible pour être à Ouaga. En vain. Toutefois, certains se débrouillaient pour transiter par Alger sur un vol Air Algérie, comme faisaient tous les cinéastes tunisiens. Ou bien, venant de Niamey, prenaient un Taxi-Brousse.
Tout cela pour dire que quand Air Afrique faisait faux bond, l’ambiance à Ouaga était plutôt morose. On errait toute la journée sous un ciel qui tournait à l’étouffoir, quand la bonne fraîcheur du matin n’était qu’un souvenir. On allait de l’hôtel Indépendance au siège du Fespaco pour s’inquiéter de la situation. Les rares cinéastes présents et ceux du Burkina s’affairaient autour de la projection de leur film. Tout en espérant que l’appareil ne ferait pas sauter les plombs… n