Par Azzedine Mabrouki
On ignore ce qu’est devenue Ouaga aujourd’hui. Mais au cours des premières années du Fespaco, c’était une ville très active, vivant au rythme de son marché situé au cœur d’un labyrinthe de ruelles envahies par les motocyclettes japonaises, étalant toutes les merveilles de son artisanat de tissu et de cuir, de sa production de fruits merveilleux, papayes, mangues, fraises… Les innombrables étals rivalisaient de couleurs des pagnes vives, gaies, chatoyantes. On voyait alors partout à Ouaga, fonçant à toute allure sur leurs engins Yamaha, des jeunes filles élégantes et pleines de grâce que le souffle torride de l’Harmattan ne semblait pas empêcher de sourire…
C’était au cours du Fespaco 1985 que le cinéma algérien a connu la consécration avec le triomphe du film de Brahim Tsaki «Histoire d’Une Rencontre», Etalon de Yennenga, meilleur film long métrage fiction. Par milliers, les spectateurs se pressaient aux portes du Ciné Burkina, aux projections le soir en plein air, au Centre Melies. On était aussi conviés à des concerts de musique africaine, à des défilés de mode. Les cinéastes étaient associés symboliquement à la construction du rail en direction du Sahel. Une longue journée était consacrée à la bataille du Rail. Sembène Ousmane et Mohamed Bouamari dirigeaient les travaux.
Tsaki était absent, occupé par un autre projet, mais dès la première projection de son film la rumeur s’était répandue que c’était «le film à voir». Cette année-là, il y avait sur les écrans du Fespaco, dirigé par Philippe Sawadogo, des œuvres remarquables, «Les Mers de Soif» d’Attiya Allabnoudi (Egypte), «L’Aventure Ambiguë» de Sidiki Bakaba et Jacques Champreux, une adaptation du roman classique de Cheikh Hamidou Kane. Trois grands acteurs africains y partageaient l’écran, Bachir Touré, Douta Seck et Sidiki Bakaba lui-même.
De San Francisco, deux cinéastes Noirs Américains, Larry Clark et Bob Gardner, avaient montré leurs films, «Passing Through» et «Clarence and Angel». Tandis que le grand cinéaste éthiopien Hailé Gérima rassemblait une foule énorme autour de son chef-d’œuvre «Bush Mama», autre œuvre classique du cinéma africain.
On remarquait surtout aussi le film d’Idrissa Ouedraogo, cinéaste phare du Burkina, un long métrage fiction intitulé «Issa le Tisserand». Pour le Nigeria, Ola Balogun avait fait un long documentaire de trois heures sur la campagne des élections, et King Apnaw, cinéaste ghanéen, montrait un long métrage «Road To Accra» sur l’exode rural.
La Biennale du Fespaco 85 a été une réussite totale. Fêtes, films et rencontres joyeuses.