Coup de tonnerre sur l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Motors. Son P-DG, le puissant Carlos Ghosn, a été arrêté hier à Tokyo, accusé de malversations. L’annonce a également bouleversé la planète automobile tout entière dont M. Ghosn se trouve être l’un des plus grands patrons, cumulant en seulement deux décennies un empire automobile, et des fonctions comme aucun autre dirigeant d’entreprises de cette taille ne l’avait fait avant lui.

L’arrestation de Carlos Ghosn devenait quasiment inévitable hier, avant même que ce dernier ne soit entendu par le parquet de Tokyo. Et pour cause, Nissan avait confirmé dès le matin les informations de la presse selon lesquelles le patron de 64 ans avait dissimulé ses revenus au fisc.
Le constructeur nippon a, en effet, annoncé que le président de son conseil d’administration avait «pendant de nombreuses années déclaré des revenus inférieurs au montant réel», selon les résultats d’une enquête interne.
«En outre, de nombreuses autres malversations ont été découvertes, telles que l’utilisation de biens de l’entreprise à des fins personnelles», a ajouté le groupe qui veut démettre Ghosn de son poste «rapidement».
Un autre responsable de Nissan, Greg Kelly, est également mis en cause, a précisé Nissan. Les accusations portées contre Carlos Ghosn un rude coup à l’alliance franco-japonaise qui revendique le titre de premier ensemble automobile mondial, avec 10,6 millions de voitures vendues l’an dernier, dépassant ses rivaux Toyota ou Volkswagen.
«S’il est arrêté, cela va chambouler l’alliance dont il est la pierre angulaire», avait commenté avant les informations de presse sur son arrestation Satoru Takada, analyste au sein du cabinet d’études TIW.
Arrivé à Tokyo en 1999, Carlos Ghosn s’est rapidement distingué en réussissant sa mission principale, à savoir redresser Nissan qui venait de s’unir au constructeur français Renault. Deux années plus tard, le Franco libanais est nommé P-DG de l’alliance.
Surnommé «cost killer» («tueur de coûts»), il avait transformé un groupe en pleine débâcle en une société très rentable au chiffre d’affaires annuel de près de 100 milliards d’euros, ce qui lui vaut une certaine vénération dans l’archipel. Son dauphin Hiroto Saikawa prendra le relai dans la direction de Nissan, mais «cost killer» restera à la tête du conseil d’administration, pour se concentrer davantage sur l’alliance avec Renault et Mitsubishi Motors qu’il a portée au sommet de l’industrie automobile mondiale.
En tant que P-DG de Nissan, il avait touché pour la période d’avril 2016 à mars 2017 quasiment 1,1 milliard de yens (8,8 millions d’euros au cours de l’époque). Il gagne en outre plus de 7 millions d’euros par an au titre de P-DG de Renault, qu’il dirige depuis 2009 (il en était directeur général depuis 2005), des revenus qui ont souvent fait grincer des dents.
Carlos Ghosn préside aussi le conseil d’administration du constructeur Mitsubishi Motors, qu’il a sauvé fin 2016 en prenant, via Nissan, une participation de 34% dans le groupe alors empêtré dans un scandale de falsification de données.