Les opérateurs de projets publics de développement vont devoir affiner leurs prévisions de réalisation et surtout faire attention à l’argent qui leur est alloué. Il s’agit d’éviter les sempiternelles réévaluations financières et les dépenses préjudiciables qu’elles coûtent à l’Etat et au gouvernement, a prévenu Aïmene Benabderrahmane.

Par Lyes Sakhi
Lundi, 4 octobre, à Oran, le Premier ministre et argentier du pays, a admis que «les études des projets peuvent prendre une année, voire deux ou encore trois, ce qui est admissible», a-t-il jugé. Mais «la réalisation doit être achevée dans les délais fixés par les études», a-t-il préconisé. «Désormais, nous n’accepterons aucun glissement ou réévaluation», a prévenu Aïmene Benabderrahmanee, qui a indiqué que la nouvelle loi organique 18-15 de la loi des finances définira, prochainement, la manière d’inscrire les projets publics. «Il faut que les projets soient maturés, et c’est une condition préalable pour leur inscription», a-t-il balisé.
Ce n’est pas la première fois que la question des réévaluations financières des projets ordonnés par l’Etat et le gouvernement et opérés par les entreprises est posée. Elle est devenue récurrente depuis au moins deux décennies, notamment à la faveur de l’embellie pétrolière et de la disponibilité de la ressource générée par les recettes des hydrocarbures. Elle a été évoquée sous le signe du scandale politico-financier lorsque le débat a porté sur le financement de l’autoroute Est-Ouest. Elle a été remise au goût du jour, fin septembre dernier, lors de la rencontre Gouvernement-Walis. A ce moment-là, le Premier ministre et ministre des Finances avait donné le même chiffre qu’il a ressorti, lundi dernier à Oran : 8 900 milliards de dinars que l’Etat a dû débourser entre 2005 et 2020 en raison d’opérations de réévaluations financières de projets mal maitrisés ou ayant fait l’objet de malversation ou de corruption, comme il l’a fait savoir lors de son déplacement dans la métropole de l’ouest algérien. «Ce sont des deniers publics qui sont partis de manière détournée et ayant fait l’objet de malversations jusqu’à devenir un fait de corruption», a-t-il dit. «Cet argent est un bien public et chaque retard dans les délais impartis signifie des dépenses supplémentaires de l’Etat au moment où il fallait exploiter à bon escient ces ressources financières dans les autres secteurs, tels que la santé, par exemple», a ajouté le Premier ministre. 8 900 milliards de réévaluation en quinze ans, c’est l’équivalent de 80 milliards de dollars, le double du solde des réserves de change actuelles, c’est une moyenne de près de 600 milliards de dinars par an. Un préjudice énorme quand on connaît les besoins du pays en financement de projets et d’équipements et des interrogations légitimes sur les capacités de l’Etat, et du gouvernement surtout, à contrôler les opérations de financement et de budgétisation des projets. Devant les walis, Aïmene Benabderrahmanee avait révélé que des projets, lancés en 2001, étaient toujours en cours de réalisation et ont nécessité la révision à trois reprises de l’enveloppe financière qui leur avait été affectée. Une dérive d’autant plus surprenante qu’elle s’est étalée sur une durée importante – vingt ans ! – Et à propos duquel la Cour des comptes a lancé plusieurs avertissements dans ses rapports d’appréciation sur l’exécution des budgets. «L’examen par la Cour des comptes des budgets d’équipement a permis de relever qu’un nombre important d’opérations a fait soit l’objet de réévaluations, soit de restructurations et, dans certains cas, les deux à la fois, durant la phase de réalisation des projets et parfois même avant le lancement des travaux d’exécution. Les modifications opérées ont porté le plus souvent sur les coûts, la consistance physique des travaux, les délais d’exécution ou encore sur la structure des projets», a relevé l’institution dans son rapport d’appréciation de l’exécution du budget de l’année 2015. <