La décision du bureau de l’APN de ne pas tenir compte des amendements souhaités par les parlementaires, qui s’opposent à la hausse des prix des carburants voulue par le gouvernement, fait grincer des dents ceux qui ne la comprennent pas et la refusent, députés en premier. Elle ne manquera de susciter auprès des couches populaires des réactions plus intenses dans les prochaines semaines lorsque la levée du confinement sanitaire fera revenir sur les routes les automobilistes, les chauffeurs de taxi et les transporteurs en commun. Ces réactions seront légitimes dans la mesure où la hausse des prix de l’essence et du mazout à la pompe va impacter en premier lieu les petites et les moyennes bourses parmi des automobilistes déjà impactés par la crise économique et aux yeux desquels l’alternative des transports en commun n’en est pas une réellement. Quand ils sont à l’heure, les bus sont bondés comme des boîtes à sardines et ne desservent pas, ou alors mal, des agglomérations entières, de plus en plus nombreuses au rythme où poussent les villes dortoirs. Hors des grandes villes et de leurs ceintures périphériques, il vaut mieux avoir un véhicule personnel pour se rendre au travail, faire les courses, ou accompagner les enfants à l’école, le transport scolaire n’existant quasiment pas.
Par effet mécanique, la hausse des prix des carburants attendue ne manquera surtout pas d’avoir des répercussions sur les tarifs des transports en commun. A leur tour, les professionnels de la route et les transporteurs de voyageurs vont demander à pratiquer des tarifs proportionnels à leurs dépenses en produits énergétiques. Cela, au détriment de l’usage qui n’aura pas voix au chapitre ni même réclamer, pour les dinars qu’il devra ajouter pour acheter son ticket, les commodités nécessaires et qui n’existent quasiment pas s’agissant des transports urbains. Pour autant, il y a de la cohérence dans la décision de l’Exécutif de revoir les prix des carburants. Tout indique, depuis la crise de l’été 2014 et la chute drastique des cours pétroliers, que le gouvernement n’avait plus, en effet, les moyens de subventionner les prix des produits énergétiques de large consommation. Une politique de subvention qui profite au pauvre comme au riche, de moins en moins tenable, leur gaspillage scandaleux a rendu la donne plus difficile à gérer. Retour au bon sens ? Certes, à condition que la mesure de relever les prix de l’essence et autres soit accompagnée d’une vraie stratégie de gestion et de régulation du marché des produits énergétiques. Celle-ci doit se manifester au sein des institutions et organismes gouvernementaux ainsi qu’au sein des entreprises publiques où l’usage des fameux bons d’essence donne lieu à tous les dépassements et à toutes les aberrations. Celle-ci doit se concrétiser par la mise en place d’un système qui ne pénalise pas les petits et moyens revenus. Le gouvernement Djerad parle de la mise en circulation d’une « carte à puce » pour aider ces catégories à consommer utile sans être trop impactées par les nouveaux prix. A voir donc.