Alors que le gouvernement tente le tout pour tout aux fins de venir à bout des importations des carburants, un rapport du ministère de l’Energie est venu confirmer la dépendance de l’Algérie de l’étranger en matière de couverture des besoins nationaux en produits pétroliers. Le ministre de la Transition énergétique, Chems-Eddine Chitour, a indiqué récemment que l’objectif du gouvernement était d’arrêter les importations des carburants à partir de 2021, en réduisant la consommation du gasoil (diesel) dans certains secteurs, tels que les transports terrestres qui absorbent, à eux seuls, 70 % des importations, mais aussi en exploitant des énergies propres, notamment le GPLc. Sauf que le rapport publié cette semaine par le ministère de l’Energie, qui fait état d’une hausse importante des importations de carburants, est venu remettre à plus tard la concrétisation des objectifs du gouvernement, d’autant plus qu’il annonce l’arrêt des opérations de raffinage à Augusta, une raffinerie italienne rachetée par Sonatrach auprès d’ExxonMobil. «Les importations ont pratiquement doublé (+98,3%) à 3,1 M Tep, suite à l’arrêt des opérations de processing de pétrole brut à l’étranger», a indiqué le rapport des activités du secteur de l’Energie, diffusé par le ministère de tutelle. L’arrêt des opérations de processing fait allusion à la suspension des activités de la raffinerie italienne de Sonatrach qui, pour rappel, devait affranchir le pays des importations des produits pétroliers, dont la facture ne fait qu’augmenter ces dernières années. «Les importations de produits dérivées ont plus que doublé (120%) durant l’année 2019 pour s’établir à 2,9 M tep, tirées par celles des produits pétroliers (184%). La très forte reprise des importations, notamment pour l’essence (+364%) et de gasoil (+269%), s’est enclenchée à la suite de l’arrêt des opérations de processing de pétrole brut algérien à l’étranger depuis aout 2019», souligne également le rapport du ministère dans son chapitre qui aborde les exportations et les importations d’énergie. Au-delà des chiffres sur l’impact de la suspension des opérations à Augusta sur la facture d’importation des carburants, les conséquences sur le rendement de la filière raffinage sont tous aussi palpables que conséquents. L’activité raffinage a, en effet, connu une décroissance de -7,3% durant l’année 2019, lit-on dans le rapport du ministère de l’Energie. Les quantités de pétrole brut et de condensat traitées au niveau des raffineries se sont établies à 31,9 millions de Tep, tirées par celles de pétrole brut (-5,1%) et du condensat (-20,2) traitées au niveau de la raffinerie de Skikda (RA2K). «La baisse du traitement de pétrole s’explique notamment par la suspension des opérations de processing de pétrole à l’Étranger depuis le deuxième semestre de l’année 2019, passant de 4,6 millions tonnes en 2018 à 2,1 millions de tonnes en 2019», soutient le rapport du ministère. Face à une demande qui explose, le gouvernement a tenté d’enrayer cette hausse à travers des mesures fiscales, lesquels n’ont eu – jusqu’ici – que peu d’effet sur la consommation nationale en carburants. Le ministre de l’Energie a indiqué récemment que l’Algérie consomme actuellement un peu plus de 14,5 millions de tonnes de carburants par an, dont pas moins de 10,5 millions de tonnes en gasoil et 4 millions de tonnes d’essences, dont 0,1 million de tonnes d’essence et 1,4 million de tonnes de gasoil importés, pour un montant de 897 millions de dollars par an. Il a également rappelé que Sonatrach s’est engagée à ne produire d’ici la fin de l’année qu‘un seul type d‘essence, et par conséquent à ne plus en importer dès 2021. Mais derrière cette décision, a-t-il ajouté, «il y a d’autres mesures à ne pas négliger en matière d’organisation et de prix au niveau de Naftal», a-t-il précisé. Il s’agirait d’introduire de nouvelles augmentations, dont certaines sont prises en charge par la loi de finances 2021, liées à la taxe sur la consommation des carburants à chaque sortie aux frontières.