Le distributeur national des carburants et produits pétroliers, Naftal, a lancé hier depuis la station-service de Sidi El-Kebir près de Meftah dans la wilaya de Blida une opération de sensibilisation des conducteurs au bon usage du Gaz de pétrole liquéfié-carburant (GPLc).

Par Selma Allane
Cette initiative entre dans le cadre d’une campagne plus large et qui devrait concerner d’autres régions du pays. Elle a vu la participation d’acteurs concernés par la sécurité routière, à l’exemple de la Délégation nationale à la sécurité routière (DNSR) qui relève du département de l’Intérieur et des Collectivités locales, de l’Académie pour la prévention et la sécurité routière (ANPSR) et de l’Association algérienne de protection et d’orientation du consommateur et de son environnement (APOCE). L’opération ainsi que la campagne de sensibilisation qui devrait suivre s’explique de deux façons : la première, axée essentiellement sur la sécurité des conducteurs et des usagers de la route, se rapporte à l’effort de prévenir contre les risques d’accident liés à la mauvaise utilisation du GPLc, notamment à l’absence de maintenance et de vérification de l’équipement utilisé.
Depuis le début de l’année, plusieurs accidents dont certains aux conséquences graves ont, en effet, été signalés en différents points du territoire national.
Leurs victimes étaient souvent des personnes qui avaient oublié de contrôler leur
matériel et respecter les procédures de sécurité. La deuxième, orientée vers l’incitation à utiliser le GPLc, concerne la promotion d’un carburant considéré comme propre et moins cher (9 dinars le litre), mais dont l’attractivité n’est pas encore au point souhaité par les pouvoirs publics.
La décision de l’Etat de recourir au GPLc remonte à près d’une quarantaine d’années, en 1983 plus précisément, mais sa généralisation s’est heurtée à un certain nombre d’obstacles et de facteurs répulsifs. Parmi eux, une législation qui interdit aux véhicules de stationner dans des parkings, notamment couverts, en raison des mesures sécuritaires prises durant les années 1990 quand il s’agissait de lutter contre le terrorisme islamiste et les attentats à la voiture piégée.
De nombreux conducteurs répugnent à l’idée de sacrifier le coffre arrière de leurs véhicules pour installer un Kit GPLc qu’ils considèrent comme non adapté à un emplacement destiné à la roue de secours.
Pour le président de l’APOCE Mustapha Zebdi (lire entretien), l’opération de Sidi-El Kebir et la perspective d’une campagne de sensibilisation est une bonne opportunité «pour corriger certaines idées reçues chez les citoyens sur ce carburant économique et vert». «Les accidents impliquant des véhicules GPLc sont principalement dus au non-respect des consignes de sécurité relatives à leur entretien périodique», a-t-il ajouté. Le président de l’Académie nationale pour la prévention et la sécurité routière (ANPSR), Abderrahmane Chaïb, appelle, lui, à l’organisation de «cycles de formation dans les centres de formation professionnelle et d’apprentissage» au profit du personnel d’installation des kits GPLc qui se chargera à son tour du conseil des usagers.

GPLc, le forcing du MTEER
En attendant du nouveau dans ce domaine de la sécurité routière, l’opération de Sidi El-Kebir, hier, a permis au P-dg de Naftal, Mourad Menouar, de rappeler que l’objectif du distributeur national des carburants et produits pétroliers est d’équiper un million de véhicules en kit GPL.
Il s’agit, donc, de doubler le nombre du parc roulant actuellement au GPLc : 660.000 véhicules selon les chiffres communiqués hier. En mars dernier, l’agence nationale pour la promotion et la rationalisation de l’utilisation de l’énergie (APRUE), qui chapeaute la campagne d’incitation à l’utilisation du GPL pour le compte du ministère de la Transition énergétique et des Energies renouvelables (MTEER), qui fait le forcing pour généraliser ce carburant, a indiqué qu’il y a «près de 7.000 véhicules», 6910 exactement, qui ont été convertis au Gaz de pétrole liquéfié carburant (GPLc) entre janvier et février 2022.
Le but recherché, avait ajouté l’Aprue, est d’atteindre les 50.000 véhicules convertis en novembre prochain avant d’entamer un nouveau programme qui devrait concerner l’équipement de 100.000 autres véhicules. Rendez-vous, donc, dans trois mois et quelques semaines pour savoir si ce chiffre sera réalisé, sachant que ce programme qui concerne les taxis essentiellement a été lancé fin décembre 2021 pour un montant de 1,75 milliards de dinars puisé dans le Fonds national de maîtrise de l’énergie et des énergies renouvelables et la cogénération (FNMEERC).
Pour les 10.000 autres véhicules de particuliers que l’Etat veut équiper en GLPC, le Fonds, rappelle-t-on, contribue au programme de conversion à hauteur de 4,55 milliards de dinars, selon des annonces du MTEER. Ce qui représente une aide substantielle de 35.000 dinars par véhicule (soit 50% du coût de la conversion) attribuée à chaque bénéficiaire.
Le P-dg de Naftal n’a pas fourni de précision sur les délais pour atteindre le million de véhicules, mais le MTEER a indiqué en début d’année que l’ambition d’atteindre ce chiffre devrait être atteinte à l’horizon 2030 ce qui permettra de réduire la consommation des carburants liquides, notamment les essences, de près de 12 millions de tonnes, soit 11,1 millions de tonnes équivalent pétrole (TEP) par an, souligne l’Aprue. Un argument que des experts incite à nuancer, indiquant que le GPL coûte à l’Etat plus cher que le carburant classique et que le paramètre reste celui de l’écologie. La conversion d’un million de véhicules au GPL dans moins de dix ans permettra de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 20.000 tonnes de Co2 par an, en plus de développer une industrie locale de fabrication des kits de conversion, et le développement d’un réseau d’installateurs et de stations de services GPLc, tout en créant des emplois, selon l’Aprue.