La tendance à la hausse de la consommation des produits énergétiques risque d’hypothéquer la croissance des entrées en devises tirées de la vente des hydrocarbures.

Mohamed Chérif Belmihoub, le ministre chargé de la Prospective, dans un diagnostic inquiétant de la situation de l’économie nationale dressé au cours d’une conférence de presse, tenue au siège du quotidien Echaab, a soutenu que l’Algérie n’exportera aucun baril de pétrole entre 2025 et 2030 si la tendance à la hausse de la consommation énergétique se poursuit, soit dans un scénario de laisser-faire. La sonnette d’alarme étant tirée, la question est de savoir quelles sont les marges de manœuvre du gouvernement pour éviter ce scénario catastrophe. Car les recettes d’exportations pétrolières constituent la plus grosse portion qui constitue 98% des entrées en devises de l’Algérie. Tout repose en fait sur le nouveau modèle énergétique national, dont le ministère de la Transition énergétique s’échine à son élaboration. Ce chantier connaît un énorme retard. Depuis deux décennies au moins, les experts et même des responsables du secteur appellent à la définition d’un nouveau modèle de consommation énergétique. Faute de volonté politique, le projet n’a jamais vu le jour.
Dans les années 1990, en particulier, la généralisation du gaz naturel carburant était dans le portefeuille de projets de Sonatrach. Mais il n’a jamais été concrétisé. Il faisait aussi partie des projets de Sonelgaz. Une seule station d’essence dédiée avait été ouverte pour des bus de la compagnie nationale d’électricité. Une expérience qui n’a pas fait long feu. Les espoirs reposent aujourd’hui sur le ministère de la Transition énergétique chargé de piloter ce chantier. Pour freiner la tendance continue à la diéselisation du parc automobile, le gouvernement s’attelle, sous la conduite de ce département, à généraliser le GPL carburant pour réduire la consommation d’essence gasoil, la plus utilisée et celle qui constitue une part importante de nos importations d’essence et les autres essences, super et sans plomb. L’expérience du dual fuel, c’est-à-dire de véhicules roulant au diesel et au GPl (double carburant) appliquée à partir de ce mois de janvier et l’élimination de l’essence super avec plomb participent de la volonté de réduire la consommation de diesel. La question est de savoir si, dans ce nouveau modèle de consommation, la hausse des carburants, tels que gasoil et essence sans plomb, est également prévue pour réduire la consommation de ces carburants au profit des carburants GPL et GNC (gaz naturel carburant). Ce nouveau modèle de consommation ne peut réussir, au demeurant, à freiner la tendance à la hausse de la consommation de produits énergétiques que si d’autres secteurs concernés s’impliquent. La question de la consommation de carburants est liée en fait à la problématique de la mobilité. Si nous parvenons à réduire les déplacements par bus, camions et véhicules de tourisme par le recours aux autres modes de transport, trains, métros, tramways, il est sûr que nous allons réduire de façon sensible la consommation de carburants. C’est pourquoi le gouvernement devra mettre les bouchées doubles pour conduire les entreprises concernées à accélérer les travaux des extensions du métro d’Alger, du tramway de Constantine, l’achèvement dans des délais des voies ferrées en voie d’achèvement (tronçons de la rocade nord, voies des Hauts-Plateaux et celles de la boucle du Sud). Des travaux qui connaissent pour la plupart un important retard. Si pendant la période 2021-2024, de gros progrès sont enregistrés dans ce domaine de la mobilité, soyons sûrs que la consommation de carburant sera réduite, d’autant plus que si des avantages sont accordés à ceux qui choisissent le train, le métro ou le tramway pour se déplacer.

Un chantier du nouveau modèle de consommation énergétique à la traîne
L’autre partie de l’équation, le ministre de la Prospective ne l’a pas évoquée, c’est le potentiel hydrocarbure du pays qui est reconnu y compris par les compagnies pétrolières internationales. Le sous-sol algérien est, rappelons-le, sous-exploré. L’Algérie, du reste, a découvert au cours des dix dernières années environ 200 gisements non encore exploités, des petits et moyens gisements certes, mais qui, additionnés peuvent constituer des réserves appréciables. Le domaine minier national n’a donc pas encore livré tous ses secrets. Dans l’hypothèse où les problèmes liés à la fracturation hydraulique sont réglés, les ressources de pétrole de schiste du pays, qui s’avèrent intéressantes, pourraient être exploitées. Il ne faut pas également oublier que l’amélioration du taux de récupération des vieux gisements pourrait également augmenter les réserves de l’Algérie. L’Algérie n’a, de surcroît, quasiment pas utilisé le forage ultra profond qui pourrait mettre au jour de nouvelles quantités de pétrole dans les bassins de Berkine ou d’Illizi. Cela demande certes d’importants efforts et un coût plus élevé. Mais là, la partie n’est pas jouée tout comme celle du nouveau modèle énergétique. Tout comme celle des énergies renouvelables pour réduire notamment la consommation de gasoil dans l’agriculture. Si les choses bougent donc dans les trois sens, il est clair que l’échéance de 2025-2030 sera repoussée à plus tard. Mais la question bien plus importante est de savoir si, pendant cet intervalle, l’Algérie pourra construire cette économie diversifiée, qui ne sera plus hyper dépendante des fluctuations des prix du baril de pétrole et des revenus du secteur des hydrocarbures.