Inconnu de la planète cinéma, le réalisateur égyptien Abu Bakr Shawki a créé avec «Yomeddine » le premier évènement sur la Croisette. Une très belle surprise. Un ravissement.

Beshay, interprété par Rady Gamal, a toujours vécu dans une léproserie située aux confins du désert, là où son père l’avait déposé quand il était enfant dans un état désespéré. Il a survécu, n’est plus contagieux, mais son visage ravagé et les mains déformées en gardent les stigmates. Il vit en triant des ordures. La perte de son épouse, qui vivait dans un autre hameau, le pousse à partir à la recherche de sa famille sur sa charrette tractée par son fidèle âne pour une longue traversée de l’Égypte. Un jeune orphelin nubien, Obama, surnommé ainsi parce qu’un « type à la télé » lui ressemble, et que Beshay a pris sous son aile, décide de l’accompagner. Ce long périple lui permet de découvrir un pays inconnu pour lui, avec ses bons et ses méchants, mais qui ne sont pas toujours ceux qu’on croit. Cela donne lieu à des scènes irrésistibles, comme celle où il est arrêté et menotté, lui le Copte, à un islamiste qui professe qu’il faut « fuir les lépreux comme les lions ». Beshay en déduit donc qu’il est un lion. Où cette scène où il est secouru par d’autres exclus, un cul-de-jatte, un homme de petite taille, un paralytique, qui vivent dans une cour des miracles. Au lever du jour, sous le pont, l’un d’eux dit à Beshay : « Au jour du Yomeddine ([le jugement dernier], nous serons tous égaux. ». Les retrouvailles ne se feront pas comme il l’imaginait, mais elles le rendront plus fort et plus libre. Et ce voyage développera des liens filiaux entre Beshay et Obama qui découvrira que ses parents ne l’ont pas abandonné mais qu’ils sont morts et qu’il s’appelle en réalité Mohamed. Sans pathos, le réalisateur nous montre l’Égypte des laissés-pour-compte, ceux qu’on ne voit jamais à la télévision ou au cinéma. Des paysages aussi qu’on voit peu comme cette pyramide abandonnée, bien loin des circuits touristiques.  Ce n’est pas un film triste, mais plein d’humour et d’espoir. Les deux comédiens, Rady Gamal (Beshay) et Ahmed Abdelhafiz (Obama), sont formidables. Rady Gamal (Beshay), diagnostiqué tardivement lépreux, donné pour mort, est sauvé par des infirmières et des religieuses, à la léproserie Abu Zaabal. Il y demeure, en fait, toujours et tient un petit magasin pour les résidents et le personnel. Ahmed Abdelhafiz (Obama) est un jeune garçon, originaire d’Assouan. Leur jeu et leur connivence emportent l’adhésion. Le réalisateur, Abu Bakr Shaw, 32 ans, et sa femme, la productrice Dina Emam, étaient seuls à fouler le tapis rouge pour la montée des marches. Un problème de visas, paraît-il, à empêcher les deux comédiens d’être là. Quel dommage !