Belle surprise avec «Heureux comme Lazzaro» de la réalisatrice italienne Alice Rohrwacher, dont le précédent film «Les Merveilles» avait obtenu le Grand prix du festival à Cannes en 2014.

C’est l’histoire de Lazaro, un jeune paysan un peu simplet, mais d’une bonté exceptionnelle. Il vit avec les siens à l’Inviolata, un hameau à l’écart du monde. C’est une bête de somme exploitée par sa famille, elle-même exploitée par la marquise Alfonsina de Luna, qui les maintient dans un état de dépendance en truquant les comptes des récoltes qu’ils lui vendent.
Un été, Lazaro se lie d’amitié avec Tancredi, le fils de la marquise, qui profite aussi de sa naïveté…  Une fugue de Tancredi qui reproche à sa mère l’esclavage  des ouvriers, conjuguée à une chute mortelle dans un ravin de Lazzaro, parti à sa recherche, nous fera traverser le temps. Lazzaro, grâce à sa bonté, va ressusciter, des années plus tard, et  retrouver les siens dans un monde moderne, lui toujours jeune et toujours bon, mais eux marqués par le poids  des ans et transformés en voleurs et pilleurs de maisons. Mais la bonté n’est pas, décidément, de ce monde pour Lazzaro.
C’est un conte bien sûr qui souligne l’exploitation de l’homme par l’homme, la cupidité des uns, la méchanceté des autres. Mais aussi la rapidité avec laquelle nos sociétés sont passées dans la modernité, laissant sur le carreau bon nombre de personnes et accélérant du coup la désertification des campagnes au profit des villes.
«Le film évoque la bonté comme concept et règle de vie. C’est à la fois un manifeste politique, un conte de fées, une chanson dans l’Italie des cinquante dernières années», a précisé Alice Rohrwacher.
Cette volonté est accentuée par les noms mythologiques donnés à ses personnages, Lazare, secouru par Jésus et Tancrède, celui qui porte (de bons ou de mauvais) conseils.
La première partie du film a été tournée dans les paysages lunaires qu’on avait bien du mal à imaginer en Italie, dans la région de Viterbe et dans la province de Terni, a précisé la réalisatrice.
La belle interprétation de Adriano Tardilolo renforce le mysticisme de «Heureux comme Lazzaro» qui n’est hélas pas une histoire à dormir debout mais un constat alarmant de notre société.