Plus de 15 000 nouveaux cas de cancer du sein ont été enregistrés en 2021 en Algérie, causant la mort de 3 500 femmes, a affirmé hier, Dr Assia Moussaoui, spécialiste en oncologie au centre Pierre-et-Marie-Curie, lundi dernier à Alger.

Par Sihem Bounabi
Intervenant à l’occasion d’une journée d’études sur le cancer du sein, organisée dans le cadre de la célébration d’Octobre rose dédié à la lutte contre cette maladie, Dr Assia Moussaoui a ainsi tiré la sonnette d’alarme pour élargir le diagnostic précoce du cancer du sein chez les femmes âgées de 40 ans et plus.
Argumentant ainsi que la négligence ainsi que le manque de campagnes de sensibilisation et de dépistage précoce sont tous des facteurs qui augmentent le taux de mortalité chez les femmes atteintes de cette maladie, du fait que le cancer est découvert à un stade avancé, ce qui rend difficile la prise en charge thérapeutique.
L’oncologue a aussi souligné que « la plupart des femmes sont réticentes au dépistage. Elles ont peur d’approcher la maladie même à travers des tests et d’être surprises par le résultat ».
Concernant les facteurs à risques qui peuvent engendrer la maladie, la spécialiste explique que « bien que certains cas de cancer du sein soient génétiques, soit une moyenne de 10 %, les véritables facteurs d’atteinte ne sont toujours pas connus scientifiquement ». Elle indique toutefois que certains facteurs environnementaux, comme l’obésité, l’alimentation riche en gras, l’exposition aux rayons, la ménopause tardive, la consommation d’alcool et le tabagisme peuvent contribuer à contracter la maladie.
Elle indique également que le cancer du sein apparaît en Algérie chez la moyenne d’âge de femmes âgées entre 46 et 49 ans et parfois moins.
Abordant la prise en charge de cette maladie, Dr Assia Moussaoui explique que la femme atteinte de ce cancer est prise en charge au début de l’apparition de la maladie, à travers la chirurgie, la chimiothérapie et la radiothérapie, en sus du traitement hormonal destiné à stopper la prolifération des cellules cancéreuses et à empêcher la formation de vaisseaux sanguins qui alimentent ces cellules ».
Toutefois, l’oncologue exerçant au centre Pierre-et-Marie-Curie se désole du manque de moyen au niveau des structures de santé, concernant la disponibilité des traitements, à cause, d’une part, des ruptures récurrentes des traitements d’oncologie et, d’autre part, de l’inexistence en Algérie de traitements innovants qui diminuent fortement les chances de guérison.
Elle précise à ce sujet que pour certains cas de cancer « les traitements coûtent très cher et ne sont disponibles qu’à l’étranger », déplorant le fait que « très peu de malades ont les moyens de les acquérir », rapporte le site électronique Essaha.
La spécialiste avoue dans ce sillage que « le fait de ne pas approprier les traitements selon les cas des cancers du sein, nous pousse à constater que le protocole de traitement n’est pas respecté », regrettant le fait que «nous prescrivons des traitements qui sont disponibles à défaut de ceux qui sont nécessaires. Les résultats ne sont pas satisfaisants ».
Face ce contexte, le meilleur moyen d’assurer des chances de survie aux malades atteintes de cancer du sein, Dr Assia Moussaoui relance son appel sur la neccessité cruciale d’organiser des campagnes de dépistage précoce de grande envergure, afin d’anticper sur les complications de la maladie et prendre en charge les malades à un stade précoce, notamment au niveau des wilayas de l’intérieur du pays afin de tester une grande partie de la population. C’est dans cet esprit d’élargir les campagnes de sensibilisation et de dépistage précoce du cancer du sein, que la Direction de la santé (DSP) d’Aïn Defla a lancé, hier, des journées de sensibilisation sur les cancers du sein et le cancer du col de l’utérus au profit des femmes à travers les structures publiques de santé de la wilaya à partir de la commune de Belaas.
Dr Derriche Ounissa, chargée des programmes de population à la DSP d’Aïn Defla, a précisé à l’APS que le choix de la commune de Belaas, située dans le sud de la wilaya, a été fait en raison « du nombre de zones d’ombre, parallèlement aux consultations et dépistages du cancer du sein effectuées par une équipe médicale et paramédicale mobilisée à cette occasion.
Pour sa part, le Dr Abada Mohamed, responsable de l’unité d’oncologie au niveau de l’EPH Mekkour-Hamou d’Aïn Defla, a relevé que son service a enregistré pour cette année, près de 500 nouveaux cas de personnes atteintes du cancer, dont près de 300 cas de cancer du sein chez la femme. n