Affaibli physiquement et obligé de se déplacer avec une canne ou en fauteuil roulant, le pape François est depuis hier dimanche en visite au Canada. Le souverain pontife est notamment accompagné par son chef de la diplomatie, le cardinal Pietro Parolin pour un séjour qui sera en priorité consacré aux autochtones, peuples amérindiens ancestraux représentant 5% de la population du Canada et qui s’identifient dans trois groupes: les Indiens ou Premières nations, les Métis et les Inuits. Chez ces peuples autochtones, le voyage papal suscite une grande attente.

Elles espèrent que le pape renouvellera ses excuses historiques prononcées en avril au Vatican. Le jésuite argentin pourrait également effectuer des gestes symboliques, en rapportant par exemple des objets d’art autochtones conservés au Vatican depuis des décennies.
Entre la fin du XIXe siècle et les années 1990, quelque 150.000 enfants autochtones ont été enrôlés de force dans plus de 130 pensionnats, des institutions subventionnées par l’Etat mais administrées en majorité par l’Eglise catholique. Ils y ont été coupés de leur famille, de leur langue et de leur culture et souvent victimes de violences. Jusqu’à 6.000 enfants y ont laissé la vie. Un « génocide culturel » selon une commission d’enquête nationale, dans un pays où la découverte de plus de 1.300 sépultures anonymes en 2021 a créé une onde de choc intergénérationnelle.
« Ce voyage historique est une part importante du parcours de guérison » mais « beaucoup reste à faire », a affirmé pour les agences de presse, jeudi 21 juillet George Arcand Jr, grand chef de la Confédération des Premières Nations du Traité n.6, lors d’une conférence de presse à Edmonton. « Les événements de la semaine prochaine ( visite du pape ndlr) pourraient ouvrir des blessures chez les survivants », a averti Irvin Bull, chef de la tribu crie Louis Bull. Aujourd’hui, lundi, le pape François doit rencontrer une première fois des membres de peuples autochtones lundi matin à Maskwacis, à une centaine de kilomètres au sud d’Edmonton, où jusqu’à 15.000 personnes sont attendues. L’Alberta est la province qui comptait le plus grand nombre de pensionnats. Dans l’après-midi, le chef spirituel des 1,3 milliard de catholiques doit prononcer un deuxième discours en l’église du Sacré-Coeur des Premiers Peuples d’Edmonton. Demain mardi, il doit célébrer une messe dans un stade d’Edmonton avant de se rendre au lac Sainte-Anne, site d’un important pèlerinage annuel. Il a prévu de rejoindre ensuite Québec du 27 au 29 juillet, puis de s’arrêter à Iqaluit (Nunavut), ville du grand Nord canadien dans l’archipel arctique.
Dans les villes étapes, de nombreuses routes seront coupées pour les déplacements du souverain pontife, dont certains à bord de sa papamobile. Au total, François doit prononcer quatre discours et quatre homélies, tout en espagnol. François est le second pape à visiter le Canada, après Jean-Paul II qui s’y est rendu à trois reprises, en 1984, 1987 et 2002. Dans ce pays, où 44 % de la population est catholique, l’Eglise connaît une crise avec une pratique en nette baisse ces dernières années.