Six personnes ont été tuées au Centre islamique de Québec (sud-est du Canada), dont deux ressortissants algériens, et huit autres ont été blessées suite à la fusillade provoquée par deux hommes contre des fidèles à la fin de la prière du soir, a indiqué hier la police canadienne.

Un des deux auteurs présumés a appelé la police pour se rendre, a indiqué hier Denis Turcotte, inspecteur de la police de Québec. Le jeune homme, «fin de vingtaine, début trentaine» a appelé le numéro d’urgence dimanche vers 20h10 locale (01h10 GMT lundi), soit 15 minutes après le signalement de la fusillade, a-t-il expliqué. Le premier suspect avait déjà été arrêté et au téléphone, le second a signalé le lieu où il se trouvait à la disposition de la police, selon l’enquêteur.
Cet attentat a ciblé les musulmans et réfugiés au lendemain de la mise en vigueur de la politique d’accueil du Canada. Justin Trudeau s’est dit que les réfugiés fuyant la guerre et la persécution sont les bienvenus au Canada, et ce, après que le nouveau locataire de la Maison-Blanche Donald Trump ait signé la veille un décret suspendant l’accueil des réfugiés et l’entrée aux USA de ressortissants de sept pays à majorité musulmane.
Quelques heures après la tragédie, la police cherchait à reconstituer le déroulé des faits en interrogeant les témoins rescapés de la fusillade rassemblés dans un centre sportif proche de la mosquée. «Les deux hommes portaient une cagoule noire » et l’un avait « un fort accent québécois», a expliqué un témoin interrogé par Radio-Canada. Quand les tirs ont commencé « les hommes se sont jetés à terre », a-t-il ajouté. « Deux personnes ont été arrêtées » et placées en garde à vue, a indiqué Cristine Coulombe, porte-parole de la Sûreté du Québec. L’une «à proximité des lieux et un autre suspect» près de l’île d’Orléans, à une vingtaine de kilomètres des lieux où s’est déroulée la fusillade. «Pour le moment, rien ne nous porte à croire qu’il y aurait d’autres suspects reliés à l’événement», a ajouté la porte-parole de la police.
Coulombe explique que ce même lieu de culte avait été l’objet, l’été dernier, d’un geste à caractère haineux, quand une tête de porc avait été déposée devant l’une de ses portes. Plusieurs autres mosquées avaient également été l’objet à travers le Canada de dégradations au cours des deux dernières années.
«La diversité est notre force et, en tant que Canadiens, la tolérance religieuse est une valeur qui nous est chère», a souligné Trudeau. « C’est avec un sentiment de choc, de tristesse et de colère que j’ai appris qu’une fusillade tragique et mortelle avait eu lieu, ce soir, au Centre culturel islamique de Québec», a déclaré le Premier ministre. «Nous condamnons cet attentat terroriste dirigé contre des musulmans se trouvant dans un lieu de culte et de refuge », a ajouté M. Trudeau.
« Pendant que les autorités poursuivent leur enquête et que les détails continuent d’être confirmés, il est déchirant de voir qu’un tel geste de violence insensée ait été commis. La diversité est notre force et, en tant que Canadiens, la tolérance religieuse est une valeur qui nous est chère », renchérit Trudeau.

 

Des groupes nationalistes extrémistes se dissocient de la tuerie
Des groupuscules nationalistes québécois, refusant l’étiquette d’extrême droite, ont tenu lundi à se dissocier des deux individus qui ont tué la veille six personnes dans une mosquée de Québec. «La violence n’est pas notre solution», a indiqué dans la nuit de dimanche à lundi la Fédération des Québécois de souche (FQS), un groupe s’affichant comme « nationaliste ».
«Face à l’islamisation, arrêt complet de l’immigration», placarde sur ses affiches ce mouvement qui affirme ne pas être « extrémiste ».
Atalante Québec, un autre mouvement qui prône « la renaissance identitaire au Québec », a repris le même communiqué que la FQS en assurant en partager « à 100% le message ». Sans connaître à ce stade les résultats de l’enquête, la FQS et Atalante Québec ont « dénoncé fermement » un tel acte que seules « des personnes profondément dérangées » peuvent perpétrer.
Pour sa part, le groupe La Meute «condamne tout acte de violence envers qui que ce soit », en soulignant que « le Québec est une société non violente ». Ce groupe qui revendique près de 3 000 membres, affirme protéger les valeurs et les fondements de la nation « afin que l’avenir de nos enfants ne se retrouve pas entre les mains d’un islam radical pro-charia». Régulièrement fustigés par ces groupes nationalistes, le Premier ministre a rappelé dimanche soir que « la tolérance religieuse est une valeur (…) chère » aux Canadiens.
«Nous partageons tous et toutes un sentiment d’horreur et d’incrédulité», a déclaré Philippe Couillard lors d’une conférence de presse aux côtés du maire de Québec, Régis Labeaume, qui a « l’impression de rêver ». Pour le maire en sanglots, «Québec est en deuil, cette magnifique ville (…) vit un drame sans nom».
D’autres responsables politiques à l’étranger ont également dénoncé cette attaque, comme le Premier ministre belge Charles Michel, qui a condamné sur son compte Twitter «l’attentat lâche de Québec ». Pour la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini « l’Union européenne est avec le Canada et avec tous les Canadiens en ce jour triste ». Le Canada a fait l’objet, en octobre 2014, de deux attaques menées par des jeunes hommes radicalisés aux idées terroristes. En août 2016, un Canadien de 24 ans avait été tué par la police juste avant de perpétrer un attentat suicide et après avoir prêté allégeance au groupe Etat islamique dans une vidéo. Près de 60 Canadiens sont rentrés au Canada après avoir rejoint à l’étranger les rangs d’organisations classées « terroristes » par le gouvernement et 180 autres sont toujours engagés auprès de ces organisations comme le groupe Etat Islamique, selon les services de renseignements.