Que des grosses têtes qui sont tombées. Annoncé comme le favori XXL pour le sacre final, le Sénégal s’est, contre toute attente, cassé les dents. Une roulette russe et une balle sortie tout droit du magnum camerounais pour faire avorter les rêves des «Lions de la Téranga».

La peau à la main, les autres Lions, ceux qui sont vraiment difficiles à dompter en dépit de crocs mal aiguisés, s’en vont rallier la demi-finale. Après l’Algérie, la Côte d’Ivoire, éliminés dès le premier tour, et la Tunisie, en quarts, un autre candidat crédible pour la consécration a trépassé.

Les Camerounais ont encore fait mal aux Sénégalais pour les envoyer dans les draps de la désillusion. Avec un succès et 3 nuls, les quadruples champions du continent retrouvent le carré d’as pour la 9e fois en 18 participations à la Coupe d’Afrique des nations. Si les héritiers de Roger Mila ont un palmarès des plus ronflants, ils ne faisaient offices que d’outsiders avant le début de cette CAN gabonaise. Parallèlement, leurs victimes semblaient avoir la carrure pour porter un costume de vainqueur qui leur était promis. Les poulains d’Aliou Cissé ont été surpris. Et ce n’était pas parce qu’ils n’avaient rien montré dans le jeu. C’était, encore une fois, à cause de la fatidique et tragique série de tirs au but. « Les penalties, c’est ce qu’il y a de plus cruel au football. Je présente mes excuses au peuple sénégalais », le driver de Mame Biram Diouf et consorts a fait un mea-culpa des plus précoces. On n’imaginait pas sa troupe quitter le tournoi à un stade aussi avancé. Un scénario inenvisageable pour un groupe qui avait tout pour aller le plus loin dans cette épreuve prestigieuse. « Ce sont des moments extrêmement difficiles, j’ai travaillé pendant deux ans avec ce groupe et il a vraiment progressé», juge Cissé qui révèle avoir «alerté sur la nécessité d’adopter des comportements collectifs sur les phases offensives mais d’une manière générale, il y avait de la place pour passer parce que dans le jeu, nous avons été supérieurs à l’adversaire». «C’est cruel, c’est difficile mais c’est la loi du jeu», une phrase qui résume, à elle seule, les émotions que peut procurer ce sport qu’est le football. Un détail, un ballon, tous les rêves qui se vaporisent et la passerelle vers l’apothéose qui s’écroule. Le papier, le talent et le nom peuvent ne pas suffire au moment de conclure. Sadio Mané, star de la sélection, n’a pas transformé son tir au but. Inconsolable à la fin des débats, le pensionnaire de Liverpool ressassera certainement cet instant de désillusion. Comme quoi, un peno’ n’est jamais facile à transformer. Les Roberto Baggio outre Del Piero ou, encore, Lionel Messi en ont déjà fait l’amère expérience dans des instants cruciaux.

Une CAN sous le signe de la rédemption ?
Avant ce couac sénégalais, il y a eu des déraillements surprenants dans le tournoi. On pense ici au Gabon (pays hôte), l’Algérie, la Tunisie et, bien sûr, la Côte d’Ivoire, championne en titre, qui n’a même pas pu passer la phase de poule. Seul le Ghana, qui a rallié -au minimum- l’avant-dernière étape lors des 5 dernières séquences, s’est parfaitement assumé et n’a pas eu à trembler pour accoster en quarts. Par ailleurs, les outsiders se sont retrouvés en masse dans le «Top 8». On citera l’Egypte, le Maroc, la RD Congo ainsi que le Burkina Faso qui disputera même la demi-finale. Au sortir du match contre le Sénégal, les Camerounais savaient qu’ils venaient de frapper un gros coup. « C’est énorme d’autant plus que personne ne nous attendait là. Il y a que nous qui avons cru en nous. Le coach a fait un boulot extraordinaire. On savoure, on prend du plaisir. C’est la récompense d’un groupe qui a montré des valeurs. On est en train de faire quelque chose d’extraordinaire. Avant la séance de tirs au but, le coach nous a dit qu’on avait déjà réussi notre match, parce que face une équipe comme le Sénégal se retrouver jusque-là c’est quelque chose. Les dieux du football ont été avec nous» a reconnu Benjamin Moukandjo au micro de BeIN Sports. Les poulains d’Hugo Broos se rendent bien compte qu’ils ont réalisé un des exploits du rendez-vous biennal en se payant le scalp d’une forte tête. Avec cette qualif’, l’excellent portier Fabrice Ondoa & cie se retrouvent avec un ascendant psychologique certain pour poursuivre sur le chemin de la résurrection. C’est la même voie que les autres concurrents semblent emprunter. La reine africaine a ses propres critères. Et ce n’est pas ceux que les spécialistes veulent lui imposer.