La campagne vaccinale contre le nouveau coronavirus suscite moult réactions douze jours après son lancement. Des réactions allant d’un bilan plus ou moins satisfaisant à un autre remettant en cause ce qui est accompli.
PAR INES DALI
Au douzième jour, hier, du lancement de la campagne de vaccination contre le nouveau coronavirus, l’ensemble des wilayas du pays ont reçu leur quota de vaccin Spoutnik V ou de celui d’AstraZeneca-Oxford. Les quantités diffèrent d’une région à une autre, en fonction de la situation épidémiologique de chacune d’elle, mais aussi en fonction des quantités de vaccin disponibles à distribuer.
Dans un bilan d’étape du porte-parole du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus, le Dr Djamel Fourar, commentant l’afflux des personnes voulant se faire vacciner, a déclaré : «Nous avons assisté à un engouement extraordinaire de la part des professionnels de la santé, des personnes âgées et de celles atteintes de maladies chroniques». Sur le terrain, cet engouement ne peut être satisfait en raison de la quantité de doses de vaccins dont dispose le pays, soit 100.000 doses réparties à parts égales entre le vaccin Spoutnik V et celui d’AstraZeneca.
Cet état de fait, le porte-parole du Comité scientifique le reconnait implicitement. «Nous avons dit que la campagne était modulable et flexible, elle dépend bien sûr de l’approvisionnement en vaccins. Au fur et à mesure de l’arrivée des vaccins, cette campagne va toucher les personnes qui sont dans les classes prioritaires à cette vaccination», a affirmé, en effet, Dr Fourar à TSA, ajoutant qu’«on est en attente des prochaines doses» et que la campagne vaccinale «dépend donc essentiellement de l’arrivée des quotas de vaccins qui seront disponibles dans quelques jours». D’ici à la fin du mois, l’Algérie s’apprête à réceptionner entre 700.000 et 800.000 doses de vaccin AstraZeneca-Oxford, des doses de Spoutnik V (quantité pas encore révélée) et d’autres d’un vaccin chinois (un don dont la quantité n’est pas non plus révélée), selon les déclarations des autorités sanitaires faites au courant de la semaine.
Ces nouveaux arrivages aideront certainement à répondre un peu plus à la demande qui s’impose déjà, incontestablement, comme largement supérieure à l’offre en vaccins si l’on se fie à l’engouement observé. Car la réussite de la campagne vaccinale dépend, en grande partie, de la disponibilité du vaccin qui permettra plus de transparence dans la conduite de l’opération et un élargissement à l’ensemble des catégories prioritaires qui sont dans l’attente de se faire inoculer le fameux antidote.
Les prochaines livraisons à l’Algérie permettront, ainsi, de «toucher un plus grand nombre de personnes. Les professionnels de la santé s’inscrivent au niveau de leur établissement de santé. Les personnes âgées et les personnes atteintes de maladies chroniques peuvent également s’inscrire au niveau de leurs structures de proximité et on fera appel à eux au fur et à mesure de l’arrivée des vaccins, de manière à toucher l’ensemble des personnes prioritaires», a indiqué Dr Fourar, après être revenu sur les différentes étapes franchies depuis le 29 janvier, date de réception du premier lot de vaccin, jusqu’à la distribution de l’anticoronavirus dans toutes les wilayas du pays, en passant par le début de la campagne vaccinale dans la wilaya de Blida le 30 janvier.
Au-delà du bilan du Dr Fourar qui met en évidence qu’en réalité tout est tributaire des quantités de doses de vaccins qui seront disponibles, des spécialistes, tout en reconnaissant que cette donne est effectivement à prendre en considération, si ce n’est la première à prendre en considération, mettent le doigt sur l’aspect communicationnel qui devrait être revu et amélioré. Parmi eux, il y a la frange classée parmi les catégories des personnes prioritaires, mais qui ne se retrouvent pas dans de qui est dit par les autorités sanitaires, à savoir celles des médecins libéraux.
Réclamation d’une communication plus large
Le Dr Mustapha Benbraham, président du Syndicat national des médecins libéraux (SNML), s’est montré très critique et affirme n’avoir «aucune information» en ce qui concerne la vaccination des médecins libéraux. «Nous lisons les informations comme tout le monde. Nous ne voyons rien venir. Il n’y a aucune note qui a été adressée aux médecins libéraux par les DSP (directeurs de santé)», a-t-il révélé à TSA. «Certains médecins libéraux se sont déplacés vers des structures étatiques et certains ont été portés sur des listes d’attente. Il n’y a donc pas de traitement particulier pour les médecins libéraux dans cette campagne de vaccination», a-t-il souligné, avant de déplorer : «Nous n’avons pas été impliqués dans cette campagne de vaccination qui aurait dû commencer par une bonne campagne d’information».
Les médecins libéraux, qui ont «perdu 157 praticiens» parmi leurs collègues, déplorent ainsi la carence en communication qui se répercute sur leurs patients auxquels ils ne peuvent fournir de réponses lorsqu’ils posent des questions sur la vaccination, n’étant pas eux-mêmes en possession des informations nécessaires, selon leur représentant. «Il aurait été plus responsable d’établir un plan d’information auprès des professionnels de la santé (…). Ensuite, nous aurions dû avoir une idée sur le calendrier vaccinal, et là on s’est contenté de nommer un Monsieur Vaccin dans chaque wilaya. Or, si on nomme mais qu’on ne communique pas, c’est comme si on n’a rien fait. Il n’y a aucune communication. Il ne peut y avoir de campagne de vaccination si on n’informe pas», a poursuivi Dr Benbraham. «Nous, médecins libéraux, demandons à avoir des informations sur la prise en charge de nos malades dont nous sommes les interlocuteurs, les relais», a-t-il insisté, appelant le ministère de la Santé à les «informer» en tant qu’«acteurs impliqués dans l’opération». Par ailleurs, le président du SNML revendique un plan de vaccination spécialement pour les médecins libéraux. «Pour la vaccination, il n’y a aucun plan particulier pour la prise en charge des médecins libéraux», a-t-il dit. <