Belaïd Abdelaziz a vu les choses en grand pour son escale constantinoise au 19e jour de campagne.

Il s’est permis de jouer à Martin Luther King avec des «j’ai un rêve», le fameux «I have a dream», mais on accordera quand même au benjamin de l’élection présidentielle un bon point supplémentaire du fait qu’il ait été le seul à avoir pensé à une présence sur la tribune d’une interprète pour les malentendants. A l’intérieur de la salle du palais de la culture Malek-Haddad, nous avons aussi remarqué une présence juvénile plus importante que lors du passage des quatre autres candidats à la présidentielle, essentiellement des étudiants, ce qui donnera à ladite salle une atmosphère studieuse, sérieuse et conviviale, sans tapages inutiles, ni applaudissements intempestifs.
Belaïd Abdelaziz se rappellera du passé prestigieux de l’Algérie avec ses extraordinaires réalisations socioéconomiques, son règne politique et avant-gardiste sur le continent et les pays nouvellement indépendants, sa diplomatie, la distinction des Algériens, «et aujourd’hui, soulignera-t-il, le système a laissé à l’abandon les jeunes, surtout les universitaires les obligeant à aller faire leur vie ailleurs, fuyant la hogra, la pauvreté et l’injustice. Les jeunes que l’université a formés à coups de milliards font le bonheur d’autres pays. Ils partent en détresse à la recherche d’un confort moral et matériel qui existent chez eux, mais qui leurs sont interdits».
Puis suivront les «I have a dream» version en arabe «d’une Algérie opulente, prodigieuse, aimante et rassembleuse de ses fils, de tous ses fils», dira encore Belaïd, cette Algérie-là reviendra.
Elle le sera avec le retour de la quiétude et du bien-être, d’une vision réunificatrice des fils, et tout cela aboutira à ramener le pays à une stabilité politique, économique et sociale. Les cadres algériens ne travailleront plus en situation de stress d’un lendemain incertain, mais seront les nouveaux édificateurs du pays qui est le leur».
Belaïd Abdelaziz posera le citoyen au centre de ses préoccupations, l’investissement dans l’humain, estimant ce dernier comme la pierre angulaire du développement du pays» qui va à la dérive, «mais pas à cause de notre jeunesse délaissée et meurtrie, mais à cause d’une caste qui s’est accaparée les richesses de l’Algérie par le vol et la rapine à des degrés jamais atteint auparavant».
«Il faut rompre avec l’ancien système, rajoutera-t-il, un système coupable d’avoir instauré une détresse chronique chez tous les Algériens honnêtes. Un système qui a perverti et inversé les valeurs, où le chercheur universitaire erre de salle en salle, avant de partir vers un ailleurs plus prometteur que celui qui se trouve dans son pays».
Belaïd aura eu le mérite d’allier le verbe au geste, les ambitions futures au rejet des dogmes, dans un discours où la langue de bois n’avait apparemment pas sa place, un autre discours où les démonstrations d’aliénation n’étaient pas présentes, de même que l’hystérie feinte lors des passages des candidats, les quatre autres, à Constantine.