Par Bouzid Chalabi
Si les prévisions de récolte céréalières annoncées par l’inspecteur général auprès du ministère de l’Agriculture, soit près de 2,2 millions de tonnes, venaient à se concrétiser à l’issue de la prochaine campagne moissons-battage qui sera bientôt lancée officiellement, il n’en demeure pas moins que le pays, qui a jusqu’ici importé 3,2 millions de tonnes toutes céréales confondues, va devoir poursuivre son programme d’approvisionnement pour atteindre le tonnage colossal de plus de 7 millions de tonnes correspondant à ses besoins de consommation annuelle en la matière .
Dans cette optique, l’importateur public de céréales, l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC), vient de lancer un appel d’offres de 50 000 tonnes pour du blé de meunerie d’origine facultative, à livrer entre juillet et août prochains. En attendant, bien sûr, d’autres avis d’appels d’offres de l’OAIC d’ici la fin de l’année, mais avec le risque de payer cher ses approvisionnements si les cours mondiaux des céréales se maintiennent à la hausse. Sur ce dernier point, il convient de rappeler que dès que les cours ont commencé à grimper sous l’effet d’un retrait de l’offre mondiale dû au conflit armé qui oppose l’Ukraine et la Russie, deux grands pays exportateurs de blé primaire, l’Algérie s’est empressée de multiplier ses achats par mesure de prudence dès lors où les cours du blé pouvaient exploser, c’est-à-dire atteindre des prix à la tonne sans précédent. Comme c’était le cas le 16 mai dernier, où un nouveau plus haut a été atteint, soit 438,25 euros la tonne. Toujours dans ce même ordre d’idées, il convient de savoir que le marché pourrait connaître une baisse des cours depuis que le Président russe a annoncé, ces derniers jours, vouloir autoriser et faciliter les exportations par la mer Noire des céréales ukrainiennes. Cela reste relatif car Poutine conditionne cette éventualité par la levée des sanctions décidées par l’Union Européenne à l’encontre de son pays. Pour l’heure, les cours sont en légère baisse mais cela reste très relatif.
Cela dit, il y a lieu de rappeler que les prévisions de récolte de cette année dépassent de deux fois celles de la campagne moissons-battage précédente, marquée par une récolte très insignifiante en termes de volumes, soit 1,3 million de tonnes toutes céréales confondues. Un chiffre très en dessous de la moyenne de ces cinq dernières années.
En effet, on se souvient que les campagnes précédentes à celles de 2018 ne dépassaient pas les 50 millions de quintaux et, parfois même, baissaient à hauteur des 40 millions de quintaux. Mais toujours est-il que cela restait de très loin inférieur au record des moissons enregistrées en 2009 où le tonnage atteint était impressionnant en comparaison avec la moyenne de cette décennie. Le volume récolté s’est élevé à 61,2 millions de quintaux mais suivi par une chute à 45 millions de quintaux, en 2010, et à 42,45 millions de quintaux en 2011, avant de remonter à 51,2 millions de quintaux, en 2012, et de rechuter par la suite à 49,1 millions en 2013 et à 35 millions de quintaux en 2014. Celles de 2015 à 2017 sont restées autour des 40 millions de quintaux.
En somme, on peut dire qu’avec ces deux derniers bons rendements céréaliers, enregistrés successivement en 2018 et 2019 avec une moyenne de 45 millions de quintaux surtout dus à une pluviométrie abondante et en temps opportun. Ce qui n’a pas été le cas en 2020 et 2021, ces deux années ont été marquées par un petit nombre d’épisodes pluviométriques et de surcroît de faible intensité et de très courte durée. Et comme notre culture céréalière reste essentiellement dépendante de la pluviométrie, cela s’est traduit par de très faibles récoltes, voire même insignifiantes. Pour preuve. 1,3 million de quintaux récoltés en 202. C’est d’ailleurs tout à fait déplorable quand on sait que la facture annuelle du pays en céréales grève lourdement le budget de l’Etat. Elle peut même s’aggraver si notre production céréalière n’arrive pas tout au moins à se maintenir à un niveau égal à celui de 2018 et 2019. C’est d’autant plus impératif dès lors où nos besoins ne cessent de grimper sous l’effet de la poussée démographique du pays. Un défi que devra relever le pays car il s’agit de sa sécurité alimentaire. n