La dernière sortie médiatique du ministre de la Santé Abderrahmane Benbouzid, en accordant, jeudi dernier, un entretien au média russe Russia Today, même s’il apporte comme nouveauté la possibilité que l’Algérie produise le vaccin russe localement, laisse toujours les professionnels de la santé dans l’expectative. Pour le moment, même si le ministre a déclaré que la campagne de vaccination anti-covid débutera dans les prochains jours, il n’y a toujours pas de date officielle pour son lancement.

Dr Mohamed Bekkat-Berkanni, président du Conseil national de l’Ordre des médecins et membre du Comité scientifique pour le suivi de la pandémie de la Covid-19, commente la déclaration du ministre de la Santé, sur la nécessité de vacciner 20 millions d’Algériens pour atteindre une immunité collective, que «c’est une réalité établie pour atteindre ce que l’on appelle l’immunité collective et retrouver une vie normale». Cependant, il insiste sur le fait qu’«aujourd’hui, ce qui est important c’est que «la campagne de vaccination doit d’abord commencer, car on ne peut pas vacciner 20 millions de personnes en une semaine». Justement, concernant le lancement de la campagne de vaccination, le membre du Comité scientifique, souligne que tel que l’a déclaré le ministre de la Santé, «ce serait dans les prochains jours, car nous ne sommes pas les seuls à l’avoir commandé». Il précise que «pour un vaccin, il faut tout un cheminement et quand il arrive, il faut que le dossier scientifique soit examiné par nos structures. Il faut savoir que le vaccin russe a été agréé de la même façon que le vaccin chinois. Par ailleurs, ces vaccins ont donné satisfaction un peu partout où les vaccinations ont déjà commencé dans le reste du monde».
L’Algérie va probablement opter pour le vaccin chinois «Sinopharm»
Concernant le choix du vaccin chinois, Dr Mohamed Bekkat-Berkani confie, également, qu’il y a une forte probabilité pour que le vaccin chinois choisi par l’Algérie serait «Sinopharm», produit par un consortium d’Etat qui est l’équivalent de «Sinovac» et il a déjà fait ses preuves en Turquie.
Il précise à ce sujet que «l’Algérie a opté pour des vaccins sûrs, efficaces et qui sont surtout faciles à transporter et à stocker et, par conséquent, à utiliser. Ce sont des vaccins qui nécessitent des conservations en 4° et 8°, ce qui est largement à notre portée».
Pour sa part, Dr Mohamed Yousfi, président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publiques (SNPSSP) et chef de service des maladies infectieuses de l’EPH de Boufarik, estime que les déclarations du ministre de la Santé renforcent tout ce que les professionnels de la santé ont déclaré depuis des jours, concernant «la nécessité de vacciner 70% de la population et le fait que le secteur de la santé est prêt pour le lancement de la campagne anti-Covid».
Il ajoute : «Ce que nous attendons, aujourd’hui, et c’est la question à laquelle le ministre n’a pas encore répondu, c’est l’échéancier de la stratégie de vaccination.» Il insiste, ainsi, sur le fait qu’«à ce jour, on ne connaît pas cet échéancier, alors qu’il est urgent d’avoir une visibilité sur le planning de la vaccination anti-Covid».
Dr Mohamed Yousfi ajoute que comme l’a souligné le ministre de la Santé, les structures de la santé sont prêtes pour commencer à vacciner. Ainsi, selon la circulaire du ministère de la Santé la semaine passée, la vaccination se fera au niveau des polycliniques, dispensaires et des CHU et EPH qui vaccineront leurs personnels de santé dans un premier temps.
Il précise toutefois qu’«au cas où l’Algérie passerait à une vaccination de masse, là, on pourra penser au vaccinodrome, mais, pour le moment, ce n’est pas encore le cas et on a l’avantage d’avoir des structures de santé sur tout le territoire national».
Dr Mohamed Yousfi soulève, également, une autre problématique à laquelle la tutelle n’a pas encore donné d’éclaircissement. «Est-ce qu’on va d’abord privilégier les wilayas où il y a le plus grand nombre de contaminations ? Pour le moment, nous n’avons toujours pas de réponses à cette question», souligne-t-il.
Le président du SNPSSP estime ainsi que «ce qui est important, aujourd’hui, en attendant la venue du vaccin anti-Covid, c’est le respect des mesures barrières qui doit être rigoureux, car, selon les projections des différentes publications scientifiques, on doit encore cohabiter avec la pandémie de la Covid-19 jusqu’à l’automne 2021». Ajoutant que par ailleurs «notre rôle et celui des médias est surtout de sensibiliser les gens sur l’importance de se faire vacciner, surtout les personnes âgées et les malades chroniques».
Quant à Youcef Boujedal, microbiologiste et secrétaire général du Syndicat algériens des biologistes de la santé publique (SABSP), il souligne que la grande nouveauté dans les récentes déclarations du ministre de la Santé, c’est «la possibilité de produire le vaccin localement». Soulignant que «je pense qu’avec une collaboration étroite avec les Russes notamment, concernant les équipements et la matière première, l’Algérie pourrait le faire avec l’avantage ainsi d’accélérer le calendrier des vaccinations anti-Covid».
Il estime que pour arriver à l’immunité collective, après avoir vacciné 70% de la population, «il faudrait compter une année, soit d’ici à la fin de l’année 2021, au minimum. C’est pour cela qu’il faudrait commencer à vacciner dès que possible».
Le secrétaire général du SABSP affirme lui aussi que les structures et le personnel de santé sont opérationnels pour commencer cette campagne de vaccination anti-Covid. «C’est une opération de routine puisque le personnel est déjà rodé à ce genre d’opération vaccinale, d’autant plus qu’il est déjà impliqué dans la campagne de vaccination antigrippale saisonnière pour 2021».
Il estime, toutefois, que la quantité de 500 000 doses de vaccin russe reste insuffisante pour au moins assurer une couverture vaccinale du personnel de la santé et des corps constitués. C’est une bonne chose d’avoir programmé le vaccin chinois car il faudrait aussi rapidement passer à la vaccination des personnes âgées et des malades chroniques.
Toutefois, il reste sceptique quant au lancement de la campagne de vaccination durant ce mois de janvier. «Au départ, on avait annoncé officiellement le mois de janvier courant mais, sincèrement, au train où vont les choses je pense que cela débutera en février prochain.» Estimant qu’«il y a urgence de commencer cette vaccination le plus tôt possible d’autant plus il y a un fort risque que la 3e vague de la pandémie déferle sur l’Algérie à la fin du mois de février prochain ou au courant du mois de mars. Il faut s’y préparer dès maintenant». <