Mohamed Bekkat Berkani, membre du Comité scientifique, «espère» que «le président de la République prenne des dispositions » après un début de campagne « médiocre » et concernant aussi la « quantité de vaccins obtenus».

La plateforme numérique pour l’organisation de la campagne de vaccination contre le nouveau coronavirus est lancée dans deux wilayas pilotes, Blida et Alger, et sera généralisée dès la semaine prochaine autres wilayas du pays. Elle sera ouverte au grand public et permettra, entre autres, aux personnes des catégories prioritaires voulant se faire vacciner de s’inscrire dans cette plateforme en fonction de la région et de l’établissement le plus proche pour obtenir un rendez-vous, aussi bien pour la première que pour la deuxième dose du vaccin, a indiqué, Dr Djamel Fourar, porte-parole du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus, dans une déclaration à l’APS.
Depuis le début de la campagne vaccinale, les citoyens concernés par la vaccination en priorité ont été appelés à aller s’inscrire au niveau des polycliniques, des Etablissement de proximité de santé publique (EPSP) et autres. Beaucoup l’ont fait. Ils se sont déplacés et ont effectué leur inscription. Ce qu’il y a maintenant, c’est que les citoyens qui se sont inscrits tel que demandé sont portés sur des registres au niveau des structures sanitaires. Avec la mise en place de la plateforme numérique, une fois opérationnelle pour le grand public, il sera demandé aux citoyens de s’y inscrire. Les personnes inscrites sur les registres devront-elles alors se réinscrire sur la plateforme numérique ou est-ce le personnel en charge des inscriptions dans les centres vaccinaux qui prendra en charge de volet ? Joint par Reporters pour apporter des clarifications à ce propos, le Dr Mohamed Bekkat Berkani, membre du Comité scientifique, estime d’abord que la campagne de vaccination a «déjà mal démarré».
«L’opération de vaccination a commencé en inscrivant les gens sur des carnets. Maintenant qu’on parle d’inscription sur la plateforme alors que d’autres sont inscrits sur ces carnets, comment va-t-on faire pour fixer la priorité entre les uns et les autres ?», s’est-il demandé à son tour. «On a raté, en toute clairvoyance, le début de la campagne», a-t-il souligné, remettant en cause le ministère de tutelle. Il poursuit en indiquant qu’«un autre problème grave a été occulté par le ministère de la Santé dans cette campagne».
«On a mis un certain nombre de doses de vaccins au profit des personnels de santé dans certains espaces publics, c’est-à-dire certains hôpitaux et autres structures sanitaires, et on a absolument oublié les médecins privés», a déploré Dr Bekkat Berkani, ajoutant que «les médecins du secteur privé se sont inscrits sur un registre comme les citoyens, alors qu’eux aussi ont été aux premiers rangs dans la lutte contre la pandémie de Covid-19 et ont enregistré plus de 150 morts et plus de 4.000 contaminés». Il ira plus loin en estimant que des doses de vaccins ont été mal utilisées dans des hôpitaux car ayant été administrées aussi à «des personnes non prioritaires, comme celles travaillant dans l’administration ou autres».

«Un début médiocre»
«C’est un oubli scandaleux dans la mesures où plus de la moitié des médecins exercent dans le secteur privé», s’est offusqué Dr Bekkat Berkani, qui est également président du Conseil national de l’Ordre des médecins, rappelant que ces médecins continuent de recevoir des malades tous les jours et sont, de ce fait, quotidiennement exposés à la contamination au Covid-19. «C’est absolument inacceptable et j’espère que ce n’est qu’un oubli», a-t-il conclu sur ce chapitre, estimant, encore une fois, que «le ministère de la Santé en porte l’entière responsabilité» et que «le ou les responsables puissent en rendre compte» par rapport à la vaccination des médecins privés et à la campagne de vaccination qu’il a qualifiée de «médiocre». Il «espère» même que «le président de la République prenne des dispositions dans cette situation de manager un début de campagne médiocre et concernant aussi la quantité de vaccins obtenus». Il rappellera, dans ce sillage, qu’«il a fallu que le Président intervienne pour faire avancer la situation d’attentisme».
Le président du Conseil national de l’Ordre des médecins relève, à ce propos, que «c’est le ministère de la Santé qui n’a pas pris les dispositions au moment où il le fallait» et qu’«il a fallu qu’il y ait une injonction du Président pour que les choses bougent».
Le Dr Bekkat Berkani regrette qu’«on n’ait pu obtenir qu’une quantité de vaccins très insuffisante, à savoir 50.000 doses de Spoutnik V et 50.000 autres d’AstraZeneca-Oxford, qui ne peuvent permettre la vaccination que de 25.000 personnes», alors qu’on devrait profiter de cette accalmie de la pandémie et de stabilité de la situation épidémiologie pour vacciner le plus grand nombre de personnes. Il rappellera, néanmoins, que la vaccination doit se généraliser au fur et à mesure de l’arrivée et de la disponibilité des vaccins, jusqu’à arriver à 60 à 70% de la population à vacciner pour atteindre l’immunité collective.
Sur un autre chapitre, celui de l’ouverture des frontières, notre interlocuteur, tout en précisant qu’il s’agit d’une «décision éminemment politique», soutient que les conditions ne sont pas réunies pour les ouvrir, surtout avec l’apparition des variants du coronavirus à travers le monde et dans les pays avec lesquels l’Algérie a un trafic important comme la France «La vaccination vient à peine de commencer chez nous et il y a dégradation de la situation épidémiologique dans certains pays… Les conditions ne plaident pas pour l’ouverture des frontières actuellement et ne peuvent être assurées que les opérations de rapatriement», selon Dr Bekkat Berkani.