La décision de prolonger la campagne nationale de vaccination jusqu’à la fin de l’année sans s’arrêter au Big Day préalablement annoncé est bien perçue par les professionnels de la santé dont le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, qui estime que c’est un moyen de drainer le plus de personnes possible vers l’acte vaccinal, tout en émettant des réserves sur les méthodes de communication envers la population.

PAR INES DALI
«Le ministère de la Santé a prolongé la campagne nationale de vaccination probablement parce qu’il sentait qu’il fallait encore du temps pour vacciner le maximum de personnes, et particulièrement avant la rentrée sociale qui coïncide avec la rentrée scolaire. Donc cette prolongation vient, finalement, pour essayer de faire adhérer encore plus de gens, c’est-à-dire faire un peu une sorte d’OPA sur la vaccination», a estimé, hier, le Dr Bekkat Berkani. Pour lui, le moment est propice étant donné que «les contaminations sont en phase de descente» et que «le nombre de doses de vaccins que nous avons reçus est important», d’où «il est donc intéressant d’essayer de vacciner encore plus».
A propos du bilan de cette campagne qui a démarré le 4 du mois courant, jusqu’à aujourd’hui, un seul a été rendu public, à savoir celui annonçant que durant la période allant du 4 au 9 septembre, un million de personnes ont reçu l’anti-Covid-19. Sans vouloir commenter ce chiffre, il a déclaré que «c’est le ministère de la Santé qui fait une évaluation et donne un bilan», mais le plus important, selon lui, c’est que la tutelle a «bien fait de prolonger l’opération nationale de vaccination» et «le bilan doit être fait à la fin de l’opération». Ce qui est encore plus intéressant dans la phase actuelle, poursuit-il, c’est de se pencher sur «les moyens d’avoir une plus grande compliance, c’est-à-dire comment faire adhérer le plus de personnes à la campagne vaccinale».
La réticence observée n’est «pas dans l’intérêt de la population» dont l’afflux vers les centres vaccinaux n’est plus le même que celui des journées où la troisième vague faisait rage, comme en témoignent certains médecins en charge de la vaccination au niveau des chapiteaux de la capitale. Ils estiment, en effet, qu’il y moins de monde qui se présente alors que durant la période de vaccination lors de la troisième vague, ils arrivaient à vacciner «jusqu’à 500 personnes par jour» au niveau d’un seul centre. Ce désintérêt de la vaccination et le relâchement des gestes qu’ils observent, ils l’imputent au fait que les bilans quotidiens font état d’une baisse des cas confirmés. «C’est ce qui amène les citoyens à penser que le danger est passé, alors que la quatrième vague qu’ont vécue les autres pays du monde n’est pas à écarter chez nous», mettent-ils en garde.
Faire barrage aux rumeurs et fake news
«Apparemment, nous avons un problème de désintéressement de la vaccination d’une bonne partie de la population dont certains croient que se faire vacciner n’est pas utile, voire même dangereux», relève, pour sa part, Dr Bekkakt Berkani, non sans alerter que «les gens croient plus en les rumeurs et les fake news diffusées sur les réseaux sociaux qu’à ce que disent les scientifiques».
De «multiples rumeurs et fake news que l’autorité n’a pas su contredire», soutient-il, soulignant que la communication ne doit pas être seulement officielle, mais doit faire participer les grands sportifs, comme les joueurs de l’équipe nationale, ou les artistes connus, aimés et crus par la population. Selon le Dr Bekkakt Berkani, c’est en gagnant petit à petit des segments de la société, reliés bout à bout, qu’on peut avoir des chiffres intéressants. «Sinon, il faudrait continuer à expliquer longtemps le bien-fondé de la vaccination, et expliquer, aussi, que c’est la seule possibilité de s’en sortir de façon collective». Et à notre interlocuteur d’insister que c’est la méthode de conviction qui doit être revue, avec «des idées nouvelles, inventives, car le principe de la prolongation de la campagne de vaccination est intéressant».
Cette situation de réticence se fait ressentir dans le secteur de l’Education nationale dont la reprise des élèves du cycle primaire, moyen et secondaire est prévue le 21 septembre prochain. Un secteur dont le dernier taux de vaccination arrêté au 8 septembre dernier fait état de 8,5% de personnel vacciné, alors que la rentrée scolaire a justement été retardée pour pouvoir vacciner le max des effectifs avant le retour des enfants aux bancs de l’école. Il s’agissait d’assurer «une rentrée sûre» sans risque de faire des établissements scolaires des foyers de contaminations. Mais voilà qu’à moins de dix jours de la rentrée, il reste encore à convaincre beaucoup du personnel de l’éducation nationale, entre autres.
Même s’il admet qu’on ne peut pas obliger les gens à la vaccination, il existe tout de même, en dehors de la loi, d’autres méthodes comme ce qu’on pourrait appeler «la pression ou la contrainte administrative pour des raisons sanitaires». Car même si on réfléchit à vacciner les enfants de plus de 12 ans, il s’agit de faire vacciner les adultes d’abord. Sur ce point, le président du Conseil national de l’Ordre des médecins relève qu’on est «encore au stade de la réflexion des enfants de plus de 12 ans et des femmes enceintes alors que d‘autres pays ont franchi ce cap. On est toujours en retard par rapport à ce qui se fait».
Sans détour, le Dr Bekkat Berkani rappelle que «dans certains pays démocratiques, on a exigé le pass sanitaire, même pour entrer dans des centres commerciaux. Ils en sont arrivés là pour obliger les gens à se faire vacciner», alors qu’en Algérie, la vaccination n’est pas obligatoire et on préfère qu’aller recevoir l’anti-Covid-19 soit un acte volontaire, commentant que «le confort des uns s’arrête là où commence le confort des autres».

15 millions de doses de vaccins vers la mi-octobre
Intervenant sur la difficulté de faire adhérer le maximum de personnes à la vaccination, le directeur de l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA), Fawzi Derrar, n’a pas exclu la possibilité d’imposer, à l’avenir, des procédures de vaccination obligatoires dans le cas où l’objectif fixé d’atteindre 70% de taux de vaccinés garantissant l’immunité collective n’est pas atteint.
La disponibilité des vaccins en quantités et celles que le pays prévoit encore d’importer sont largement suffisants pour avoir un bon taux de vaccination, selon le Pr Derrar, qui a révélé, à la Radio nationale, que 15 millions de doses du vaccin chinois Sinovac seront réceptionnées par l’Algérie avant le 15 octobre prochain.
Cela entre dans le cadre des contrats signés par la tutelle en juin dernier pour l’acquisition de 30 millions de doses, dont les 15 millions à venir. L’objectif actuel, selon le directeur de l’IPA, est de vacciner «75% des citoyens avant la fin octobre prochain, compte tenu de la
disponibilité d’une quantité suffisante d’anti-Covid-19». Mais le succès de cette opération, a-t-il tenu à noter, à son tour, «dépend de l’adhésion des citoyens». L’IPA dispose d’un stock de 7 millions de doses de vaccins, en plus de celles distribuées aux directions de santé au niveau national. <