L’arrivée du vaccin en Algérie et le début de la campagne de vaccination continuent de focaliser l’attention et tous les yeux sont braqués sur ces deux événements, reconnait le Pr Ryad Mehyaoui, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus.

«On est dans une espèce de compte à rebours. On compte les jours et même les heures… Mais il reste tout de même onze jours avant la fin du mois. Je pense et j’espère que le vaccin va arriver avant la fin de janvier et qu’on pourra commencer à vacciner», a-t-il déclaré, hier, sur les ondes de la Radio nationale. Ainsi, les spécialistes se succèdent pour dire que le timing retenu pour le début de la vaccination sera respecté, alors que le vaccin n’est pas encore sur le sol algérien. Toutefois, le Pr Mehyaoui s’est abstenu de la moindre déclaration formelle sur l’échéance de janvier, même si la question lui a été posée plus d’une fois. Ce retard serait-il dû aux «hésitations ou tergiversations» ? «A mon avis, on n’est ni en avance ni en retard», a-t-il répondu, après avoir expliqué l’existence de beaucoup d’incertitudes ayant précédé le choix du vaccin. Il a mis en avant que l’Algérie a, depuis le 6 août dernier, commencé «la réflexion» sur l’anti-Covid-19. «En ce moment-là, il y avait une espèce d’incertitude sur l’évolution des vaccins, sur la phase 3, la pharmacovigilance… Même après, il n’y avait que les laboratoires qui communiquaient sur leurs produits, il y avait une espèce de guerre médiatique, économique, financière et scientifique. En Algérie, on a avancé doucement, en suivant comment les choses évoluaient, d’autant plus que la situation épidémique dans notre pays est plus ou moins favorable», a expliqué le membre du Comité scientifique.
Il réitère alors qu’«on n’est ni en avance ni en retard au vu des incertitudes». Et «quelquefois, devant cette incertitude, il vaut mieux être un peu en retrait, prudent, un peu en retard qu’en avance. Il n’y a pas urgence», a-t-il résumé pour expliquer ce que l’animatrice a qualifié de «retard» et «tergiversations». Ce qui est indéniable, c’est que pour beaucoup, l’éventualité de ne pas pouvoir être au rendez-vous de janvier – et ce n’est pas faute de volonté – n’est pas à écarter, l’incertitude grandissant de jour en jour devant le retard enregistré déjà dans l’arrivée du vaccin. Le Pr Mehyaoui fait remarquer qu’en dehors des pays qui ont élaboré eux-mêmes un vaccin, il n’y en a pas beaucoup qui ont commencé à vacciner, en raison de la tension sur la demande à l’échelle mondiale. «Les pays sont en train de faire travailler leurs diplomaties et leurs relations pour acquérir le vaccin… Mais je pense que commencer à vacciner en janvier serait quelque chose de formidable pour le pays», a-t-il indiqué. Il insiste à dire qu’il lui semble que l’attention est plus polarisée sur le vaccin que sur les mesures préventives, donnant l’exemple des Etats-Unis où quelques 10 millions de personnes ont été vaccinées alors qu’ils continuent d’enregistrer des milliers de décès. Dans ce contexte, le membre du Comité scientifique a tenu à souligner que l’immunité ne commence pas immédiatement après la vaccination, car le virus est toujours là, revenant encore une fois sur les mesures préventives qui doivent continuer d’être respectées. «Le vaccin doit être accompagné des gestes barrières jusqu’à ce que le virus soit éradiqué», a-t-il dit.
Optimisme modéré
Comme les autres membres du Comité scientifique qui se sont exprimés sur le sujet, ce spécialiste estime que la vaccination pourrait durer plus d’une année, étant donné que la vaccination concerne «70% de la population» pour atteindre l’immunité collective, soit «20 millions de personnes, ce qui nécessité 40 millions de doses de vaccins que le pays recevra progressivement». Il a, par ailleurs, confirmé que l’Algérie devrait recevoir les premières doses du vaccin britannique d’AstraZeneka-Oxford en février prochain, tout en rappelant que l’Algérie achètera également un vaccin chinois en plus du vaccin russe Spoutnik V et que les 500.000 doses annoncées et devant «arriver dans les prochains jours ne sont que pour le début» de la vaccination.
Les trois vaccins sont listés, pratiquement précommandés, sans oublier ce que l’Algérie achètera dans le cadre de l’initiative Covax, à savoir 8 millions de doses attendues pour le premier trimestre, selon le Pr Mehyaoui. Il précisera, à ce propos, qu’«on ne sait pas encore quels sont les vaccins que Covax mettra à notre disposition».
A la question sur les conditions de l’acte de vaccination proprement dit, sachant que les personnes vaccinées nécessitent une demi-heure d’observation après l’administration de l’antidote, il a répondu qu’il est de tradition que toute vaccination est accompagnée par certaines mesures préventives. «Les responsables de l’opération de vaccination ont toujours certains médicaments qui répondent au geste approprié face à d’éventuelles alertes ou le moindre problème», a-t-il indiqué, notant qu’il y a toujours une équipe composée de généralistes, urgentistes, réanimateurs, etc.
Quoi qu’il en soit, à propos de la vaccination, le Pr Mehyaoui a voulu finir son intervention sur une note optimiste : «J’estime que la campagne sera entamée dès que le vaccin sera disponible et que nous atteignons l’immunisation de masse que tout le monde espère». <