Alors que la campagne anti-Covid a connu depuis son lancement le 30 janvier bien des couacs et des retards inquiétants face à l’urgence sanitaire et l’impératif d’un retour à la normale des activités économiques et sociales. Aujourd’hui, l’heure est à son accélération après la réception d’un lot de plus d’un million d’unités de vaccin. L’instruction du Premier ministre d’intensifier ses opérations a fortement l’air d’un gros coup de pression sur le ministre de la Santé et les services de son département.

PAR INES DALI
Aussi bien les professionnels de la santé que les pouvoirs publics ou encore les autorités sanitaires, tous reconnaissent la lenteur de la vaccination et s’accordent à dire qu’il est temps de dépasser le rythme actuel, et ce, avec «un effort supplémentaire» devant être mis en œuvre en direction des wilayas qui connaissent une augmentation des cas de contamination, comme l’a souligné le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, dans son instruction au département ministériel d’Abderrahmane Benbouzid.
Ainsi, l’heure est à l’accélération de la vaccination après une léthargie due à la non-disponibilité en quantités acceptables de l’antidote. La découverte de trois variants en Algérie et l’ouverture des frontières aériennes – du moins le début d’ouverture – à partir du 1er juin sont d’autres raisons qui plaident pour une action efficace et plus visible dans la lutte contre la pandémie de Covid-19 par le biais d’une vaccination qui ne peut plus être maintenue au compte-goutte.
«C’est le moment de vacciner. Il faut profiter de la situation épidémiologique stable pour vacciner le maximum de personnes possible», estime le Dr Mohamed Yousfi, chef de service des maladies infectieuses à l’Etablissement public hospitalier (EPH) de Boufarik, relevant toutefois que la situation épidémiologique est «dans une situation stable, mais en augmentation». Le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, verse dans le même sens et souligne lui aussi qu’«il faut profiter de cette aubaine de situation épidémiologique confortable pour accélérer la vaccination». D’autres spécialistes ont, par ailleurs, soulevé la même préoccupation concernant la lenteur de la vaccination, soutenant, à l’instar du Pr Nouredine Zidouni, qu’il faut éviter une vaccination sporadique et miser sur une vaccination de masse».
Ainsi, à près de quatre mois depuis le début de la vaccination, il n’y pas eu le coup de fouet escompté et le taux de la population vaccinée est resté très faible, un peu plus de 1% seulement. Ce qui démontre le grand retard enregistré en la matière. Jusqu’au début d’avril dernier, le pays avait reçu 664.800 doses de vaccins russe, chinois et d’AstraZeneca-Oxford. Avec les 170.000 doses réceptionnées mercredi dernier, les 758.400 doses de vendredi et celles devant être réceptionnées hier soir, soit 500.000, cela totalise un nombre de 2.092.200 doses. Ce qui reste faible comparativement à l’objectif tracé de 40 millions de doses pour vacciner 20 millions d’Algériens. «Nous sommes vraiment en décalage par rapport à de nombreux pays dans le monde en matière de vaccination», a soutenu Dr Bekkat Berkani, qui est également membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus.
Par ailleurs, le Dr Mohamed Yousfi nous a déclaré que les quantités reçues ne suffisent pas car le pays devrait avoir au moins 30 millions de doses. Ainsi, chiffres à l’appui, il démontre la lenteur de la vaccination et regrette cet état de fait, alors que la situation épidémiologie actuelle devrait être mise à profit pour un calendrier vaccinal devant toucher le maximum de personnes. «A ce rythme, on attendra longtemps avant d’atteindre le taux de vaccination adéquat», a-t-il déploré. «Le paradoxe, c’est que nous avons une situation épidémiologique favorable que nous envient beaucoup de pays et on ne peut malheureusement pas profiter de cette situation d’accalmie pour accélérer la vaccination. Pourtant, c’est maintenant que nous devons accélérer», a-t-il poursuivi. Il explique qu’en supposant que toutes les doses reçues avant la semaine dernière ont été administrées, le taux de vaccination ne dépasserait pas les 2% au maximum. En réalité, et jusqu’à hier, «nous sommes à un peu moins d’un million de doses sur quatre mois et on vient de recevoir 758.400 nouvelles unités. Donc, même avec les nouvelles doses, c’est à peine si on arrive à deux millions de doses. Or, nous en avons besoin d’au moins 30 millions. On est très loin concernant l’accélération de la campagne de vaccination», a fait remarquer le Dr Yousfi, qui est également président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP).
L’Algérie s’attend à recevoir une importante quantité de vaccins le mois de juin prochain, a récemment annoncé le ministère de la Santé dans un communiqué, mais sans indiquer le nombre de doses. Or, savoir combien de doses vont être livrées détermine la programmation d’un calendrier vaccinal et comment organiser la vaccination, notamment parmi les catégories prioritaires qui n’ont pas encore reçu leurs doses, comme les personnes âgées et les malades chroniques, selon les spécialistes. D’ailleurs, sur ce point, nombre d’entre eux déplorent le manque d’information et de communication. Pour le président du SNPSSP, le ministère de la Santé devrait «communiquer sur le calendrier vaccinal, donner les informations et instructions pour que les personnels de la santé sachent comment donner rendez-vous, comment programmer et par qui commencer…». Il insiste que la tutelle devrait être plus communicative. «Je répète, encore une fois, que le ministère de la Santé devrait communiquer plus à propos du planning et de la vaccination aussi bien à l’adresse des spécialistes de la santé que des citoyens».
Quoi qu’il en soit, l’instruction du Premier ministre devrait inciter à donner un coup de fouet à la vaccination, en fonction des doses disponibles bien sûr, notamment dans les wilayas où il y a une forte circulation du virus et particulièrement de ses variants, et ce, afin d’éviter au pays une situation de recrudescence de la pandémie après cette période de stabilité.