L’annonce d’un début de vaccination contre la pandémie de coronavirus en Algérie à partir de janvier tel qu’instruit par le président de la République est favorablement accueillie par la communauté des praticiens de la santé, dont certains émettent toutefois des réserves quant à l’échéance qu’ils estiment trop proche, donc difficilement réalisable. Tout comme ils ne s’expliquent pas pourquoi la short liste des laboratoires établie pour l’acquisition du vaccin est entourée de discrétion.

Les avis sont partagés sur ce dernier point et la question qui reste posée est la faisabilité en janvier, c’est-à-dire dans un délai qui, selon toute vraisemblance, parait assez «court» pour certains, cela d’autant que ça fait à peine quatre jours, soit la journée de dimanche, que le Premier ministre a fait des déclarations allant dans le sens qu’aucune décision n’avait encore été prise. L’instruction du Chef de l’Etat est intervenue le soir-même, allant dans le sens d’une prise de décision concernant le choix du vaccin et d’entreprendre les démarches nécessaires pour son acquisition, après près de cinq mois de consultations et de négociations avec plusieurs potentiels fournisseurs qui, actuellement, ont mis au point un anti-coronavirus dont l’utilisation a débuté dans certains pays et en voie de l’être dans d’autres.
Commentant l’annonce de la prochaine vaccination en Algérie, le Dr Mohamed Yousfi, président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP), a déclaré que celle-ci reste «le seul et unique moyen de lutte contre la pandémie de coronavirus, voire la seule arme qui peut mettre fin ou contrôler une épidémie». De son côté, le Dr Mohamed Bekkat-Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, estime que l’annonce d’un début de vaccination est une lueur d’espoir pour nos concitoyens», avant de se demander : «Jusqu’à quand resterons-nous cachés derrières nos masques, même si ceux-ci sont utiles ? Jusqu’à quand la vie socio-économique restera en léthargie ? Il est temps que la vaccination, qui a débuté dans les pays développés et bientôt même chez nos voisins, fasse son entrée chez nous».
Pour sa part, le Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), n’en est pas moins optimiste quant à la vaccination face au Covid-19, mais relève néanmoins ce qui pourrait s’avérer être un écueil, à savoir l’échéance de janvier pour la débuter, sachant que cela requiert de grands préparatifs.

Le défi d’une rapide organisation
«Pour le lancement officiel de la campagne de vaccination en janvier, je pense que c’est un peu court comme délai. Je dis court par rapport à l’organisation que ça nécessite, à la mise en place de la logistique, à savoir la préparation du circuit de la chaine de froid, de la distribution, du stockage, etc. Entretemps, il y a une certaine formation éventuellement à l’effet du personnel concerné et une campagne de sensibilisation qui doit être destinée au large public, du moins celui concerné par le début de la vaccination. Je pense que tout cela nécessité un peu plus de temps et c’est pour ces raisons que j’estime l’échéance de janvier 2021 un peu courte», a déclaré Dr Merabet.
L’autre raison qui le pousse à dire que le mois prochain est une échéance courte est la situation qui prévaut dans le pays qu’il estime «maitrisée» par rapport à d’autres. «La situation sanitaire en Algérie n’est pas la même comparée à beaucoup d’autres pays, elle est plus ou moins maitrisée. Le cumul des cas depuis 10 mois chez nous, même si on fait une lecture large, on pourrait dire qu’il serait de 300.000 depuis mars alors que c’est le même nombre qui est dépisté en 24 heures dans certains pays (comme les Etats-Unis par exemple). C’est la même chose pour le nombre de décès, le chiffre comptabilisé en Algérie depuis mars est le même que celui comptabilisé dans d’autres pays en une seule journée. C’est pour dire que la situation n’est pas la même lorsqu’on fait dans les comparatifs», a estimé le président du SNPSP. Ce qui l’emmène à conclure qu’au vu de ces comparaisons, il y a un peu de précipitation par rapport à la démarche», ajoutant qu’il faut «plus de recul sur le plan sanitaire ou purement médical», allusion au choix du vaccin. «Il y a des pays européens qui sont dans une situation sanitaire plus compliquée que la nôtre et qui ont adopté une stratégie avec plus de précaution et se sont donnés plus de temps. Je pense que c’est ce qu’on devrait faire. Du moins, c’est mon avis et celui du SNPSP», a-t-il conclu. Ainsi, pour le Dr Merabet ce n’est pas la vaccination proprement dite qui pose problème, mais c’est plutôt l’échéance.
Le Dr Bekkat Berkani explique, quant à lui, qu’«il est clair qu’on ne va pas vacciner toute la population en janvier pour dire qu’on ne puisse pas être au rendez-vous» et qu’il ne s’agit que d’«un début» de vaccination. «Au lieu de rester dans une sorte de léthargie sans prendre aucune décision, de continuer à attendre le bilan macabre tous les jours, pourquoi ne pas commencer à vacciner en janvier ? Ce ne sera qu’un début pour donner de l’espoir aux citoyens, pour qu’ils aient une vie subnormale… Il faut un début du commencement de la fin de cette parenthèse épidémique», a-t-il tranché.

Pour une campagne de sensibilisation
Pour lui, «les pays européens commencent à vacciner et bientôt les pays voisins, alors il ne faut pas qu’on attendre, chez nous, qu’il n’y ait plus de vaccins pour décider». «Il faut y aller (à la vaccination) sans trop attendre l’initiative Covax» qui espère pouvoir mettre les vaccins à disposition au premier trimestre 2021, estime-t-il, mettant en avant que les pays développés n’ont pas attendu par ailleurs les homologations de l’Organisation mondiale de la santé qui ont tardé. Selon Dr Bekkat Berkani, il faut qu’il y ait des commandes pour les vaccins car si l’on tarde encore plus, il y a risque de ne pas en trouver.
En attendant la vaccination, les praticiens estiment qu’il faut une campagne de sensibilisation envers la population sans, bien sûr, abandonner les mesures barrières qui doivent être respectées même lors de cette opération, disent-ils. «Il est important que la population comprenne la nécessité de se faire vacciner, adhèrent de leur plein gré puisqu’on entend parler parfois de certaines réticences… On doit leur expliquer dès maintenant qu’il n’y a aucun remède contre le coronavirus à part le vaccin», estiment-ils.
Pour l’heure, le gouvernement a parlé de l’établissement d’une short-liste des laboratoires qualifiés auprès desquels l’Algérie pourrait acquérir un vaccin mais sans révéler quels sont-ils. Des sources ont parlé du choix du vaccin d’AstraZeneca et de la Russie (Spoutnik V) qui sont des vaccins «classiques» mais aucune information officielle n’a été donnée à ce sujet. D’où les citoyens, qui suivent de près l’actualité dans ce domaine, et qui sont concernés par la vaccination ignorent toujours ce qui est choisi pour eux. D’ailleurs, les professionnels de la santé ne s’expliquent pas pourquoi une telle «discrétion» à propos d’un sujet aussi important pour la population. <