Par Hamid Bellagha
Si tu ne viens pas à la vaccination, la vaccination viendra à toi. C’est le leitmotiv adopté et développé par la Direction de la santé et de la population (DSP) de Constantine.
En effet, trois équipes pluridisciplinaires mobiles ont été dédiées à la vaccination anti-Covid-19, en raison de l’inattendue réticence affichée par les Constantinois envers la vaccination. Ces équipes ont débuté une tournée au sein des entreprises et des institutions publiques et privées, tous secteurs confondus, de la wilaya de Constantine. Une initiative très louable et très encourageante de la part de la DSP locale qui s’était cloîtrée dans un mutisme presque total depuis le début de la pandémie. A sa décharge, elle a eu trois différents responsables depuis le début de la pandémie.
Il faut savoir que cette initiative est à mettre à l’actif du ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière qui vise à se rapprocher du citoyen réfractaire, et tend aussi et surtout à «toucher le maximum de citoyens de toutes franges de la société», a déclaré à l’APS le Directeur de la DSP, Abdelhamid Bouchelouche.
L’opération lancée en juin dernier «a ciblé, jusqu’à présent, les travailleurs de plusieurs directions et agences commerciales de la concession de distribution de l’électricité et du gaz (Sadeg), les travailleurs de la Protection civile, le personnel des cliniques privées et certaines entreprises du secteur de l’industrie agroalimentaire, à l’instar du Groupe Bifa, fabrication de biscuits, ainsi que les établissements pénitentiaires», est-il précisé.
Justement, le docteur Abada Issam, agent de la Société de médecine du travail, filiale de Sonelgaz, est de ceux qui ont misé sur une vaccination globale pour ne pas «casser le travail des agents de la Sadeg et d’autres filiales qui doivent être toujours présents quelles que soient les circonstances, étant un secteur stratégique. Par la vaccination, on assure une continuité.» A ce titre, quelque 80 agents de la Sadeg de Constantine ont reçu leur première dose.
«Par le biais de l’institut Pasteur, nous avons eu nos premiers lots du vaccin AstraZeneca. Nous avons fixé le seuil aux plus de 50 ans, comme recommandé par le ministère de la Santé. Après quelques grincements de dents, nous avons constaté que nos agents, et après le rebond des contaminations, ont finalement retroussé leurs manches pour la première injection. Nous allons encore, je l’espère, recevoir d’autres vaccins pour nous orienter vers une autre population de la Sadeg et d’autres filiales du groupe» nous dira encore le Dr Abada.
Il faut savoir que l’opération vaccination a connu un flop retentissant eu égard d’abord, à l’absence totale de communication sur la nécessité de se prémunir du «méchant» vaccin, puis, à la réputation sulfureuse importée collée au vaccin anglo-suédois. A la polyclinique Boudraâ-Salah, et malgré un personnel trié sur le volet, avec prise de tension et de température à l’entrée, et des «rabatteurs» sur les passants, la matinée s’achève sur une vaccination de dix personnes. Quatre sont en attente pour boucler le chiffre dix, l’équivalent des doses du flacon AstraZeneca. Les quatre en attente devront revenir demain. «S’ils reviennent», nous dira un médecin sur place, «car souvent malgré la promesse de revenir ou après qu’on les ait joints au téléphone, les candidats au vaccin nous font souvent faux bond».
Sinopharm à la rescousse
A la polyclinique Les Mûriers, il y a du monde, mais pas pour le vaccin. Pour diverses auscultations. «Avec l’arrivée du vaccin chinois, nous enregistrons surtout le retour des femmes», nous affirme un médecin sur place. Mais, curieusement, il n’y a ni prise de tension ni de la température corporelle. Vous vous inscrivez et vous attendez, après un entretien sommaire sur votre état de santé.
Sur place, un père de famille en compagnie de sa femme et de leur fils de 27 ans attend depuis une demi-heure pour se faire piquer. L’infirmière chargée de l’acte ne se manifeste pas car elle ne veut pas travailler le 5 Juillet, une journée dédiée à la vaccination par la DSP. Et elle commence justement à manifester son courroux et son refus de bosser. Mais après que notre père de famille ait menacé de s’adresser «plus haut», elle revient, bougonne, pique tout le monde à la va-vite et retourne dans son coin pour consulter son compte Facebook. Il n’y aura finalement à la salle polyvalente les Muriers qu’une dizaine de vaccinés au Sinopharm.
La parenthèse fermée, et les centres de vaccination «vaccinodromes» aussi, il fallait donc aller vers le citoyen pour le convaincre de se protéger et de protéger les siens. M. Bouchelouche, toujours à l’APS, pense que dans une deuxième phase, le plan d’action initié par les services locaux sera réglé sur l’organisation d’actions similaires à destination de la Caisse nationale des assurances sociales des travailleurs salariés (Cnas) et de la Caisse nationale de sécurité sociale des non-salariés (Casnos).
Les équipes signalées iront aussi parcourir différentes zones industrielles pour pointer les travailleurs des usines, toutes activités confondues, ainsi que ceux des carrières implantées pour la plupart dans les localités d’Ibn Badis, Aïn Abid, Didouche Mourad et Aïn Smara.
Avant cela, les membres de ces teams mobiles ont profité de sessions de formation en vue de maîtriser les aspects et les techniques de vaccination contre la Covid-19. Aussi, et pour pallier l’échec des campagnes de sensibilisation sur la vaccination passées, de nouvelles sorties de vulgarisation et de sensibilisation ont également été initiées par les six établissements publics de santé de proximité (EPSP).