La pandémie du nouveau coronavirus poursuit sa marche implacable. Mais la lutte aussi se poursuit, sur tous les fronts. C’est dans ce cadre qu’une campagne de sensibilisation a été lancée, hier, conjointement par le ministère de la Santé et le ministère des Affaires religieuses, dans l’objectif de faire prendre plus conscience à une plus large partie de la population du danger de ce mal qui gagne chaque jour un peu plus de terrain.

En signe de reconnaissance aux personnels de la santé, qui s’est investi corps et âme dans la lutte contre le Covid-19, la cérémonie de lancement de la campagne de sensibilisation sous le thème «Tous avec les médecins contre cette épidémie» a eu lieu au Centre hospitalo-universitaire (CHU) Mustapha-Bacha, en présence du corps médical et paramédical.
C’est un grand hommage qui leur a été rendu aussi bien par le ministre de la Santé que par celui des Affaires religieuses qui les ont auréolés d’éloges tout en reconnaissant que cela reste insuffisant, car le soutien dont ils ont besoin doit être matérialisé par les actes qui allègeront le poids de la mission dont ils sont investis.
«Ce corps médical, paramédical ainsi que tous les autres personnels du secteur de la santé qui sont à l’avant-garde dans la lutte que nous menons contre cette pandémie de Covid-19, méritent l’expression de notre profonde gratitude et de notre profond respect», a déclaré le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid, lors d’une conférence de presse à l’occasion du lancement de la compagne de sensibilisation. Il a longuement loué «leur compétence et leurs performances professionnelles sur le terrain», ainsi que «les efforts continus et les sacrifices dont ils font preuve en prodiguant, en toute abnégation, les soins à nos malades Covid», tout en déplorant que «2300 professionnels de la santé» soient «diagnostiqués positifs au Covid-19 parmi lesquels 44 y ont laissé leur vie».
Aussi, pour le Pr Benbouzid, «aujourd’hui, nous sommes tous appelés à soutenir les équipes médicales qui représentent la première ligne de défense et le protecteur du pays dans sa lutte contre cette pandémie». «Ils sacrifient leur santé et leurs familles pour sauver notre santé», a-t-il ajouté, avant de les qualifier de véritable «armée blanche». Dans ce contexte, il a lancé un appel à l’ensemble de la population à «respecter les mesures de prévention, à savoir le port du masque obligatoire, la distanciation physique et les autres mesures d’hygiène», sans oublier de «respecter le confinement» car «n’est en se conformant à ces recommandations que les citoyens se protègent et protègent la vie d’autrui», a-t-il relevé.

Des comportements «fort déplorables» envers le corps de la santé
Intervenant à son tour, le ministre des Affaires religieuses et des Waqfs, Dr Youcef Belmehdi, a relevé qu’il est de «notre devoir de soutenir le corps médical qui est aux avant-postes dans la lutte contre le coronavirus», les qualifiant de «moudjahidines» et ceux qui sont décédés de «martyres». Il assurera que «nous continuerons de les soutenir comme on l’a fait depuis le début de la pandémie». Il a appelé à «s’unir et à fédérer les efforts de soutien» aux professionnels de la santé, afin que «nos médecins ne s’affaiblissent pas, ne soient pas plus épuisés plus qu’ils le sont» sachant qu’ils «évoluent dans un environnement à haut risque de contamination au coronavirus mettant leurs vies en danger dans les hôpitaux», depuis plusieurs mois.
Revenant sur les agressions verbales et physiques desquelles a été victime le corps médical en cette conjoncture déjà difficile, il affirme que «ce sont des soldats contre le Covid-19» et qu’«il est inconcevable que d’autres puissent les affubler de sobriquets, le moins que l’on puisse dire, blessants, reniant ainsi tout leur sacrifice et le travail qu’ils accomplissent au détriment de leur santé et de leur propre vie».
Le Dr Belmehdi a appelé au «civisme», à la «discipline» et à «plus de conscience», regrettant que «certains comportements envers le personnel soignant soient fort déplorables». Il réitère que ce personnel est épuisé et que si les citoyens veulent vraiment l’aider, c’est par les actes. «Notre force est dans notre union. Si les citoyens veulent aider et soutenir le corps médical, c’est par le respect du confinement et de l’ensemble des mesures de prévention».

CHU-Mustapha Bacha : besoin d’un soutien matériel et financier
Prenant la parole, le Pr Bouzid Addad, président du Conseil scientifique au CHU Mustapha- Bacha, a affirmé que le CHU a besoin d’un «soutien matériel et financier». Il a expliqué qu’au début de la pandémie, il y a eu du personnel qui est parti en congé, ce qui a fait que tout le poids du travail est retombé sur le personnel qui est resté et qu’aujourd’hui celui-ci est épuisé. Cet épuisement s’explique aussi par le fait que le CHU Mustapha-Bacha connait un grand flux. «Pratiquement tous les gens de la capitale viennent chez nous depuis le début de la pandémie, comme s’il n’y avait pas d’autres hôpitaux à Alger. Le personnel qui travaille sans relâche depuis le début de la crise sanitaire est dans un état d’épuisement. Il supporte une grande charge de travail surtout que nous avons ajouté des capacités supplémentaires depuis le 9 juillet pour pouvoir accueillir plus de malades. Nous avons maintenant 300 lits pour les patients et 55 autres pour la réanimation». Il a fait savoir qu’il y a un «besoin de renforcement du moyens humains, surtout le personnel paramédical pour pouvoir prendre en charge le nombre de malades».
Le nombre de contaminations est, en effet, un vrai casse-tête au niveau de tous les hôpitaux qui ont des services Covid, étant donné que ceux-ci sont saturés, en plus de l’épuisement des médecins. La capitale, qui est classée première en termes d’infection au coronavirus, en totalisant 2.336 cas confirmés, a enregistré le plus grand nombre encore lundi dernier (+83 cas). Sétif semble garder «jalousement» sa deuxième place (2.216 cas confirmés) après avoir détrôné Blida (2.216 cas confirmés).
Une situation qui fait dire au porte-parole du Comité scientifique de suivi de la pandémie, Dr Djamel Fourar, que cette hausse des cas est «due au plus grand nombre de dépistages effectués, puisque nous avons maintenant trente laboratoires qui effectuent les analyses», mais, aussi «au relâchement de la population qui ne respecte pas les gestes barrières, comme nous le constations tous les jours dans les marchés, dans la rue et autres lieux publics», a-t-il admis. Une situation qui risque de se compliquer encore pendant le rituel du sacrifice de l’Aïd El Adha qui favorise les regroupements des voisins, des familles, etc. «Pendant cette fête, j’appelle les citoyens à se conformer aux recommandations, à porter un masque et à garder une distance entre eux», a conseillé le porte-porte-parole du Comité scientifique. n