La campagne de vaccination anti-Covid-19 a touché 8 millions de personnes réparties en 3 millions ayant reçu les deux doses et 5 autres millions ayant reçu la première dose, selon le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid. L’objectif assigné d’atteindre le taux de 70% de vaccinés parmi la population adulte à la fin de l’année prend appui sur la vaste campagne nationale, lancée samedi et dont le dernier jour baptisé Big Day est prévu pour le 11 septembre prochain.

PAR INES DALI
Nombreux sont ceux qui se posent la question de savoir pourquoi y a-t-il seulement 3 millions d’Algériens qui ont reçu les deux doses de vaccin et pas davantage ? Ce qui amène à une autre question, pourrait-on, ainsi, atteindre le taux escompté de 70% de vaccinés à la fin de 2021 pour garantir l’immunité collective ?
Contacté à ce propos, le Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), a affirmé que les 3 millions de vaccinés avec deux doses s’explique par «le décalage qu’il y a dans l’administration des vaccins d’une personne à une autre, d’une région à une autre». Selon lui, «c’est tout à fait normal que tout le monde ne peut pas avoir reçu sa dose de vaccin en même temps et l’inoculation se poursuit progressivement». Il poursuit ses explications en admettant d’abord qu’«il est clair que le nombre de personnes ayant reçu une seule dose soit plus élevé», non sans soutenir que le plus important est de compléter la vaccination maintenant que les doses d’anti-Covid-19 sont disponibles.
Tout en rappelant que la vaccination a débuté fin janvier dernier, le Dr Merabet estime, toutefois, que «la véritable campagne de vaccination n’a pu réellement démarrer qu’en mai dernier, car on se rappelle de la lenteur qui l’avait caractérisé en raison de la non-disponibilité des anti-coronavirus et de leur réception en faibles quantités». Ce qui a été de nature à impacter la campagne de vaccination et qui a fait dire à notre interlocuteur que «dans l’ensemble, nous sommes en retard dans la vaccination». Pour lui, «même si on parle de 3 millions de personnes ayant reçu les deux doses selon le ministre, et de près de 3,3 millions de personnes, selon un autre responsable, cela reste tout de même très peu par rapport aux 20 millions d’Algériens que nous voulons vacciner».
Atteindre le taux de 70% de vaccination de la population adulte à la fin de l’année ne semble pas chose aisée car la cadence n’est pas encore au seuil souhaité même si tout est mis en place pour que les gens puissent se faire vacciner. «Je pense qu’on ne sera pas au rendez-vous de la fin de l’année à ce rythme. Il faut reconsidérer les estimations et être un peu mesuré dans l’évaluation de la campagne», a-t-il dit. Le rythme reste «lent» et ce, même si «on n’arrête pas d’expliquer l’intérêt de la vaccination».
Le Dr Merabet relèvera que depuis environ deux semaines, il y a une sensibilisation accentuée et avec le concours de beaucoup de secteurs, y compris celui de l’information, qui, chacun à son niveau, a prêté main-forte à cette campagne lancée officiellement ce samedi et ce, «pour qu’elle soit une réussite, c’est dans l’intérêt de tous».
Le président du SNPSP, qui déclare avoir des échos de l’ensemble du pays en tant que médecin et syndicaliste, reconnaît qu’il y a tout de même un travail qui est fait actuellement. «L’accès des citoyens à la vaccination a été facilité, les vaccins sont disponibles, les unités de vaccination ont été multipliées à travers le territoire national, le concours du secteur privé a été autorisé à vacciner, comme les cliniques et les officines, la mobilisation des équipes médicales mobiles».Tout cela permet de dire qu’il y a un travail accompli dans le sens de la réussite de la campagne vaccinale, selon lui, mais il y a «un élément de taille qui manque». Il a cité, dans ce sens, «l’aspect coercitif comme ont fait d’autres pays qui ont réussi, grâce à la vaccination, à faire baisser sensiblement le nombre de décès dont certains, comme le Royaume-Uni, sont passés de milliers de morts par jour à moins d’une centaine». Pour cela, le Dr Merabet préconise qu’il faut convaincre les citoyens à aller se faire vacciner même au-delà de la journée du 11 septembre car son constat est que l’engouement semble avoir diminué depuis que le nombre des contaminations quotidiennes a baissé.
Pour sa part, le ministre de la Santé a indiqué, concernant les rumeurs sur la vaccination obligatoire, que celle-ci n’est pas à l’ordre du jour. Apportant un démenti, il a affirmé, hier sur les ondes de la Radio nationale, que «le recours à la vaccination obligatoire n’est pas envisagé actuellement», soutenant que la question sera étudiée sur la base de données mondiales et exprimant son souhait qu’il y ait une participation spontanée et volontaire des citoyens au processus vaccinal.

5 millions de doses de vaccin bientôt réceptionnés
Le Pr Benbouzid a, par ailleurs, fait savoir que l’Algérie s’apprête à recevoir 5 millions de doses de vaccin durant la semaine en cours, soit «entre le 5 et le 9 septembre courant», mettant en exergue que la vaccination est très importante durant la période actuelle, compte tenu que le pays connaît une certaine accalmie de la troisième vague avec un recul des contaminations. «C’est ce qui permettra d’éviter les risques et dangers encourus par une quatrième vague».
Revenant encore une fois sur la campagne nationale de vaccination, lancée ce samedi et qui doit s’étaler jusqu’au Big Day le 11 du mois en cours, le ministre de la Santé a expliqué que «ce qui caractérise cette campagne, c’est le fait qu’il y ait des équipes médicales qui se déplacent chez les citoyens pour leur inoculer l’anti-coronavirus». Cette action et tant d’autres permettent d’avoir «le plus grand nombre possible de vaccinés et ce, pour arriver au défi de 20 millions de personnes vaccinées, soit 70% de la population éligible à la vaccination d’ici la fin de l’année».
Insistant sur la vaccination, il a tenu à réitérer qu’elle reste «la seule solution en plus du respect des mesures préventives et autres gestes barrières» pour réduire les risques de contamination, soulignant que l’objectif est d’atteindre le plus grand taux de vaccination possible le plus rapidement possible pour éviter une augmentation des contaminations avec la rentrée sociale. Il a expliqué que le choix du timing de la campagne nationale de vaccination intervient après la fourniture de quantités importantes de vaccins, en attendant respectivement 2 millions et 3 millions de nouvelles doses d’ici le 9 septembre, soit un total de 5 millions de doses. Ce qui va contribuer, selon lui, à accélérer le rythme de la vaccination et permettre d’atteindre l’immunité collective escomptée.
Pour ce faire, la tutelle a consacré 6 381 points de vaccination sur tout le territoire national, avec mobilisation de l’ensemble du personnel de santé (public et privé) et des moyens nécessaires, ainsi que d’autres secteurs participants, comme les corps de Sécurité et de la Protection civile. Concernant la troisième vague, Benbouzid a déclaré qu’elle était «dure», argumentant que le nombre de patients hospitalisés est passé à plus de 16 000 tous ayant besoin d’oxygène, pour atteindre son apogée le 28 juillet, avec un rythme de quelque 500 nouveaux arrivants dans les hôpitaux par jour, ce qui avait mené à leur saturation. D’où l’appel inchangé de l’ensemble des professionnels de la santé à aller se faire vacciner.