Le déficit de la Caisse nationale des retraites se réduit au fur et à mesure que l’activité économique reprend des couleurs, au sortir d’un choc pandémique qui aura été préjudiciable pour de nombreux secteurs d’activité. Les perspectives s’annoncent plus rassurantes grâce au dégel des embauches dans les secteurs de la Fonction publique et ceux de l’économie, mais aussi grâce à la hausse des salaires, ce qui devrait se traduire par un élargissement de l’assiette des cotisants et l’augmentation de la valeur des cotisations. Mais des efforts sont encore nécessaires tant la Caisse reste encore loin de l’équilibre.

Par Hakim Ould Mohamed
Le déficit de la Caisse nationale des retraites (CNR) se réduit. L’exercice 2022 a été clôturé avec un déficit de seulement 376 milliards de dinars, comparé aux déficits abyssaux des années précédentes. En 2021, le déficit de la CNR était de 540 milliards de dinars, alors qu’en 2020, le déficit caracolait à environ 640 milliards de dinars. Durant les deux années 2020-2021, la trésorerie de la Caisse nationale des retraites a été sévèrement affectée par les conséquences du choc pandémique sur l’activité économique ; se traduisant par le rétrécissement de l’assiette cotisable du fait de la hausse du taux de chômage et des pertes d’emplois recensées en 2020. La conjoncture semble évoluer au profit d’une reprise de l’activité économique, au sortir d’une crise sanitaire qui aura été préjudiciable pour de nombreuses entreprises et institutions. En vérité, la trésorerie de la CNR connait un déficit structurel depuis 2013 suite à la rupture de la norme cotisants/retraités. Les dépenses de la CNR commençaient alors à devenir problématiques, atteignant un record de 1 293 milliards de dinars en 2019, contre des recettes de 709 milliards de dinars, soit un déficit financier de 584 milliards de dinars. Les recettes de la Caisse nationale des retraites se sont élevées à 762 milliards de dinars en 2020, contre des dépenses estimées à 1 402 milliards de dinars, injectées essentiellement dans la couverture des pensions et allocations de retraite directes et indirectes au bénéfice de 3,3 millions de concernés. En 2021, la santé financière de la Caisse nationale des retraites s’est améliorée, grâce à l’intervention de l’Etat, laquelle amélioration s’est poursuivie durant le précédent exercice, clôturé avec un déficit de seulement 376 milliards de dinars, grâce, entre autres, à la reprise de l’activité économique et au concours financier de l’Etat à travers des mesures de soutien contenues dans la loi de finances complémentaire 2022. Les perspectives s’annoncent encore plus rassurantes avec, comme facteurs encourageants, la hausse des rémunérations des fonctionnaires et la création de pas moins de 36.000 nouveaux postes budgétaires en 2023, ce qui devrait se traduire par l’élargissement de l’assiette des cotisants et l’augmentation de la valeur des cotisations à la CNR.

De nouvelles mesures sont nécessaires
La trésorerie semble commencer ainsi à se redresser avec le dégel des embauches dans les secteurs de la Fonction publique et ceux de l’économie grâce à un retour plus palpable de la croissance, à l’issue de deux années de crise sanitaire.
«Maintenant, nous sommes en train de relancer tout ça, avoir plus de cotisants, ce qui a réduit le déficit au niveau de la CNR. Mais tout ça revient à la bonne gouvernance et à un meilleur équilibre qu’il faut assurer au niveau de ces caisses», confirme le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Youcef Chorfa, invité dans les studios de la radio algérienne. En tout cas, il est vrai que la trésorerie de la CNR connait une amélioration incontestable, mais la Caisse reste bel et bien loin de l’équilibre, tant il est vrai que le ratio cotisants-retraités demeure bien loin des standards d’équilibre, à savoir 5 cotisants pour un retraité.
Actuellement, à peine deux salariés cotisent pour un retraité, ce qui signifie que l’équilibre est loin d’être atteint.
Cependant, il est probable que les nouvelles augmentations des rémunérations des fonctionnaires et l’ouverture de nouveaux postes budgétaires contribuent à l’amélioration de l’assiette des cotisants. Tout comme les mesures prises par l’Etat pour le financement de la CNR, à travers aussi bien des contributions directes sur budget de l’Etat et des contributions indirectes au moyen de certaines recettes fiscales affectées au financement de la Caisse. Plus concrètement, il s’agit, à terme, de créer une conjoncture socioéconomique favorable à la résorption du déficit à travers, entre autres, la facilitation de l’investissement afin d’accélérer les créations d’emplois, la lutte contre l’informel et les autres fléaux, dont les fausses et les sous-déclarations, et la réforme des mécanismes de création d’emplois pour qu’ils soient plus efficients et contribuant plus efficacement à la lutte contre le chômage.
Officiellement, 2 millions d’Algériens ont souscrit à l’allocation chômage, en témoignent les statistiques officielles, ce qu’exigerait des agences de placement et des institutions de l’Etat un effort plus conséquent en matière de lutte contre le chômage. Il est question également de revoir les mécanismes et les modalités de recouvrement à travers l’adoption de mesures coercitives de nature à améliorer l’assiette de cotisants.<