Beaucoup d’effets d’annonce dans les discours officiels en matière de vaccination pour peu de résultats. Tel est le constat. La triste réalité est que 70 pays au moins réalisent des niveaux de vaccination par rapport à la population plus importants que notre pays selon les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Selon son classement et cité par plusieurs sites, au 8 mars 2021, environ 70 pays ont réalisé de meilleurs taux que notre pays. Si on en croit le Professeur Derrar, directeur de l’Institut Pasteur, ce dernier a livré aux premiers jours de mars 300 000 doses du vaccin anti-Covid, ce qui représente si toutes ces doses ont été injectées moins de 1% de la population algérienne, alors qu’environ 70 pays au moins réalisent des taux supérieurs à 1%, selon l’OMS qui cite des pays à revenu intermédiaire ou pauvres qui réalisent de meilleurs résultats. Le Maroc au 8 mars a vacciné 3,9 millions de citoyens, soit 10,73% de sa population. Le Bangladesh a vacciné 3,5 millions, soit 2,2% de sa population. Les Seychelles se classent en seconde position dans le monde, soit 58,4 % de la population vaccinée. Des pays émergents comme la Turquie, le Brésil, l’Inde réalisent de meilleurs scores. 8 millions pour le premier pays, soit un taux de 3,86%, 7,5 millions pour la Turquie (9,1%), 17 millions pour l’Inde (2,2%), 8,2 millions pour le Brésil (3,9%). Dans ce classement, outre les Seychelles, parmi les pays qui ont le plus vacciné, Israël : 4,9 millions soit 54% de la population, les Emirats arabes unis avec un taux de 35%, le Royaume-Uni a vacciné 21 millions de Britanniques, soit 32,7% de sa population, les Etats-Unis ont vacciné, eux, au 8 mars, 57 millions d’Américains (17%). L’Algérie fait mieux que le Japon, la Jordanie, l’Iran, l’Afrique du Sud, la Nouvelle Zélande, l’Australie, l’Ukraine. Le premier pays n’a vacciné au 8 mars que 46 000, soit 0,04 % de la population.
A fin février, l’Algérie a reçu 300 000 doses, 50 000 doses du vaccin Spoutnik, 50 000 doses du vaccin AstraZeneca et 200 000 doses sous forme de don du vaccin chinois Sinopharm. Même si toutes ces doses sont injectées, le nombre d’Algériens vaccinés par rapport à la population ne dépasse pas 1% de la population. Le gouvernement a annoncé la livraison de 700 000 à 800 000 doses de vaccin anti-Covid fin février via le dispositif Covax. Point de nouvelle de cette livraison une semaine après cette déclaration. Les vaccins via le système Covax ont été livrés notamment au Ghana, au Nigeria, à la Côte d’Ivoire, à la Gambie. Le Professeur Derrar a beau indiquer que l’Algérie réceptionnera 1 million de vaccins au courant du mois de mars, ce taux ne sera alors porté qu’à 3%, si cette opération se concrétise. Ce qui reste encore modeste. Contrairement aux annonces du gouvernement, les vaccins ne seront pas disponibles en quantité tout au long du premier trimestre 2021. L’Algérie est donc très loin de réaliser le taux d’immunité collective estimé à 50% de la population, soit 20 millions de doses. A ce rythme, il faudra plus d’un an pour atteindre cet objectif. Ce qui risque de se passer, c’est que le rebond de l’économie nationale favorisé par la vaccination massive interviendra bien plus tard qu’en Europe et aux Etats-Unis. Le président américain Joe Biden a déclaré récemment en ce sens que le vaccin sera disponible pour tous les Américains en mai prochain. L’Europe pense s’en sortir avec la vaccination de 70% de la population fin août. Avec l’accélération des livraisons à l’Algérie à partir d’avril prochain, il faut s’attendre à ce que l’objectif de l’immunité soit atteint au cours de l’automne ou en fin d’année, voire en 2022. Dans cette hypothèse, le coût de ce retard dans la vaccination sera socialement et économiquement peu supportable.
Mais comment est-on arrivé à cette situation? Il faut savoir que des pays comme Israël et la Grande-Bretagne ont commandé très tôt les vaccins, le premier dès mars 2020. Si le gouvernement affirme avoir contacté les laboratoires très tôt, il n’en demeure pas moins que la démarche pose problème. «L’Algérie a contacté les ambassades des pays qui produisent le vaccin, Grande-Bretagne, Russie, Chine, alors que ce n’est pas la bonne démarche. Il fallait directement entrer en contact avec AstraZeneca et les laboratoires russe et le chinois», commente Noureddine Leghliel, spécialiste des marchés boursiers et pétroliers et qui a travaillé sur des dossiers liés à l’industrie pharmaceutique mondiale. «Il fallait également s’appuyer sur la diaspora. Certains Algériens à l’étranger travaillent avec AstraZeneca, Pfizer. Ils peuvent aider l’Algérie à acquérir ces vaccins de manière plus rapide», a-t-il argué. En ce sens, l’Algérie devrait s’appuyer sur les Algériens à l’étranger pour favoriser le lobbying, la constitution de réseaux qui facilitent à l’Algérie l’acquisition du savoir-faire, de technologies et dans ce cas de vaccins. «On ne peut, a-t-il ajouté, gérer ce genre de dossier comme dans les années 1970, à savoir solliciter les ambassades des pays amis ou grands partenaires de l’Algérie et ne pas se concentrer sur des relations directes avec les laboratoires.» Dans cette course aux vaccins, rien n’est perdu. L’Algérie pourra recoller au peloton de tête qui a bien avancé dans la vaccination de sa population «si les choses sont prises de manière pragmatique, avec plus de sérieux, moins d’effets d’annonce, et sans négliger l’apport des compétences algériennes à l’étranger», souligne Noureddine Leghliel. <