Si le coronavirus fait tellement de ravages de par le monde, surtout en Europe et aux Etats-Unis, ce serait essentiellement dû à l’effet surprise de son apparition.  La présentation de la pandémie comme un événement inattendu, serait l’explication de la non-riposte, constatée chez des pays présentés depuis des lustres comme « développés ». Cependant, les arguments de Trump &co sont de  moins en moins convaincants. Le voile a été levé, et ce n’est pas les attaques incessantes contre la Chine, bouc émissaire de circonstance, qui vont changer. Le constat est là, les gouvernements américains, français, anglais, ont pêché (au moins) par incompétence.Quelques pays asiatiques ont, par contre, appliqué, dès le début de la pandémie, des plans de ripostes vraisemblablement réussis.

Plutôt blanc

Singapour est l’un des rares pays à avoir réussi à anticiper le mieux la pandémie du Coronavirus. Un homme serait l’un des artisans de cette exception, Nassim Nicholas Taleb (NNT). Un essayiste libanais, professeur d’ingénierie du risque à l’Institut Polytechnique de New-York University, qui était, il y a quelques années, conseiller du gouvernement singapourien. Auteur de plusieurs best-sellers internationaux, dont le fameux « Le cygne noir : La puissance de l’imprévisible » (« The Black Swan:The Impact of the highly improbable », publié en 2007), NNT, peu prolixe dans les interventions médiatiques, le professeur est monté au créneau il y a quelques jours pour évoquer le coronavirus. Dans une tribune publiée sur Medium (une plateforme web), il révèle qu’il avait «conseillé par le passé » le gouvernement du Singapour et NNT explique l’anticipation des autorités locales face à la pandémie par leur préparation « à une telle éventualité ». Le statisticien libanais ajoutera que cet Etat asiatique disposait « d’un plan précis depuis début 2010 ».

Cette sortie médiatique est d’autant intéressante que NNT est connu pour être un spécialiste dans l’évaluation des risques d’événements rares et imprévus, qu’il a nommé Cygnes noirs en référence à la croyance ancienne (jusqu’au 18e siècle, et démentie après la découverte de l’Australie) que tous les cygnes étaient blancs. Une théorie qui a fait son chemin et dont les adeptes sont de plus en plus nombreux. Même si le « terrain » de prédilection de cet ancien trader a été très souvent les marchés financiers, néanmoins les FAITS lui ont permis d’extrapoler vers d’autres « dimensions ». La crise déclenchée par le Coronavirus a permis à sa théorie d’émerger à la surface.

Nombreux les analystes, dans les médias ou parmi les « experts », ont voulu comparer la pandémie actuelle à une forme de « cygne noir ». Selon eux, le coronavirus étant imprévisible et ses conséquences dévastatrices, il entrait de facto dans le champ de la théorie du libanais. Étiquetée «Cygne noir », cette présentation de la pandémie venait ainsi conforter l’inaction de plusieurs pays présentés comme « développés » devant sa propagation. NNT aurait donc prédit le coronavirus ! Paris, Londres et Washington applaudissaient déjà.

Nassim Nicholas Taleb

Cependant le libanais n’a pas voulu laisser passer cette « lecture » qui était loin de la sienne. « Faux » affirme-t-il dans sa contribution sur «medium».  Pour lui, le coronavirus n’est pas un Cygne noir, mais plutôt un Cygne blanc. Il précisera que la pandémie est « un risque dont on était pratiquement certain qu’il se concrétiserait à un moment donné» avant d’ajouter « une épidémie intense est inévitable, résultat de la structure du monde moderne ; et ses conséquences économiques seront amplifiées du fait de notre connectivité croissante et de notre tendance à sur-optimiser». La théorie du Cygne noir élaboré par Nassim Nicholas Taleb apporte surtout un message clair qui sonne comme une leçon : « nous savons que nous ne savons pas ». Une « sentence » appliquée pour plusieurs événements que l’humanité a subi (depuis près de 20 ans, NNT citera souvent, comme exemple, les attentats du 11 septembre 2001).

L’émergence du Coronavirus n’avait rien de surprenant, ce qui l’était c’était plutôt la réaction de certains pays. Des nations qui, finalement, méritent peut-être le titre de «riches» mais pas celui de «développés».

#C19(16): L’homme qui murmure aux oreilles des « éveillés »